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Gaétan Barrette promet d'attirer les médecins dans les quartiers défavorisés de Montréal

Confronté à la pénurie chronique d'omnipraticiens dans l'est de Montréal, le ministre de la Santé du Québec promet d'agir. Gaétan Barrette assure préparer de nouvelles règles plus contraignantes pour amener des médecins dans les quartiers pauvres de la métropole.

Un texte de Davide Gentile

« Depuis qu’on est arrivés au pouvoir, on a restreint les possibilités de plus en plus. Et cette année, c’est la restriction ultime », a soutenu Gaétan Barrettte en entrevue avec Patrice Roy.

« Les postes qui seront offerts [en 2018] pour venir sur l’île de Montréal ne seront que pour venir là où il y a des besoins aigus, et c’est dans l’est de Montréal », a-t-il poursuivi.

Le ministre entend restreindre l'ouverture de nouveaux postes aux zones les plus défavorisées de la ville. « Il ne sera plus possible, dans les postes [ouverts] à Montréal, d’avoir des gens qui vont aller dans un quartier cossu, comme Outremont on Mont-Royal », résume-t-il.

Le ministre Barrette réagissait mardi soir au rapport la protectrice du citoyen, qui affirme que l'accès à un médecin de famille prend encore trop de temps. Marie Rinfret affirme que les docteurs de Montréal boudent le guichet d'accès à un médecin. Une situation qui exacerbe le retard de Montréal face au reste de la province.

« Il y a des gens qui préfèrent ne pas venir sur l'île de Montréal plutôt que d'aller dans l'est », a déclaré Gaétan Barrette. Le ministre a précisé qu'il n'était toutefois pas en son pouvoir de forcer les nouveaux médecins à venir pratiquer dans les quartiers plus défavorisés, écartant l'idée d'une prime, comme celle proposée aux médecins en région.

Montréal en queue de peloton

Dans son rapport déposé mardi, la protectrice du citoyen relève des « iniquités » entre les régions quant à la répartition des médecins. Des inégalités qui seraient dues, en partie, à une mauvaise utilisation du guichet d'accès à un médecin de famille.

Alors que dans certaines régions, comme le Bas-Saint-Laurent, 90 % des résidents ont un médecin de famille, Montréal est en queue de peloton avec un taux de 65 %.

Surtout que le portrait est encore plus sombre dans certains quartiers comme Hochelaga-Maisonneuve, où la proportion de résidents qui ont un médecin de famille est de 61 %.

C'est pour contribuer à la solution du problème que le Dr André Dufour a décidé d'ajouter huit heures de sans rendez-vous au CLSC de Hochelaga-Maisonneuve. Lui et trois de ses collègues de quartiers voisins vont, en alternance, offrir sept heures de sans rendez-vous les lundis.

« Ça paraît que les gens n’ont pas vu un médecin depuis longtemps. Ils ont une longue liste de problèmes qui traînent depuis longtemps », raconte-t-il.

Pénurie de médecins

Maureen Shea fait partie de ces résidents qui ne trouvent pas de médecins dans le quartier.« On est prisonniers. C'est décourageant pour les gens âgés », dit la femme aux prises avec un problème de sciatique qui la handicape sévèrement.

Le Dr Raymond Brière, qui pratiquait dans le Bas-Saint-Laurent, vient quant à lui d'arriver dans Hochelaga-Maisonneuve. « On voit plus de cas lourds ici qu'à Rimouski. Beaucoup plus de problèmes de santé mentale et de diabète par exemple », confie-t-il.

Selon lui, les villes sont presque rendues « défavorisées » face aux régions quant à l'accès à un omnipraticien.

Les chiffres confirment cette réalité. Dans quatre des cinq établissements de l'île de Montréal, moins de 70 % des résidents ont un médecin de famille. C'est bien en deçà de la moyenne provinciale de 79 %. Et dans plusieurs régions comme Chaudières-Appalaches et la Gaspésie, environ 90 % des résidents ont un médecin.

Les dirigeants du CISSS de l'est de Montréal sont conscients de la gravité de la pénurie de médecins.

« Pour une population de 56 000 personnes, on a neuf médecins. Ça en prendrait 40 ou 45 », dit Yvan Gendron, PDG de l'établissement. Une situation d'autant plus inquiétante que la moyenne d'âge des médecins dans l'est de Montréal serait l'une des plus élevées de la province.

M. Gendron souhaite recruter des dizaines de médecins au cours des prochaines années. « On voudrait avoir 80 médecins pour l'est de l'île de Montréal », dit-il.

Gaétan Barrette semble trouver la cible exagérée, mais il reconnaît que l'est de Montréal est dans une situation précaire. « Il y a un problème réel à Montréal. Particulièrement dans l'est et on s'y adresse », reconnaît-il.

Le Dr Brière, qui arrive de Rimouski, croit qu'il faudra bientôt appliquer des mesures semblables à celles qui ont permis de régler les problèmes d'effectifs médicaux en régions éloignées, il y a quelques années. « Il va falloir une approche semblable pour attirer les médecins dans les quartiers démunis des villes », affirme-t-il.

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