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Exploitation sexuelle lors du Grand Prix : deux visions s’affrontent

L'organisme Stella dénonce la campagne de groupes féministes qui décrient une augmentation de l'exploitation sexuelle des femmes durant des événements sportifs majeurs comme le Grand Prix. Selon l'organisme montréalais de défense des travailleuses du sexe, aucune preuve n'appuie ces affirmations, lesquelles, au contraire, mettent en danger les travailleuses du sexe. Qu'en est-il vraiment?

Un texte de Ximena Sampson

Selon le Phare des Affranchi(e)s, le Y des femmes de Montréal et la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle, qui ont lancé la campagne « Acheter du sexe n'est pas un sport », le Grand Prix est « tristement reconnu comme étant des plus ravageurs en matière de traite humaine ».

Pour le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui lance, lui aussi, une campagne contre l'exploitation des femmes pendant l'événement, s'il y a plus de tourisme, il y a plus de prostitution.

« Durant le Grand Prix, comme durant tout autre événement important [...], il y a beaucoup plus de touristes, donc il y a une corrélation entre les deux », affirme l'inspectrice-chef Johanne Paquin, responsable du dossier de la prostitution au SPVM.

Ce phénomène ne serait pas propre au Grand Prix de Montréal. D'autres grands événements sportifs, comme la Coupe du monde de football, les Jeux olympiques ou le Super Bowl sont souvent vus, eux aussi, comme des événements particulièrement propices à la traite des femmes.

Nathalie Khlat, directrice du Phare des Affranchi(e)s, reconnaît qu'il n'y a pas de chiffres pour appuyer ces perceptions, ce qui s'explique par leur nature clandestine. « On dit souvent qu'en matière d'exploitation sexuelle et de traite des personnes, on est comme on était en matière de violence conjugale dans les années 40 », affirme-t-elle.

Cependant, diverses études, notamment liées au Super Bowl, montrent une augmentation importante du nombre de petites annonces offrant des services d'escorte et de prostitution dans les jours précédant les grands événements sportifs.

« Il y a des hôtels qui publicisent des nuits de fantasmes, des agences qui offrent des forfaits tout inclus avec une chambre, des billets pour le Grand Prix, une escorte, l'entrée à un bar de danseuses », souligne Nathalie Khlat.

Une industrie comme une autre

Il ne faut cependant pas confondre exploitation des femmes et travail du sexe, soutient Sandra Wesley, directrice de Stella.

« Ce sont des choses complètement différentes, affirme-t-elle. S'il y a plus de clients pour les travailleuses du sexe, de la même façon qu'il y en a pour les restaurants ou les hôtels, ça ne veut pas dire nécessairement que ce sont des clients qui viennent pour exploiter des femmes ou être violents. »

Des études menées lors de grands événements sportifs un peu partout dans le monde soulignent que la traite des femmes appréhendée ne semble pas s'être concrétisée.

Par contre, les prostituées disent craindre une surveillance accrue de leurs activités et une plus grande répression policière. « Nous avons eu des confirmations que des personnes ont été arrêtées et qu'un des objectifs des policiers ce weekend est de déporter des travailleuses du sexe migrantes », souligne Sandra Wesley.

Front uni contre l'exploitation

La banalisation de la marchandisation du corps sera à son summum ce week-end, croit Nathalie Khlat. « C'est la culture du Grand Prix », souligne-t-elle.

Un constat partagé par Sandra Wesley, de Stella. « Comme tout le monde, on dénonce le sexisme et la représentation négative des femmes dans plusieurs sphères de la société, mais de blâmer l'industrie du sexe pour ça, c'est de mettre le doigt sur le mauvais problème », estime-t-elle.

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