Francis Lafrenière, 29 ans, est encore inconnu pour bien des amateurs de sport. Mais en raison de son style spectaculaire, son nom circule de plus en plus dans le milieu de la boxe. Il est le 7e aspirant à la couronne des 160 livres de la WBO et pourrait, avant longtemps, se battre pour un titre mondial.

Un texte de Michel Chabot

Sous l’égide des frères Howard et Otis Grant depuis qu’il a 16 ans, Lafrenière livre 76 combats amateurs avant de commencer sa carrière professionnelle en 2010, sans promoteur ni gérant.

« Je travaillais sur la construction, le soir j’allais m’entraîner avec les frères Grant, se souvient-il. Le matin, je courais de bonne heure avant la job. Quand ils m’ont annoncé que j’avais un premier combat pro, j’ai lâché la construction, qui me payait quasiment 20 $ de l’heure. »

Il pense alors qu’il s’enrichira, mais la réalité le frappe en plein visage en recevant son premier chèque.

« Je pensais faire de l’argent, ce que tu vois à la télé c’est beau. J’ai reçu 1500 $, grimace Lafrenière. Ce n’est pas clair, tu as eu des dépenses, ton camp d’entraînement… Je me suis rendu compte que ça allait être plus dur que prévu. »

Il constate aussi rapidement que personne ne lui fera de cadeau dans ce milieu hostile.

Fatigué par le travail, il n’a pas l’énergie pour se battre à son plein potentiel. Le jeune homme doit affronter des adversaires prometteurs souvent invaincus et leur sert de faire-valoir.

« On s’est fait voler beaucoup dans les débuts. J’aurais eu une fiche meilleure que ça », affirme le pugiliste de Coteau-du-Lac.

Après trois années frustrantes, Lafrenière n’abandonne cependant pas son objectif de réussite. Son acharnement finira par le récompenser. Gagnant de seulement 3 de ses 10 premiers combats, il remporte ses 12 affrontements suivants et voit sa fiche passer à 15-5-2 (8 K.-O.).

Un duel épique

En juin 2014, il devient champion canadien des poids moyens en défaisant Paul Bzdel par décision unanime. Il va ensuite chercher le titre international IBF le 30 janvier 2016, au terme d’un combat mémorable au Centre Bell, avec un autre Québécois, Renan St-Juste.

Alors âgé de 43 ans, St-Juste se tient debout devant son fougueux rival, de 16 ans son cadet. Sans relâche, Lafrenière fonce sur lui, les deux hommes se battent, comme le veut l’expression, dans une cabine téléphonique.

« C’est mon plan de match, reconnaît celui qu'on surnomme ''The People's Champ''. Un Québécois qui travaille fort dans le ring, comme tout le monde dans la vie. On travaille fort pour mettre du pain sur la table pour les enfants. Moi, je les représente bien dans l’arène. Beaucoup de monde se voit en moi et j’en suis très fier. Et j’espère de continuer d’être un modèle pour les jeunes et les plus vieux aussi. Je reçois beaucoup de messages, et ça me fait chaud au cœur chaque fois. »

En voyant son style kamikaze, il est impossible de ne pas penser à un autre spectaculaire boxeur issu du Québec, Arturo Gatti, deux fois champion du monde avant son décès tragique en 2009.

« Arturo c’est mon favori. Gagne ou perd, tout le monde aimait ses combats. Le cœur à l’ouvrage, dans le ring, il donnait tout. Dans la boxe, il y a le côté spectacle, les gens paient pour voir ça. Voir un gars danser, un technicien c’est bien, mais le monde veut du show et je suis content de faire partie de ceux-là. Arturo c’est mon idole. »

La façon de boxer de ce père de deux garçons de 5 et 4 ans est dangereuse. Il en est conscient. Il n’a toutefois pas l’intention de changer pour autant, surtout qu’il a une bonne mâchoire et que personne ne l’a encore mis hors de combat.

« Je peux me faire pincer et tomber au tapis n’importe quand et à long terme ma santé peut en écoper, estime-t-il, faisant référence aux nombreux coups qu’il absorbe à la tête, bien qu’il croit n’avoir jamais subi de commotion cérébrale.

« En construction, tu peux tomber d’un toit, tu peux marcher sur le bord de la rue et te faire frapper… J’ai choisi ce métier-là, je vais y aller jusqu’au bout. Et quand j’arrêterai, je serai sans regret. »

Confiance fragile, cœur solide

Poulain de la firme Rixa Promotions depuis deux ans, Francis Lafrenière est mieux entouré que jamais. Mais il n'a pas changé ses habitudes. Quand il se prépare à un combat, il se fie davantage à l’entraînement qu'à l'étude de son adversaire sur vidéo.

En février dernier, il livre justement un combat ardu contre le Mexicain Uriel Gonzalez. La décision partagée lui permet de s’emparer de la ceinture NABO continentale des poids moyens. Il la mettra à l’enjeu contre Oscar Cortez (26-2, 14 K.-O.), samedi, à Montréal.

Le Mexicain, appelé en renfort il y a quelques jours pour remplacer Michael Moore, avait échoué à descendre à 147 livres pour affronter Custio Clayton, le 3 juin, en sous-carte de l’affrontement Stevenson-Fonfara.

À quelques jours de son rendez-vous avec Lafrenière, Cortez pesait encore 171 livres, 11 de plus que la limite des légers. Le Québécois, lui, doit changer sa préparation.

« Après 13 semaines de camp d’entraînement, dont 11 pour me préparer pour un gaucher, ils annulent le combat à cause d’un dossier criminel. Il [Moore] ne peut pas passer aux douanes. Rixa Promotions a fait son travail, mais si le gérant a menti. On ne pouvait pas le savoir. Il a été bloqué. »

S’il l’emporte samedi, Lafrenière espère un appel pour un combat de championnat du monde, sa quête absolue.

« On sera prêt et j’espère que ça va arriver parce que j’ai promis à mes enfants un bain rempli de bonbons quand je gagnerai le titre. »

Des friandises et un peu d’argent, aussi, c’est la grâce qu’on peut souhaiter pour cet ouvrier de la boxe.

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