Au moment où la haute direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) déploie des efforts sans précédent pour faire taire ses officiers et ses policiers qui parlent aux journalistes, des voix s'élèvent néanmoins pour dénoncer un climat de travail plus tendu que jamais dans les rangs du plus important corps policier municipal du Québec.

Un texte de Pascal Robidas

La Fraternité des policiers de Montréal a envoyé un courriel aux syndiqués du SPVM, dont Radio-Canada a obtenu copie, qui évoque le climat de travail malsain qui règne au SPVM :

Jusqu'ici, les conversations avec nos sources policières se limitaient à la perception généralisée d'une situation malsaine au sein du SPVM, l'impression que l'Hôtel de Ville se mêlerait de plus en plus des affaires de la police et que toutes les décisions opérationnelles seraient prises pour des raisons économiques.

L'implication du syndicat des policiers fait en sorte que la pression est plus forte que jamais sous le couvercle que la direction du SPVM tente de refermer sur une marmite bouillante.

Un conflit de travail qui perdure

Qu'ils soient officiers en chemise blanche ou patrouilleurs en chemise bleue, la grogne de ceux et celles qui parlent aux journalistes est en train de prendre de l'ampleur. Elle survient, faut-il le rappeler, dans un contexte de conflit de travail qui nuit à l'humeur des troupes. La convention collective est échue depuis décembre 2014, et la question des retraites, notamment, est loin d'être réglée.

Il y a aussi les compressions budgétaires de l'an dernier, qui se sont soldées par des annonces d'abolitions de postes qui pourraient atteindre le nombre de 250 d'ici 2020, pour des économies de 25 millions de dollars. Rappelons que la Ville a réclamé 18,5 millions de dollars au syndicat des policiers pour un manque à gagner lié à des amendes non perçues, que l'administration du maire Denis Coderre associe à des moyens de pression.

D'ailleurs, le maire Coderre a affirmé mercredi que le syndicat, en insinuant une ingérence quelconque de son administration dans les affaires du SPVM, exerçait des moyens de pression.

Écoutez l'entrevue d'Annie Desrochers, de l'émission Le 15-18, avec le directeur du SPVM, Philippe Pichet. 

Le départ de Ian Lafrenière

Un autre événement est venu s'ajouter à cette longue liste de sources d'irritation, lundi soir, avec le départ du commandant Ian Lafrenière. « Ce n'est certainement pas une décision pour le bien de sa carrière », disait une autre source policière à ce sujet.

Depuis près de six mois, le visage médiatique du SPVM depuis 20 ans aurait vécu dans l'incertitude, sachant qu'on remettait en question son rôle au sein du module des communications, qu'il a lui-même pratiquement mis sur pied à compter du début des années 2000. Il brillait d'ailleurs par son absence lors de l'annonce de son départ, faite par le directeur, Philippe Pichet.

Au moment où le chef du SPVM critiquait les journalistes, avant son point de presse, en affirmant que M. Lafrenière n'avait pas été démis de ses fonctions, tous les échos allaient dans le sens contraire.

Certains policiers s'interrogent maintenant sur les futures relations de travail avec le civil qui sera nommé à la tête des communications et qui va dicter le message officiel aux policiers. L'Hôtel de Ville pourrait avoir la possibilité de faire des recommandations pour cette nomination stratégique.

Les organismes communautaires sont aussi inquiets

Nos sources indiquent qu'il n'y a pas seulement les policiers qui sont inquiets des changements au sein du SPVM. Des partenaires communautaires du corps policier nous ont indiqué que les comités de vigie mis sur pied pour établir des ponts avec les communautés culturelles seraient actuellement remis en question.

On réviserait donc toute l'approche des relations communautaires, selon des partenaires du SPVM dans les arrondissements de Montréal-Nord, de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension ou d'Ahuntsic-Cartierville, qui se sont exprimés anonymement.

Ces partenaires sont préoccupés par la possibilité de voir disparaître des comités qui ont servi à bâtir un lien de confiance entre les jeunes issus de communautés ethniques et le SPVM. Toujours selon nos informations, une nouvelle direction pour les relations communautaires pourrait être annoncée vers la fin de l'été ou le début de l'automne.

Chez certains partenaires communautaires, on déplore, sous le couvert de l'anonymat, le manque de transparence sur les intentions de la direction du SPVM. Alors que des problèmes de profilage racial ont été soulevés, et dans un contexte de lutte contre la radicalisation, l'incertitude est mal perçue par plusieurs organismes.

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