CRITIQUE – Nous avons tous eu besoin d'un plan B un jour ou l'autre, d'une sortie de secours, d'une échappatoire, personnellement ou professionnellement. Grand Corps Malade aussi. Peut-être un peu plus que certains d'entre nous, d'ailleurs.

Plan B, c’est également le titre et le propos du plus récent disque de Fabien Marsaud qu’il venait nous présenter jeudi aux Francos de Montréal, dans un théâtre Maisonneuve rempli à craquer. Il faut dire que depuis ses débuts chez nous en 2007, le Français revient chaque fois en terrain conquis d’avance.

Le grand slameur le sait aussi. C’est probablement la raison pour laquelle le volume de nouveaux titres dans ses concerts est toujours considérable. Chaque fois, le charme opère, tant les nouvelles œuvres sont de la même qualité que les anciennes.

Il y a 20 ans, Fabien Marsaud se prédestinait à une carrière dans le sport – idéalement au basketball –, jusqu’à ce qu’il plonge dans une piscine avec un niveau d’eau trop bas. S’il n’est pas demeuré paralysé comme les médecins le prédisaient, il a quand même dû envisager une vie bien différente de ce qu’il avait imaginé. Parlons d’un Plan B de catégorie A.

Au cours des 20 dernières années, il a souvent évoqué son passé dans ses spectacles, mais les références sont plus présentes que jamais dans ses nouvelles compositions. Dans la chanson-titre, il évoque ceux qui, comme lui, rêvaient au basketball professionnel. Quoique dans le texte, ces derniers sont nettement plus petits que lui (1 mètre 96) : « Quand tu fais 1 mètre 60 et que tu veux jouer en NBA, peut-être que ça se tente, mais prévois quand même un plan B. »

Dans Mille vies, il met pratiquement en opposition sa première vie – détruite par l’accident – et celle d’artiste, ou il brille de mille feux : « Je suis perdant de cette vie-ci, mais pour celle-là, j’suis lauréat. »

C’est toutefois avec La syllabe du rebond que Grand Corps Malade a véritablement écrit sa « première chanson ou je parle de mon plan A (le basketball) et mon plan B (le slam). » Un texte avec des images précises et des tournures de phrases où le sport côtoie la poésie.

« J’ai mis des shoots de verbes, des lancers francs d’adjectifs, j’ai mis toute ma verve, tout ça est très addictif. Je suis en phase offensive et la démarche évolue, j’ai r’çu des passes décisives de musiciens reconnus. J’ai feinté des assonances et dribblé chaque terminaison. J’ai réalisé ma chance, pourtant je ne suis qu’à mi-saison. »

Grand Corps Malade est le seul artiste que je connais qui pourrait interpréter que des nouvelles chansons à chaque passage au Québec et je ne me sentirais pas floué une seconde. Mais il avait amené avec lui ses touchantes chansons (Définitivement, Pocahontas) inspirées de ses enfants, sa géniale version de Roméo kiffe Juliette (l’histoire d’amour d’un jeune arabe et d’une juive) et L’appartement, toujours irrésistible.

Grand Corps Musical

Cette dernière a été la première et l’unique chanson du concert – avant les rappels – à être interprétée sans musique. Il y a longtemps que Grand Corps Malade enrobe ses textes choisis de musique, mais je n’ai pas souvenir d’une enveloppe sonore aussi importante, avec un claviériste, un guitariste et son fameux batteur.

Nous avons aussi eu droit à la présence de Ehla, une protégée de Grand Corps Malade, qui l’accompagne pour le duo de Poker. La chanteuse a aussi interprété l’une de ses chansons qui a été écrite par Fabien Marsaud.

Par moments – et c’était une première durant un concert de GCM –, je me disais que nous aurions pu nous lever quelques fois durant cette soirée, tant les rythmes musicaux prenaient de l’importance au fur et à mesure que le spectacle progressait. C’est justement durant J’suis pas rentré, durant laquelle les spectateurs battaient la mesure, que la foule s’est levée comme si nous étions à un concert de DJ Champion.

Grand Corps Malade a ravi la foule en offrant Montréal au rappel, vêtu du chandail du Canadien. Il a beau faire référence aux Habs dans son slam, il faudrait peut-être le prévenir que si notre équipe était un club de foot français, elle aurait été reléguée en deuxième division au terme de la saison.

Ce qui ne sera pas le cas du Français avec ce sixième album en 12 ans. À moins qu’un autre terrible coup du sort le frappe, Grand Corps Malade n’aura plus besoin de plan B.

Un carton pour Goudreault

En première partie, le Québécois David Goudreault, un bon ami de « Malade, Grand Corps de son prénom… », a fait un carton avec une prestation ou le slam et l’humour fusionnaient à parts égales.

Son slam J’appelle à la poésie a fait mouche d’entrée de jeu. Quant à son enchaînement de 100 titres de chansons de la Francophonie, c’était un bijou de tour de force. Et comme il l’a lui-même souligné, arriver à joindre Avec le temps (Léo Ferré) à Ça va bien! (Kathleen), ce n’est pas banal.

Gérald Godin, tant le poète que le politicien, a été entendu avec Mal à mon pays. Beaucoup de conviction de la part de Goudreault. Et, non, je n’avais jamais pensé que Sol, notre Sol national, pouvait être le père du slam au Québec. Mais quand Goudrault s’est lancé dans un texte en imitant la voix de scène du regretté Marc Favreau, l’affirmation ne semblait nullement farfelue.

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