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Explosion de l'offre de spectacles à Laval et sur la Rive-Nord

Il fut un temps où dans la région montréalaise, il fallait absolument se rendre dans la métropole pour voir ses artistes préférés. Terminée, cette époque. L'année qui s'amorce va marquer un renouveau sans précédent pour Laval (Place Bell, [Co]motion) et la Rive-Nord (Cabaret BMO, Zénith). En 2017 aura lieu la revanche de l'île Jésus et de la couronne nord? Il n'y a aucun doute. Portrait.

Depuis plus d’un an en bordure du boulevard de la Concorde, on voit la structure de la Place Bell prendre forme. Désormais complété de l’extérieur, le complexe multifonctionnel sportif et culturel qui abritera le Rocket de Laval, filiale de la Ligue américaine du Canadien de Montréal, ouvrira ses portes à l’automne.

Pour evenko, gestionnaire du volet spectacles, l’arrivée d’un nouvel amphithéâtre à une vingtaine de kilomètres du Centre Bell offre des possibilités jamais vues, au sujet de la programmation.

« Pour nous, c’est une autre salle multifonctionnelle que l’on va utiliser, sur le même modèle que le Centre Bell, assure Nick Farkas, vice-président aux concerts et événements. Nous avons déjà des concerts confirmés pour la rentrée et des options pour les mois de novembre et décembre. Nous ferons des annonces sous peu. Il y a beaucoup de spectacles qui attirent de 4000 à 6000 spectateurs de nos jours. Avec une capacité maximale de 10 000 spectateurs, c’est idéal pour des configurations allant de 3000 à 7000 personnes. »

« On va présenter des spectacles familiaux, des artistes du Québec et des groupes internationaux. Ça dépendra de l’horaire des tournées, des genres de musique et des dates des séries éliminatoires (du Rocket). On pourrait, par exemple, voir un groupe qui est passé au Centre Bell en juin venir en novembre à la Place Bell pour une deuxième portion de tournée. »

Il peut sembler incongru de penser que les Montréalais vont aller voir des concerts à Laval. Mais en raison de la présence du métro, quelqu’un qui réside à la hauteur de la bouche de métro Jean-Talon mettra moins de temps à se rendre à la Place Bell qu’au Centre Bell.

« Du Centre Bell (métro Bonaventure, à Montréal) à la Place Bell (métro Montmorency, à Laval), cela prend 28 minutes (ligne orange), note Farkas. Pour les gens du Plateau, la Place Belle est presque aussi proche que le Centre Bell. Laval est une ville qui grossit et il y a tellement de monde. »

- Vous ne craignez pas de voir le public ou même les groupes internationaux snober la banlieue?

« Il y a 20 ou 30 ans, c’était impensable de croire que les gens de Montréal allaient se déplacer à Laval ou à Brossard (DIX30) pour voir des spectacles. Mais aujourd’hui, oui. On l’a mesuré quand on a présenté des événements à Laval (espace Montmorency) ces dernières années.

« J’étais étonné de voir qu’il y avait autant de monde de la Rive-Sud que de la Rive-Nord ou de Montréal. Les Québécois se déplacent en masse pour aller voir des concerts. Je ne suis pas inquiet pour le public. Et pour ce qui est des agents des groupes, si je leur dis que la Place Bell est idéale pour leur groupe, ils vont écouter. Pour nous, cet aréna est une nouvelle option pour tous les concerts dont la capacité varie entre celle du Métropolis (2400 spectateurs) et celle du Centre Bell (15 000 spectateurs au plus). »

Le coup de jeunesse

À l’intersection du boulevard de la Concorde et de la rue Lucien-Paiement, à côté de la Place Bell, on voit la Maison des Arts. Un peu plus au nord, il y a le Cégep Montmorency, qui abrite la salle André-Mathieu, qui fait partie de la Corporation de la salle André-Mathieu. En fait, qui fait désormais partie de [Co]motion.

« Ça faisait deux ou trois ans que l’on pensait à changer de nom, explique Julie Perron, la directrice générale de [Co]motion. Dans le temps, on ne produisait des spectacles qu’à la salle André-Mathieu. Nous avons maintenant plusieurs lieux de diffusion (salle André-Mathieu, Maison des Arts, Annexe, Église Sainte-Rose, Théâtre Marcellin-Champagnat) et nous avions besoin d’un nouveau branding plus attirant pour les jeunes adultes. »

Le changement d’appellation effectué à l’automne est survenu en même temps que des améliorations d’importance à la salle André-Mathieu. Moins importantes que celles de 7,5 millions $ de l’an 2000, qui ont mené à la création d’un lobby et d’une arrière-scène, mais une opération de rajeunissement qui a quand même coûté 3,5 millions $.

Des changements ont même eu lieu dans l’équipe avec l’arrivée du programmateur Steve Marcoux, qui a fait le même travail pendant sept ans pour Coup de cœur francophone. Ça tombe bien. Scène 1425, le volet émergent de la corporation, créé en 2008, est toujours d’actualité.

« C’est l’affiliation la plus directe avec ce que je faisais à Coup de cœur francophone, précise Steve Marcoux. Je m’occupe notamment des spectacles à venir d'Avec pas d’casque, de Fred Fortin et des Dead Obies. »

On pense même à la construction d’une nouvelle salle qui servirait exclusivement à Scène 1425. Un lieu multifonctionnel qui aurait une architecture particulière, soutient la directrice générale. Si l’idée fait son chemin, une telle salle ne verra pas le jour avant plusieurs années. Pour l’heure, les gens de [Co]motion voient l’arrivée de la Place Bell d’un bon œil.

« Nous serons complémentaires, précise Julie Perron. Nous n’avons pas les mêmes dimensions de salles. evenko est un partenaire de longue date et nous avons eu des discussions franches sur plusieurs choses avec eux. Il reste aussi à voir quelle clientèle la Place Bell va attirer : des gens de Montréal? De la Rive-Nord? Une clientèle qui n’est pas habituée à venir voir des spectacles à Laval? »

Le Cabaret BMO à Sainte-Thérèse

Ça bouge aussi de l’autre côté de la rivière des Mille-Îles. Le Cabaret BMO a ouvert ses portes en septembre, en plein cœur de Sainte-Thérèse.

« Nous produisions des spectacles à l’église Sacré-Cœur depuis des années quand nous avons appris que l’église allait être mise en vente, précise Gilles Dessureault, directeur général et artistique du réseau Odyscène, qui gère aussi la salle de spectacle du théâtre Lionel-Groulx et la salle Pierre-Legault, à Rosemère. Nous ne pouvions la racheter, d’autant plus que des travaux importants de mise à normes pour une salle de spectacles auraient été nécessaires. »

L’idée de bâtir une nouvelle salle d’une capacité similaire (environ 250 places) a rapidement fait son chemin. En collaboration avec la municipalité et le privé, le Cabaret BMO a été inauguré sur la rue Turgeon il y a quelques mois. Bâtie en longueur (imaginez le Club Soda sans sa mezzanine), la salle est conviviale et dispose d’une bonne acoustique. J’y ai vu l’actuelle tournée de Robert Charlebois lors de la soirée d’ouverture. Impeccable.

On doit aussi tenir compte de l’arrivée du Zénith, à Saint-Eustache, une initiative entre les propriétaires de longue date du cinéma St-Eustache et La Cie Larivée Cabot Champagne, propriétaire de La Tulipe et du National à Montréal. Il s'agit de la même équipe de relation de presse (Latribu.ca) et de la même directrice à la programmation (Julie Turcot) qu’à la salle L’Étoile de Brossard.

Les amateurs de concerts et de spectacles d’humour ont donc une nouvelle salle de 712 places à leur disposition, en plus du théâtre Lionel-Groulx (807 places) et de la salle André-Mathieu (827 places). Tout ça se trouve dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. L’offre de spectacles, si importante soit-elle, ne risque-t-elle pas de voir la grande tarte des revenus de divertissement être divisée?

« Jusqu’ici, l’arrivée du Zénith n’a eu aucune influence sur nous, ni pour des négociations ni pour du booking, assure Julie Perron. Mais il faut être attentif. Nous avons été pas mal seuls dans notre terrain de jeu depuis longtemps. »

« La démographie va à la vitesse grand V, souligne Julie Perron. Il faut adapter notre offre aux jeunes et aux communautés culturelles. Laval comprend 100 000 jeunes adultes (de 18 à 34 ans) et la population est de 425 000 personnes. »

« Quand tu regardes ce qu’il y a autour de la Place Bell, tu vois des commerces, la salle André-Mathieu, des restaurants et bientôt, il y aura du hockey, résume Nick Farkas. Comme on l’a vu avec le DIX30 à Brossard et avec le Quartier des spectacles à Montréal, on crée un pôle d’attraction pour les gens. »

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