Rencontre avec un futur enseignant d'éducation physique qui met l'accent sur le plaisir, l'apprentissage et la participation dans ses cours plutôt que sur la compétition et le résultat.

Un texte de Chu Anh Pham

Dans un collège privé de Longueuil, Ching Fung Ho termine son stage pour devenir enseignant d'éducation physique. Tout un défi l’attend et il en est conscient. Dans un cours obligatoire, il y a toujours des récalcitrants. « Si j’ai un groupe de 30 élèves, j’en ai peut-être 5 ou 6 qui restent sur le banc et qui n’ont pas envie de participer. Et ce sont toujours les mêmes qui n’ont pas leurs vêtements de sport! »

Ce futur bachelier doit donc mettre l’accent sur le plaisir, l’apprentissage et la participation plutôt que sur la compétition et le résultat. Car peu importe les aptitudes de chacun, il croit mordicus au bienfait de l’activité physique. « Les sports collectifs, c’est bon pour le travail d’équipe et le respect des autres. Dans les sports individuels, on travaille davantage la détermination et la persévérance. »

Lui-même dans la jeune vingtaine, il dit que les choses ont bien changé depuis son enfance. « Je n’avais pas d’iPhone, pas de tablette », dit-il en décrochant une flèche aux jeunes accros à leurs écrans.

S’il est recommandé de faire 60 minutes d’activité physique par jour, seulement le tiers des jeunes Canadiens atteignent cet objectif. D’ailleurs, le manque d’activité est l’une des raisons qui expliquent l’augmentation du taux d’obésité chez les adolescents de 12 à 17 ans, qui est passé de 1,8 % à 9 % en 30 ans. « Mais il y a aussi la nourriture. Il faut les amener à adopter un mode de vie sain et actif dès leur jeune âge pour qu’ils puissent perpétuer ces habitudes plus tard », précise-t-il.

La part des écoles

L’école devrait-elle en faire plus? « Ça dépend vraiment des écoles », souligne Ching Fung Ho.

Le Collège Notre-Dame-de-Lourdes, qui l’accueille pour son stage, offre des installations sportives fort enviables : vaste gymnase, terrain extérieur, salle d'entraînement, mur d’escalade. Mais Ching Fung Ho a aussi vu le pire. « J’ai déjà vu 60 élèves du primaire dans un petit gymnase. Un cours par semaine. Il y a trop d’élèves. Comment les faire bouger tous en même temps? »

Sans faire le procès des établissements, il soutient que le sport parascolaire est souvent une bonne option pour stimuler et susciter l’intérêt des jeunes. Passionné de basketball, Ching entraîne aussi des élèves après les classes, alors que l’esprit de compétition est plus vif.

La saison de basketball était déjà terminée lorsque ce reportage a été réalisé dans le cadre du Mois du patrimoine asiatique, mais l’entraîneur n’a eu aucun problème à regrouper sa douzaine de joueurs de l’École Louis-Riel de Montréal à moins de 48 heures d’avis. « Le but d’ouvrir les gymnases, c’est de les garder motivés et d’éviter qu’ils flânent au centre commercial. »

Par contre, ce ne sont pas toutes les écoles qui peuvent offrir ce service, notamment parce qu’elles louent leurs espaces après les classes. Seulement à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), de 85 à 95 écoles sur 165 prêtent leur terrain à la Ville de Montréal. « Les jeunes doivent alors se tourner vers des ligues pour faire du sport et dans les milieux défavorisés, ce n’est pas tout le monde qui a l’argent pour s’y inscrire. »

En plus de son baccalauréat en éducation physique, Ching Fung Ho a aussi suivi le programme d’entraînement sportif Pour 3 Points, qui vise à accompagner les jeunes en milieux défavorisés pour qu’ils développent leur potentiel. « J’ai été super chanceux. J’ai eu des super bons entraîneurs qui m’ont appris beaucoup de choses. Si je garde ça juste pour moi, ça ne bénéficiera pas à notre prochaine génération. C’est à mon tour de redonner. »

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