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Faire revivre le huron-wendat : de Wendake à Montréal

En huron-wendat, « tsou'tayi' » signifie foncé et brillant et réfère au castor. C'est l'un des 600 mots du dictionnaire développé par la communauté de Wendake, près de Québec, qui poursuit ses efforts pour faire revivre cette langue endormie depuis plus d'un siècle.

Un texte d’Anouk Lebel

Des cours gratuits de huron-wendat étaient offerts pour la première fois cette année à l'organisme Montréal autochtone, en collaboration avec le Conseil de la Nation huronne-wendat.

La demande est forte puisque de nombreux descendants hurons-wendats vivent à l'extérieur de la communauté, que ce soit à Ottawa, à Gatineau ou à Montréal, explique l'enseignant, Marcel Godbout, agent culturel au Conseil.

Depuis une dizaine d'années, la communauté intensifie ses efforts pour faire revivre cette langue. Le huron-wendat y est désormais enseigné dès la petite enfance, après avoir été introduit à l'école primaire en 2011. Pour cela, il a d'abord fallu l'enseigner aux adultes, qui ne la parlaient pas, note M. Godbout.

Il avait lui-même une quarantaine d'années lorsqu'il a commencé à apprendre la langue de ses ancêtres. Il s’émeut de voir que les jeunes réussissent à avoir des conversations de base. « Ils ont quarante ans d’avance sur moi. »

Une langue « endormie »

Plusieurs raisons expliquent le fait que les Hurons-Wendats aient cessé de parler leur langue à la fin du 19e siècle : leur petit nombre, les nombreux mariages avec des Blancs francophones ainsi que la proximité de la communauté de Wendake avec la ville de Québec.

Malgré tout, la langue n’est pas morte, soutient M. Godbout, elle est « endormie » : elle n'est plus parlée, mais il en reste de nombreuses traces.

Le huron-wendat a été très bien documenté par les Jésuites au 17e et au 18e siècles, explique à ce propos John Steckley, linguiste retraité du Humber College, à Toronto. « C’est sans précédent par rapport aux autres langues autochtones à cette époque. »

Le dictionnaire que les Jésuites ont conçu au milieu du 18e siècle était plus élaboré que le dictionnaire Oxford à la même époque, fait-il remarquer.

Il travaille avec des chercheurs belges en vue de publier une grammaire huronne-wendate à partir des écrits du père Pierre Pothier, de façon à la rendre accessible et que la langue puisse revivre.

Les manuscrits jésuites sont très utiles, souligne Marcel Godbout. Plusieurs personnes de la communauté ont étudié la linguistique pour approfondir la connaissance de la langue. C’est le cas par exemple de la linguiste Megan Lukaniec, qui termine un doctorat à l’Université de Santa Barbara, en Californie.

« Elle confectionne une grammaire qui va permettre de parfaire l’enseignement », explique-t-il.

Le financement de plus en plus rare

De 2007 à 2012, la communauté de Wendake a bénéficié d’un financement de 1 million de dollars pour la revitalisation du huron-wendat, dans le cadre d’un projet en collaboration avec l’Université Laval à Québec. Mais, depuis, le financement se fait plus rare, déplore M. Godbout.

C'est du financement ponctuel de Patrimoine canadien qui a permis à la communauté de développer son dictionnaire et de donner des cours à Montréal, indique-t-il. « Ce sont des projets annuels, le financement n'est pas récurrent. »

« Le gros défi, c’est d’avoir suffisamment de locuteurs pour vraiment pouvoir faire revivre la langue dans les générations à venir, souligne-t-il. On est encore loin de ça, on est encore à un niveau d’alphabétisation, à apprendre à dire bonjour et comment ça va. »

Il garde toutefois espoir, avec en tête l'exemple de l’hébreu, une langue autrefois endormie et qui est désormais parlée « avec une grande fluidité ».

« Il faut être patient », dit-il. « Ça fait seulement une dizaine d'années qu'on travaille plus intensément sur la langue. »

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