La pianiste Gentiane MG est la Révélation Radio-Canada 2018-2019 en jazz. Un tel honneur change-t-il la donne pour une jeune artiste? Une chose est sûre, nous aurons l'occasion de voir et d'entendre la Québécoise trois fois plutôt qu'une lors du Festival international de jazz de Montréal.

Le Gentiane MG Trio, qui comprend la pianiste, le contrebassiste Levi Dover et le batteur Louis-Vincent Harel, se produira en première partie du concert du trompettiste Terence Blanchard, dimanche (1er juillet), au Monument-National.

La pianiste sera de retour le lendemain au même endroit, cette fois en solo, afin de participer à l’hommage à Carla Bley par l’Orchestre national de jazz de Montréal dirigé par Christine Jensen. C’est Bley qui devait être à la tête de l’orchestre au départ, mais elle a dû se désister en raison d’un problème de santé.

Finalement, le Gentiane MG Trio sera sur les ondes d’ICI Musique le 5 juillet. On discute des trois propositions musicales avec la principale intéressée. Gentiane Michaud-Gagnon en trois temps, quoi.

Le concert en première partie

« Pour le programme avant Terence Blanchard, nous n’allons proposer que des nouveautés, déclare la pianiste originaire du Saguenay. Nous sommes en train de préparer un nouveau disque et nous devrions commencer à enregistrer à l’automne. Je suis donc en période d’écriture. »

Radio-Canada : Le premier disque (Eternal Circle) ne date pourtant que de 2017. Vous allez complètement faire l'impasse sur ce dernier?

« J’aime me renouveler, même si je suis vraiment contente du premier album. En jazz, ce que je préfère, c’est d’être dans le moment présent. J’ai commencé à composer il y a deux mois et je suis là-dedans. Cela dit, que l’on joue des compositions de l’an dernier ou des nouveautés, ça ne change rien. Le son du trio ne va pas changer. Il va toujours être là.

« Mon art, c’est de développer mon langage d’improvisation. Je suis dans le moment, dans ce mood-là pour jouer ça. Ce n’est pas comme en pop, où je comprends que l’on soit déçu si l’artiste ne chante pas ses succès. Nous voulons tous grandir à travers notre art. Jouer une pièce composée il y a un an, c’est contre-productif. »

RC : Qu’allez-vous proposer?

« Nous allons offrir Comeback, qui est la première partie d’une suite de trois morceaux que nous allons interpréter dans son ensemble, en plus de deux autres pièces. »

RC : Elle offre des similitudes avec une autre de vos pièces, Dissociation. Il y a quelque chose de récurrent dans le motif, non?

« Il y a en effet une ligne de la main gauche similaire. Présentement, j’explore l’écriture pour batterie et contrebasse, histoire d’avoir une plus grande implication de la section rythmique. Là, je travaille sur un contrepoint. »

RC : Allons-nous avoir droit à quelque chose qui ressemble à Impossible Beauty, l’une de vos compositions que l’on pourrait presque qualifier de cinématographique?

« J’ai beaucoup travaillé les couleurs harmoniques pour cette pièce, et elle semble évoquer des choses pour bien des gens. Je ne sais plus ce qui m’inspirait quand je l’ai composée, mais je travaillais des séries d’accords dominants à l’envers. Je partais d’un accord et je me demandais lequel allait précéder… C’est mon petit côté geek (rires). »

L'hommage à Carla

« Je suis déçue qu’elle ne soit pas là. J’aurais bien aimé voir ce concert (rires). Mais je suis très honorée d'en faire partie. Lorraine Desmarais, Marianne Trudel, François Bourrassa doivent y prendre part.

« L’approche est forcément différente. Dans un tel cas, il y a plus de partitions à suivre et il faut aller à la rencontre de l’esthétisme de quelqu’un d’autre. Mais j’aime autant les initiatives avec les autres que de faire ma propre musique. C’est comme les amis avec qui prendre une bière, ou ceux avec lesquels tu peux te confier. C’est bien d’être dans un groupe. »

Des projets avec ICI Musique

« Avec ICI Musique, c’est pour un programme double. Une entrevue et une prestation. Nous allons faire deux pièces, dont une chanson en trio avec le saxophoniste Benjamin Deschamps, la Révélation Radio-Canada jazz de l’an dernier. »

« Pour la suite, je pense que le disque que nous devrions sortir en 2019 devrait être moins introverti, moins introspectif, que le premier, note celle qui compte 10 ans de formation de musique classique et autant de formation en jazz à l’âge de 26 ans.

« J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de 5 ans. Je ne sais pas ce que c’est, la vie, sans jouer du piano. »

RC : En définitive, être la Révélation Radio-Canada en jazz, est-ce comme le slogan d’une publicité bien connue : « Ça ne change pas le monde, sauf que… »?

« Oui, ça change quelque chose, assure Gentiane MG. Ne serait-ce que par la visibilité que ça apporte. Cela aide aussi pour la diffusion des concerts. Et ça [permet d’atteindre] pas mal de monde, finalement.

« Comme bien des pianistes, j’ai mal dans le haut du dos à cause de la position penchée en avant. L’autre jour, je vais chez mon chiropraticien et il me dit : « Dis donc, tu n’es pas la Révélation jazz de Radio-Canada, toi? »

Plus d'articles