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Et si Max Pacioretty n’était pas devenu capitaine...

« On m'a souvent invité à devenir capitaine, mais j'ai toujours dit non. Écoutez, si Santos (son équipe à l'époque) ou l'équipe nationale du Brésil alignait un autre capitaine que moi, nous avions alors deux joueurs sur le terrain qui étaient respectés (...) : Pelé et le capitaine. Si j'avais accepté d'être capitaine, nous en aurions perdu un. » - Pelé, cité dans un extrait du livre The Captain Class

Max Pacioretty s’est blessé à un genou vendredi dernier à Brooklyn, face aux Islanders de New York. Le diagnostic des médecins prévoyant une rééducation de 4 à 6 semaines, il est donc fort possible que le capitaine du CH ait disputé son dernier match dans l’uniforme bleu-blanc-rouge.

Si ce scénario (fort probable) s’avérait, Pacioretty quitterait donc la scène montréalaise par la petite porte (de côté) de la clinique, exactement comme P.K. Subban il y a deux ans.

Chaque fois qu’il est question des performances et de la qualité du leadership de Pacioretty, j’essaie d’imaginer en quoi ses quatre dernières saisons auraient été différentes si ses coéquipiers ne l’avaient pas élu capitaine à la veille de la saison 2015-2016.

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Dans une chronique publiée juste avant les Fêtes, je vous parlais du fascinant livre The Captain Class, que le propriétaire des Jets de Winnipeg, Mark Chipman, a personnellement remis aux deux entraîneurs en chef et aux deux capitaines (LNH et Ligue américaine) de son organisation durant l’été 2017.

En tentant d’identifier les 16 plus grandes dynasties sportives de tous les temps (tous sports confondus), l’auteur de ce livre, Sam Walker, estime avoir découvert leur dénominateur commun : leur capitaine. Selon ses recherches, le début et la fin de chacune de ces grandes dynasties coïncidaient avec l’arrivée ou le départ d’un leader extrêmement fort qui était le capitaine ou qui était sur le point de le devenir.

Plus encore, en étudiant les parcours individuels des 16 capitaines des plus grandes dynasties de tous les temps (dont celle du Canadien, de 1955 à 1960), l’auteur de The Captain Class est aussi parvenu à dresser une sorte de portrait-robot du capitaine idéal. Il constate :

  • que la plupart d'entre eux n’étaient pas des supervedettes;
  • que la plupart d'entre eux détestaient les projecteurs, le vedettariat et les points de presse. Ils préféraient travailler dans l’ombre;
  • que la plupart d'entre eux n’étaient pas des anges sur le terrain et tentaient de contourner les règles le plus possible pour aider leur équipe à gagner;
  • qu'ils n’exerçaient pas leur leadership de la façon dont on le conçoit traditionnellement. Ils ne réalisaient pas nécessairement les gros jeux lors des grands matchs. Ils occupaient des rôles plus secondaires et se mettaient au service de leurs coéquipiers plus talentueux;
  • qu'ils n’hésitaient pas à brasser la cage, à défier l’autorité de l’entraîneur ou à faire des déclarations fracassantes quand ils sentaient que leur équipe n’offrait pas son plein potentiel.

Bref, les faits rapportés dans The Captain Class semblent parfaitement correspondre au constat du légendaire Pelé. En quoi cela est-il profitable à une équipe de faire porter tout le poids du leadership à son meilleur attaquant si on peut le répartir et, ainsi, renforcer la collectivité?

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Parmi les 31 organisations de la LNH, le Canadien est sans doute celle dont l’histoire a été la plus riche et la plus constante en ce qui a trait au leadership. Jusqu’à la fin des années 1990, une règle non écrite voulait que ce poste revienne au joueur le plus ancien (ou à l’un des plus anciens) de la formation.

Maurice Richard est devenu capitaine à l’âge de 34 ans. Et Jean Béliveau, malgré la durée considérable de son règne (10 ans), avait accédé à ce titre à 30 ans. Au départ de Richard en 1960, on aurait pu immédiatement nommer Béliveau capitaine, mais c’est plutôt le plus vieux joueur de l’équipe, Doug Harvey, qui a pris les commandes durant une saison.

À la fin des années 1970, ça aurait donc été une hérésie de nommer Guy Lafleur capitaine à 26 ans, alors que son job consistait à remplir le filet. Ces fonctions revenaient à Yvan Cournoyer et à Serge Savard, qui approchaient la mi-trentaine.

Même chose au milieu des années 1980. C’était Bob Gainey (31 ans) et Larry Robinson (34 ans) qui dirigeaient la circulation et qui en démêlaient avec Jean Perron quand des problèmes survenaient. Ce n’était pas Mats Naslund, qui était âgé de 25 ans et sur qui une bonne partie de l’attaque de l’équipe reposait.

Il n’est pas question ici de remonter jusqu’à l'Antiquité. Mais cette façon de faire a bien servi l’organisation jusqu’à ce que la tradition soit brisée, vers la fin des années 1990.

Je me souviens d’une conversation avec Serge Savard, qui était abasourdi quand ses successeurs avaient nommé Pierre Turgeon capitaine (à l’âge de 26 ans) en 1995. Quelques années plus tard, Saku Koivu est devenu capitaine à l’âge de 24 ans...

Certains diront que Koivu s’est très bien acquitté de cette responsabilité. Mais on ne saura jamais, dans les faits, à quel point son rendement aurait été différent s’il avait eu droit à la même quiétude que les autres piliers offensifs de l’histoire de l’organisation. À preuve : à l’âge de 34 ans, alors qu’il n’était qu’un joueur parmi d’autres chez les Ducks d’Anaheim, Koivu a réussi à amasser des statistiques surpassant celles de quelques-unes de ses meilleures saisons à Montréal.

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Max Pacioretty a été élu capitaine du Canadien à l’âge de 26 ans, alors qu’il venait de connaître des campagnes de 39 et 37 buts. Il n’a plus jamais atteint ces plateaux par la suite, alors qu’on l’imaginait plutôt capable de fracasser la marque des 40 filets.

Avant sa nomination comme capitaine, Pacioretty était un acteur important en séries éliminatoires, comme en témoignent ses 10 buts en 18 matchs lors des printemps de 2014 et 2015. Après? Zéro et une barre.

Lors des trois saisons précédant sa nomination, Pacioretty présentait un incroyable bilan défensif (plus 54). Depuis qu’il porte le « C », malgré deux saisons de plus de 30 buts, le mercure est tombé à -11.

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La direction du CH devrait peut-être tirer une leçon de cet épisode.

En 2015, Geoff Molson a démontré beaucoup de respect en insistant pour que les joueurs de l’équipe votent et déterminent eux-mêmes l’identité de leur capitaine. Après tout, le capitaine est le représentant des joueurs auprès de la direction, et non le contraire.

Toutefois, il manquait peut-être juste un ingrédient à cet exercice démocratique : le sens de l’histoire.

Avant le vote, si on avait expliqué aux joueurs comment (et pourquoi) les capitaines du passé avaient été identifiés, ce sont probablement des vétérans comme Andrei Markov ou Tomas Plekanec qui auraient obtenu le « C ».

Est-ce que l’équipe s’en serait plus mal portée? Bien sûr que non. D’autant plus qu’au lieu de devenir la principale cible d’une frange de partisans frustrés, le meilleur marqueur de l’équipe aurait pu continuer de faire son travail en paix.

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