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Gilles Duceppe accuse le NPD de tenir un « double discours » sur Énergie Est

Au troisième jour de la campagne, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a mené une charge contre le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui, assure-t-il, n'a pas la même position sur le projet de pipeline Énergie Est au Québec que celle qu'il défend au Canada anglais. Un projet, s'est-il empressé d'ajouter, qui va à l'encontre des intérêts des Québécois.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Depuis son retour à la barre du parti, en juin, le chef bloquiste répète que le NPD n'a pas défendu les Québécois à Ottawa, notamment dans le dossier Énergie Est.

Un thème qu'il a repris mardi, dans la circonscription de Vaudreuil-Soulanges, accompagné du candidat Vincent François et d'une autre candidate de la région, Claude DeBellefeuille.

Ce projet d'oléoduc de la compagnie TransCanada, qui transporterait quotidiennement plus d'un million de barils de pétrole brut de l'Ouest canadien jusqu'au Nouveau-Brunswick, « va très clairement à l'encontre de nos intérêts, et une très grande majorité, sinon la presque totalité, de la population québécoise s'y oppose », a soutenu le chef bloquiste.

Pourtant, a-t-il ajouté, les conservateurs de Stephen Harper, les libéraux de Justin Trudeau et les néo-démocrates de Thomas Mulcair - trois partis qu'il a qualifiés de « Bloc canadien » - appuient tous ce projet malgré « des risques environnementaux importants et des coûts économiques afférents ».

« C'est du pétrole qui ne sera pas consommé au Québec, ni raffiné au Québec », mais qui est destiné à l'exportation, a-t-il ajouté.

Le projet, « va traverser des centaines de cours d'eau à travers tout le Québec », a déploré M.Duceppe, qui y voit « des risques excessivement importants pour le Québec, mais aucun bénéfice ».

Le Parti libéral et le NPD s'opposent pourtant aux projets de pipelines de Northern Gateway, qui acheminerait le pétrole albertain vers la Colombie-Britannique, et de Keystone XL, qui relierait l'Alberta au sud des États-Unis, « parce qu'il y a des dangers pour l'environnement », a souligné M. Duceppe.

Duceppe s'en prend à Mulcair 

Si Gilles Duceppe a décoché des flèches en direction des chefs conservateur et libéral, c'est principalement son adversaire néo-démocrate, qui mène dans les intentions de vote dans la province, qui était dans sa ligne de tir.

Citant le député de Vaudreuil-Soulanges, Jamie Nicholls, puis Thomas Mulcair, il a affirmé que le parti tenait un double discours en fonction de l'électorat auquel il s'adressait, l'accusant de « développer le cynisme » à l'égard de la politique.

Le chef bloquiste a rappelé que M. Nicholls, qui est porte-parole adjoint du NPD en matière d'énergie et des ressources naturelles, avait déclaré, le 14 novembre dernier, que le parti ne « sacrifier[ait] pas les générations futures simplement pour permettre aux compagnies pétrolières de faire du profit sur le dos des Vaudreuil-Soulangeois, des Québécois et des Canadiens ».

Or, a poursuivi M. Duceppe, la veille, son chef avait soutenu « exactement le contraire », présentant le projet Énergie Est comme « la proposition la plus sensée » pour assurer le transport du pétrole tiré des sables bitumineux provenant de l'Alberta vers les raffineries de l'est du pays.

Cependant, Thomas Mulcair avait alors affirmé qu'un tel projet de pipeline devait faire l'objet d'une évaluation environnementale rigoureuse et que les compagnies pétrolières devraient payer pour la pollution et l'augmentation des gaz à effet de serre qu'elles génèrent. Deux principes, avait-il dit, que bafouent les conservateurs, dont l'attitude envers les pétrolières explique l'opposition au projet.

M. Duceppe a averti qu'il talonnerait, au cours des 76 prochains jours de campagne, le leader néo-démocrate pour l'amener à « dire la vérité ». « S'il faut, je lui poserai la question tous les jours. [...] S'il vient au débat, on va lui reposer la question ».

Il faut un système d'évaluation complète et crédible, soutient Mulcair

Interrogé par les journalistes sur le dossier Énergie Est, le chef néo-démocrate, qui faisait campagne à Montréal, a affirmé qu'il ne pouvait donner de réponse définitive. 

« Amener nos ressources naturelles vers les marchés est une priorité », a néanmoins déclaré M. Mulcair, ajoutant que les projets de Stephen Harper en ce sens avaient échoué en raison des lacunes dans l'évaluation environnementale.

« Le Québec fait bien de poser ses conditions et fait bien de dire qu'il veut être de la discussion », a ajouté l'ancien ministre de l'Environnement de la province.

« L'appui du public, un fort soutien du milieu fait partie des conditions obligatoires aujourd'hui, a-t-il soutenu. Et au niveau fédéral, je vais faire la même chose que j'ai faite au Québec : amener une législation complète que nous allons appliquer rigoureusement pour s'assurer que tous les projets, dans l'avenir, respectent les règles de base du développement durable », a-t-il promis.

« Avec un gouvernement du NPD, ça va être toute une autre approche que ce qu'on a connu avec M. Harper. »

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