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Fierté autochtone à la Coupe du monde de roller derby

Cette semaine, une équipe autochtone participera pour la première fois à la Coupe du monde de roller derby, à Manchester, en Grande-Bretagne. SiouxperNova, SmokaHontas et Squarrior, originaire de Kahnawake, sont parmi les 20 joueuses qui tenteront de remporter le championnat. Mais ce n'est pas leur but premier.

Un texte de Laurence Niosi

C'est jour d’entraînement sur la piste ovale du Taz. Michelle Cross - ou « Squarrior », son nom de scène - s’entraîne une dernière fois au centre sportif du quartier Saint-Michel avant de rejoindre ses coéquipières et prendre part à la compétition, qui se tient tous les quatre ans depuis 2011.

« Ça fait des années que je rêvais de représenter ma communauté sur la scène internationale », lance Michelle, qui arbore fièrement sur son casque le drapeau mohawk de la Société des Warriors et celui de la Confédération iroquoise.

Squarrior - une contraction de « squaw » et de « warrior » (guerrière) - est la seule représentante québécoise d’une première équipe internationale toute autochtone. « Team Indigenous » comptera dans ses rangs des joueuses de « communautés jadis sans frontières », des États-Unis jusqu’aux îles Samoa, dans le Pacifique Sud. Elles affronteront 40 autres sélections nationales.

À 38 ans, « Squarrior » joue au roller derby depuis une dizaine d’années. Elle a d’abord joué avec la ligue Montréal Roller Derby avant de fonder en 2013 sa propre équipe entièrement autochtone, les Wagon Burners, formée de joueuses de Kahnawake, la communauté mohawk où elle est née et habite toujours.

L’équipe s’est dissoute depuis, mais le simple fait d’avoir mis sur pied cette équipe relève presque de l’exploit. Contrairement au basketball ou au hockey, le roller derby reste peu connu dans les communautés autochtones au Canada et aux États-Unis. Le sport de contact pratiqué sur patins à roulettes n’a, après tout, connu un regain de popularité que depuis une quinzaine d’années.

« Et l’équipement coûte cher! », souligne Michelle, qui n’avait jamais joué au hockey auparavant et qui, de son propre aveu, n’était pas particulièrement athlétique dans sa jeunesse. Mais après avoir vu une partie à la télévision, elle a eu une révélation. « Il y avait des filles qui se battaient, il n’y avait vraiment rien de similaire à la télévision », raconte-t-elle. (En roller derby, les deux équipes qui s’affrontent doivent se dépasser pour marquer des points, même s’il faut envoyer l’adversaire sur le tapis).

S'accrocher à ses valeurs

Si une équipe autochtone prend part à la Coupe du monde cette année, c’est surtout grâce à Melissa Waggoner. Originaire de la Nation Diné (Navajo), dans le sud-ouest des États-Unis, « Mick » a eu l’idée de lancer l’équipe quand elle jouait pour l’équipe américaine à la dernière Coupe. La joueuse de roller derby avait demandé à l’époque de porter le drapeau de sa nation à la cérémonie d’ouverture, une idée qui n’a pas plu à son entraîneur. L’expérience lui a laissé un goût amer.

« J’appréciais [d’être à la Coupe du monde], c’était très enrichissant. Mais je sentais que je ne me représentais pas de la manière que j’aimerais faire », affirme Melissa, au téléphone depuis New York, où elle s’apprête à s’envoler pour l’Europe.

Pour sa nouvelle équipe, Melissa Waggoner a demandé aux candidates, à défaut de tenir un camp de sélection, d’envoyer une « cassette démo », détaillant leurs histoires, leurs racines. « Leurs histoires étaient tellement riches et diversifiées, car les peuples autochtones sont tellement résilients », raconte Mick, un trémolo dans la voix.

« Les filles sélectionnées, qu’elles aient été adoptées, ou qu’elles fassent partie de la “génération volée”, [...], elles s’accrochent toutes toujours très fort à leurs valeurs culturelles. Et c’est ce que nous cherchions [pour la sélection] », ajoute-t-elle.

L’idée de former une équipe autochtone s’est avérée plus populaire qu’elle ne le croyait, puisqu’une soixantaine de femmes des quatre coins du monde ont posé leur candidature. Seulement 20 joueuses ont été retenues, dont Michelle Cross de Kahnawake.

Quand « Squarrior » a pris connaissance de l’existence d’une sélection « entièrement autochtone », elle a sauté sur l’occasion de donner, encore une fois, une voix aux siens. « Même des filles avec qui je joue régulièrement ne savent pas qu’il y a un territoire mohawk juste ici, à 20 minutes de Montréal », dit Michelle, qui joue ces jours-ci dans La Racaille, une équipe locale.

« Elles ne savaient pas que nous sommes là, à jouer avec elles », ajoute-t-elle.

Celles qui ne le savent pas encore le sauront peut-être cette semaine, en regardant Team Indigenous disputer son premier tournoi sur la scène internationale.

La Coupe du monde de roller derby se déroule du 1er au 4 février 2018 à Manchester.

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