Retour

Épuisés, démoralisés, des syndicats d'employés de Sainte-Justine dénoncent l'austérité

« Le béton ne s'occupe pas des enfants, nous oui ! Réinvestissez dans le personnel du CHU Sainte-Justine », clament des syndicats d'employés de l'établissement montréalais qui ont interpellé, par voie de communiqué, le ministre de la Santé sur les ravages causés par des compressions budgétaires « de plus de 35 millions en cinq ans ».

Faisant écho au reportage du journaliste de Radio-Canada Thomas Gerbet, les syndicats dénoncent l'impact de ces compressions sur le personnel soignant alors que le gouvernement a investi près d'un milliard de dollars pour agrandir et moderniser les bâtisses du CHU Sainte-Justine.

De passage à l'hôpital pour l'inauguration de deux nouveaux bâtiments, Gaétan Barrette a rétorqué que « le Québec n'a pas à avoir honte d'investir pour être les premiers et certainement pas avoir honte d'être les premiers en pédiatrie.

« Que les gens qui font cette critique-là s'expliquent devant la population », a-t-il encore affirmé.

Le ministre Barrette a précisé que l'environnement physique et technologique avait un impact positif sur les soins dispensés. Il a ajouté que le Québec continuerait également d'investir dans la recherche.

Surcharge de travail

Le personnel soignant dénonce les effets des compressions budgétaires sur leurs conditions de travail. « Le nombre de cas d'épuisement dans nos rangs ne cesse d'augmenter », déplore la présidente du Syndicat des professionnels en soins infirmiers et cardio-respiratoires (SPSIC), Louise Laplante. « Alors qu'on continue à vouloir offrir des soins de qualité, on se fait dire qu'on doit se contenter de fournir des soins sécuritaires. C'est extrêmement démoralisant. »

« Il sera de plus en plus difficile pour le gouvernement [de Philippe] Couillard de cacher les impacts négatifs sur les services de cette réorganisation sauvage du réseau », ajoute la présidente du Syndicat des techniciens et professionnels de la santé, Dominique Pallanca. « Prenons par exemple le projet de centralisation des laboratoires d'analyses Optilab : c'est une évidence même que ce projet aura des conséquences graves. »

La présidente du conseil des médecins de Sainte-Justine, Valérie Lamarre, a également dénoncé, dans une déclaration distincte, les compressions en santé.

« Dans le milieu de la santé, particulièrement dans un milieu comme celui de Sainte-Justine, les gens vont toujours chercher à compenser, avance-t-elle en entrevue à RDI. Les infirmières, les travailleuses sociales, les médecins, tout le monde va essayer de faire un peu plus. Donc c'est très long avant que l'on crée et qu'on voie des effets ».

« L'épuisement professionnel est un grave problème » - Khadir

Lui-même médecin, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, est à même de constater la détresse des infirmières.

« Que nos professionnelles et professionnels de la santé doivent parler aux médias pour tirer la sonnette d'alarme sur des situations aussi préoccupantes, je trouve ça très troublant, a déploré M. Khadir. Pour chaque cas dénoncé, combien d'autres sont-ils tus? »

M. Khadir estime que les heures supplémentaires ne constituent pas la solution au problème de la surcharge de travail des infirmières. Il faut plutôt que le gouvernement réinvestisse en santé.

« L'épuisement professionnel est un grave problème, explique-t-il. Il faut arrêter l'asphyxie du réseau de santé publique. J'enjoins au gouvernement de mesurer la portée de sa désorganisation du réseau et de mettre fin aux saignements. »

Un réinvestissement sans argent neuf

Les employés avertissent dans leur communiqué qu'ils ne sont pas dupes, malgré les réinvestissements de centaines de millions en santé effectués par le ministre des Finances, Carlos Leitao, lors de la présentation de sa mise à jour économique. « Qu'on ne vienne surtout pas nous parler d'argent neuf ! », avance le président du Syndicat national des employés du CHU Sainte-Justine, Gilles Charrois.

« De l'argent qui a été amassé en bonne partie sur le dos des travailleuses et des travailleurs du réseau qui, depuis trop longtemps, essaient de minimiser les impacts sur la population, trop souvent au détriment de leur propre santé », poursuit-il.

Barrette minimise la portée de témoignages livrés à Radio-Canada

La sortie des syndicats coïncide avec le reportage de Thomas Gerbet sur l'augmentation des rapports d'incidents et d'accidents au CHU Sainte-Justine. Dans ce reportage, deux infirmières témoignent des risques que font courir aux patientes les compressions budgétaires effectuées par le gouvernement dans les soins de santé au CHU Sainte-Justine.

Le ministre Barrette réfute les allégations des infirmières en attribuant l'augmentation du nombre de rapports d'accidents à une plus grande déclaration des problèmes.

« Il n'y a pas eu - d'aucune manière - plus d'accidents dans Sainte-Justine, a indiqué le ministre Barrette lors de son passage à l'hôpital. « Sainte-Justine est un hôpital de classe mondiale où les soins sont donnés de façon sécuritaire. »

Il qualifie la sortie des employés du CHU Sainte-Justine de manœuvre syndicale et il attribue à un petit groupe d'infirmières la propagation de ce message négatif.

Le ministre Barrette a procédé lundi à l'inauguration du Bâtiment des unités spécialisées et le Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.

Le projet de 940 millions de dollars a été livré en respectant l'échéance et le budget prévus. Les nouvelles constructions font augmenter la superficie du centre hospitalier de 65 %. Le CHU Sainte-Justine devient ainsi le plus grand centre mère-enfant du Canada et le deuxième en Amérique du Nord.

Outre les deux nouveaux bâtiments qui ont été inaugurés aujourd'hui, l'agrandissement de Sainte-Justine comprend l'ajout d'un stationnement souterrain et une centrale thermique.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Qu'est-ce qui se passe quand tu fais une détox de cellulaire?