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Gagner la coupe, laisser partir Barry Trotz, se couvrir de ridicule...

BILLET - Barry Trotz ne sera pas de retour derrière le banc des Capitals de Washington la saison prochaine. « Nostradamus l'avait callé », dirait le sympathique Ian Laperrière.

Il est extrêmement rare qu’un entraîneur qui a remporté la Coupe Stanley ne soit pas de retour derrière le banc de son équipe la saison suivante.

L’un des deux exemples qui viennent en tête est celui de Scotty Bowman, qui avait pris sa retraite après la conquête des Red Wings en 2002.

Il y a aussi eu Al McNeil, qui avait mené le Canadien à la Coupe en 1971 alors qu’il était à couteaux tirés avec certains joueurs francophones de l’équipe, dont son capitaine Henri Richard. En pleine série finale de la Coupe Stanley, au moment où McNeil ne l’utilisait presque pas, Richard avait qualifié son entraîneur-recrue d’incompétent. Le Pocket Rocket avait plus tard appuyé ses déclarations en inscrivant les buts égalisateur et gagnant lors du septième match de la finale, à Chicago de surcroît...

La saison suivante, Al McNeil dirigeait le club-école du CH, les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse.

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Le cas de Trotz est toutefois complètement différent de ceux de Bowman et McNeil. Trotz n’envisage pas la retraite et il jouissait de la confiance et de l’estime de ses joueurs.

Depuis la fin de la saison 2016-2017, Trotz savait toutefois que ses supérieurs ne voulaient plus de lui. Le DG Brian MacLellan avait décidé de laisser son entraîneur diriger le Caps sans filet de sécurité cette saison pendant la quatrième et dernière année de son contrat.

Dans la LNH, laisser un entraîneur dans une telle position équivaut à saper son autorité et à signer son arrêt de mort. La plupart du temps, dès que l’équipe traverse une mauvaise passe, les joueurs se déresponsabilisent et attendent que leur entraîneur soit sacrifié.

Que Trotz soit parvenu à remporter la coupe dans un tel état de vulnérabilité en dit long sur ses valeurs et sur la qualité de la relation professionnelle qu’il était parvenu à tisser avec ses joueurs.

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Comment définit-on le succès dans la LNH? Ce thème était abordé il y a quelques semaines dans cette chronique sur les changements au Minnesota, à Calgary et à Raleigh. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il semble y avoir autant de définitions que de directeurs généraux.

Les dirigeants d’équipes sont souvent tellement occupés à gratter leurs petits bobos qu’ils finissent par oublier d’analyser l’ensemble du portrait.

À l’été 2017, quand le DG Brian MacLellan a décidé de ne pas prolonger le contrat de Trotz, les Capitals venaient de remporter deux trophées du Président consécutifs! Depuis l’arrivée de Trotz en 2014 (trois saisons), aucune équipe de la LNH n’avait amassé plus de points de classement (339) que les Caps, qui présentaient à la fois la meilleure attaque et la meilleure défense de la ligue.

Honnêtement, qu’est-ce que MacLellan pouvait demander de plus?

Certains diront qu’en séries, Washington s’était incliné trois fois de suite au second tour. Or, durant ces trois années, seulement 4 des 30 équipes de la ligue avaient remporté plus de victoires que les Caps en séries. Par ailleurs, dans toute son histoire, jamais cette organisation n’avait accédé trois fois de suite au second tour éliminatoire. Et surtout, deux des trois éliminations des Caps étaient survenues aux mains des éventuels champions de la Coupe, les Penguins de Pittsburgh.

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Il faut être extrêmement prudent avant de mesurer le succès d’un entraîneur par la longueur des parcours éliminatoires de ses équipes. Pour remporter la coupe, il faut énormément de talent. Il faut aussi beaucoup de chance.

Les Capitals en ont d’ailleurs fourni un autre bel exemple cette année. Au premier tour, ils accusaient un retard de 0-2 face aux Blue Jackets de Columbus et ils sont parvenus à remporter la troisième rencontre in extremis, en deuxième période de prolongation. Sans ce but providentiel de Lars Eller, il n’y aurait probablement pas eu de coupe. Plus tard, au troisième tour, les Caps ont perdu trois matchs de suite contre la meilleure attaque de la LNH, Tampa Bay, qu’ils sont ensuite parvenus à blanchir deux fois de suite pour accéder à la finale.

Et une fois en finale, après avoir encaissé un revers dans le premier match de la série, que dire de l’arrêt miraculeux du bâton réalisé par Braden Holtby contre Alex Tuch au moment où il restait deux minutes à écouler? Sans ce coup de pouce du destin, Vegas créait l’égalité dans le second match et la finale prenait peut-être une tournure totalement différente.

Au bout du compte, peu importe ce qui allait survenir durant les séries de 2018, il était clair que Trotz n’allait pas être de retour derrière le banc des Capitals la saison prochaine. Après avoir éliminé les Blue Jackets au premier tour, l’entraîneur des Caps l’avait lui-même confirmé à son homologue John Tortorella sur la patinoire pendant que les deux hommes se serraient la main.

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Après la conquête de la Coupe, la direction des Capitals avait publiquement souhaité le retour de Trotz derrière le banc. Mais comme cela se fait très souvent dans le monde du sport professionnel, l’organisation lui a soumis une offre trop courte et trop peu généreuse pour le convaincre de rester.

Ainsi, Trotz a démissionné et MacLellan a obtenu ce qu’il voulait.

Pensez-y un peu. Faut-il être totalement déconnecté de la réalité pour laisser partir un entraîneur qui a :

  • maintenu la meilleure fiche de la LNH au cours des quatre dernières années (26 points de classement de plus que l’équipe de deuxième rang)?
  • mis la main sur deux trophées du Président?
  • gagné la Coupe Stanley et affiché le deuxième total de victoires en séries (36) dans toute la LNH durant son séjour derrière le banc?

Cette situation est d’autant plus grotesque qu’elle pénalisera doublement les Capitals au cours des prochaines saisons.

En plus de perdre un entraîneur extrêmement compétent et performant, MacLellan fait cadeau de Barry Trotz à Lou Lamoriello et aux Islanders de New York, des rivaux directs au sein de la même division.

Le proverbe voulant que le mieux soit l’ennemi du bien a été créé spécifiquement pour résumer ce genre de situation. Parions qu’elle reviendra hanter les Capitals beaucoup plus rapidement qu’ils le croient.

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