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Festival Mural : l’art de rue et les entreprises font-ils bon ménage?

Le festival montréalais Mural est né du désir de rendre l'art public plus accessible et aussi de l'amour des gens pour l'art de rue. Or, que se passe-t-il quand une forme d'expression intimement politique s'associe aux intérêts commerciaux? La question est au cœur de l'événement de 2018.

Depuis sa création, il y a 6 ans, le festival de 11 jours continue de prendre de l’expansion, tout en préservant la gratuité de la majorité des activités proposées au public.

« Nous travaillons avec les artistes depuis plusieurs années et nous voulons leur donner une grande visibilité dans la ville, tout en essayant de revitaliser un quartier avec de l'art », a déclaré Yan Cordeau, l'un des cofondateurs du festival.

Si l'on met de côté les peintures rupestres de Lascaux, les origines du graffiti remontent aux années 70 dans le Bronx, à New York, et sont liées à la naissance du hip-hop. Les œuvres reflètent habituellement une critique sociale, économique ou politique.

Or, comme bien d’autres événements du genre, le festival Mural est financé par la Ville de Montréal, le gouvernement provincial, mais aussi des entreprises, comme Fido. D’ailleurs, le fournisseur de téléphonie mobile commandite cette année la murale principale du boulevard Saint-Laurent, au nord de la rue Sherbrooke.

Contradiction avec la nature subversive de l’art de rue?

Pour le cofondateur de Mural André Bathalon, les entreprises ont commandité deux ou trois murales cette année, mais elles n'ont pas leur mot à dire sur ce que les artistes produisent.

Quand la Coupe Rogers a commandité la murale principale, il y a quelques années, son artiste avait pourtant créé une œuvre évoquant le tennis.

L’an dernier, une murale de la rue Duluth, financée par le rhum Kraken, illustre une scène en mer avec une immense créature marine, où l’on peut lire le mot-clic #RelâchezleKraken.

Yan Cordeau admet qu’il n’est pas idéal de présenter explicitement du contenu commandité.

Bien que la création a été financée par Kraken, l’artiste a été inspiré par la marque et cela lui a donné l’occasion de peindre une murale, dit-il.

« Pour nous, c’est aussi une façon de financer le festival, ce qui est nécessaire », ajoute Yan Cordeau au reporter Duke Eatmon, de CBC.

Mariage de raison

Certains artistes préfèrent ne pas travailler avec des entreprises et préserver leur vision, explique-t-il. D’autres veulent aussi être payés, et ils le méritent, estime le cofondateur.

Pour l’artiste Jason Botkin, qui s’occupe de l'initiative d’art de rue En masse et qui a peint une murale au festival en 2016, Mural pourrait en faire encore plus pour protéger les artistes et leur travail des intérêts des entreprises.

« L’utilisation commerciale de l’art est très délicate », dit-il. Il faut faire preuve de prudence et, idéalement, il faudrait le moins d'ingérence possible lorsqu’il s’agit d’un travail qui doit parler au public et avoir un écho significatif auprès de celui-ci. »

Les artistes ont besoin de manger et il y a une bonne façon de communiquer avec les bailleurs de fonds pour leur faire comprendre une vision artistique, selon lui.

Avec les informations de Claire Loewen, CBC News

Le festival Mural se poursuit jusqu'au 17 juin dans la rue comme dans certaines galeries.

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