La mère d'une des trois jeunes filles qui ont fugué cette semaine du Centre jeunesse de Laval lance un cri du coeur et demande au gouvernement de modifier les lois encadrant ces centres d'accueil.

Marjolaine Aubé dénonce notamment le fait qu'il soit plus facile d'entrer au Centre jeunesse de Laval que d'en sortir. « Pour entrer, ça prend une carte magnétique, mais pas pour quitter », dit-elle en guise d'exemple.

Elle croit qu'il faudrait revenir à l'ancienne méthode, alors que les centres d'accueil pouvaient barrer les portes de leurs édifices et empêcher les jeunes filles d'en sortir.

La fille de Marjolaine, Mathilde Geoffroy-Aubé, s'est enfuie du Centre jeunesse de Laval le même jour que deux autres jeunes pensionnaires. La police de Laval rapporte que l'une d'entre elles a depuis été retrouvée, mais que l'autre, Sarah Hauptman, est toujours portée disparue.

Appel à l'aide d'une mère en détresse

Mathilde Geoffroy-Aubé a fugué à six reprises par le passé. La fois précédente, l'adolescente de 16 ans a été retrouvée au bout d'un mois dans un appartement « sous le contrôle de proxénètes ».

« Mathilde était sur le point d'être transférée à Calgary », ajoute Marjolaine Aubé, affirmant du même souffle que son coeur « a fait un tour dans sa poitrine » lorsqu'elle a appris à quoi se destinait sa fille entre les mains du crime organisé.

L'adolescente a ensuite été ramenée, en mai dernier, au Centre jeunesse de Laval, où sa mère a dû se battre pour convaincre les intervenants de la placer dans une unité sous haute surveillance afin d'éviter qu'elle se sauve à nouveau.

« Ma fille a été placée là pour sa protection, parce qu'elle se met constamment en danger, explique Mme Aubé. Ce n'était pas punitif, c'était pour revenir avec elle sur ce qui se passait dans sa vie. »

Selon elle, Mathilde a été approchée par le crime organisé pour la première fois il y a trois ans. « Ils lui ont offert ce que je ne pouvais pas ou ne voulais pas lui offrir », raconte-t-elle, en donnant pour exemple une paire de bottes griffées et un tatouage.

Ce que Marjolaine Aubé redoutait le plus est arrivé cette semaine : sa fille, qui devait rejoindre une amie lors d'une sortie autorisée, a pris la fuite et ne s'est jamais présentée au rendez-vous. Elle craint maintenant qu'elle soit une fois de plus tombée entre les griffes des gangs de rue et qu'elle soit forcée de se prostituer.

La police de Laval critiquée

Malgré l'historique de sa fille, Marjolaine Aubé affirme avoir été ignorée par la police de Laval. Selon elle, les policiers ont priorisé les dossiers plus médiatisés des deux autres adolescentes disparues plutôt que celui de sa fille.

L'inspecteur des crimes majeurs au Service de police de la Ville de Laval, Alain Meilleur, affirme pour sa part que les cas de jeunes filles mineures portées disparues sont tous prioritaires. « Nous sommes préoccupés et il n'y a pas de demi-mesure dans ces dossiers-là », affirme-t-il, ajoutant qu'une quinzaine de détectives y sont affectés quotidiennement.

Lui-même voit une hausse du nombre de fugues à Laval. En moyenne, 127 jeunes filles fuguent chaque année, selon lui, mais seulement 33 se retrouvent dans des situations d'exploitation sexuelle.

Alain Meilleur précise toutefois que la plupart des proxénètes les exploitent pour leur propre bénéfice et non celui d'un réseau criminel.

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