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Guns N’Roses : pas de casse, pas de retard, que du plaisir

Il n'y a pas eu de casse samedi soir, sur l'île Notre-Dame, pour le retour à Montréal de Guns N'Roses avec trois de ses membres originaux, 25 ans après l'émeute au Stade olympique. Il n'y a même pas eu de retard... À bien des égards, ce concert offert dans des conditions idéales ressemblait à quelque chose comme un pardon.

Un texte de Philippe Rezzonico

« C’était impressionnant! On a tout arraché une deuxième fois! »

Il avait un sourire éclatant dans le visage, Axl Rose, quand il a dit ça aux 32 500 spectateurs réunis sous les étoiles, après un marathon musical de plus de 3 heures. Son commentaire était symbolique, ça va de soi. Les seuls dégâts qui seront perceptibles dimanche matin seront probablement ceux liés à l’ouïe des spectateurs.

Contrairement à ce qui s’était passé au mois d’août 1992 quand le départ prématuré de la scène des Gunners au stade avait mené à une émeute de grand luxe, tout le monde était en mode plaisir et nostalgie pour les retrouvailles montréalaises de Rose, du guitariste Slash et du bassiste Duff McKagan, après une vingtaine d’années de séparation.

La tournée ne se nomme pas Not in This Lifetime (traduction libre, « Pas dans cette vie ») pour rien. Peu d’observateurs pensaient que Rose allait renouer avec ses collègues d’antan après avoir passé des années à parcourir le monde sous l’appellation Guns N’Roses… quand il en était le seul membre original.

Axl et Slash, enfin réunis

Certes, Axl a fait amende honorable en janvier 2010, lors de son retour à Montréal au Centre Bell. Cela avait pris trois guitaristes ce soir-là pour faire le boulot de Slash, mais la performance de 2 heures et 45 minutes qui s’était terminée dans la nuit — à 1 h 15 plus précisément — avait été pétaradante et plus qu’honorable. Il est même revenu au Métropolis en 2013.

Sauf que Guns N’Roses avec Axl mais sans Slash, c’est comme les Rolling Stones avec Mick Jagger sans Keith Richards, The Who avec Roger Daltrey en l’absence de Pete Townshend et U2 avec Bono sans The Edge. En publicité, on appelle ça de la fausse représentation. Au plan musical, il manque un élément drôlement essentiel. Et pour ce qui est de la légitimité, on repassera.

Paul McCartney a beau offrir des concerts ou la moitié de ce qu’il interprète provient du répertoire du « Fab Four », il a la décence de ne pas faire de tournée sous l’appellation « The Beatles ». Et Axl aurait dû s’abstenir de faire de même durant toutes ces années sans les autres membres de Guns N’Roses. Voilà, c’est dit.

Légitimité retrouvée

Mais samedi, la légitimité était totale. Et le groupe était à l’heure. Sur scène à 19 h 30! La dernière fois que j’ai vu Axl Rose en concert, il est arrivé à 22 h 30. Quant à la prestation, elle a largement permis de démontrer à quel point ce groupe est bien plus que celui d’Axl. Hurleur par excellence au tournant des années 1980 et 1990, Rose n’a évidemment plus sa voix d’antan à 55 ans.

On l’a constaté d’entrée de jeu sur It’s So Easy, où l’on entendait mieux Duff McKagan que lui, et Mr. Brownstone, où il était presque inaudible. Moins de tonus que naguère aussi durant Rocket Queen et Yesterdays. En revanche, quand elle est à son mieux, la voix criarde de Rose peut encore déplacer des montagnes, comme durant Welcome To the Jungle, Nightrain et Paradise City, exemplaires, qui ont tout ravagé sur leur passage. Bref, de nos jours, il est irrégulier, Axl. Mais il faut admettre que durant trois heures, il a été étincelant plus souvent qu’à son tour.

Impérial Slash

Peu importe, c’est quand même Slash qui a volé le spectacle. Avec son haut de forme, ses cheveux bouclés dans le visage et ses bagues de tête de mort, le guitariste de 52 ans a été exceptionnel.

Il fallait voir ses doigts filer sur le manche durant une version frénétique de Double Talkin’ Jive, donner du mordant à This is Love – une chanson de la période Axl en solo qui en a bien besoin –, venir à la rescousse de Rose durant Rocket Queen, survoler Sweet Child O’ Mine (quelle version!), revisiter Layla avec Axl au piano et, bien sûr, nous porter aux nues avec le solo mémorable de November Rain. Frissons garantis. Slash s’est même permis un exercice de style quand il a enchaîné un long solo portant l’empreinte immortelle de Chuck Berry à l’instrumentale du film Le Parrain.

Le hic, c’est que si on a vu et senti une vraie complicité entre Slash Et McKagan et quelques clins d’œil entre Axl et Duff, disons qu’entre Slash et Axl, ça ne semble pas être l’amour fou. Les 191 millions de dollars amassés en tournée depuis le début de 2017 expliquent sans l’ombre d’un doute que les deux se tolèrent sur les planches et qu’ils soient professionnels sur scène. Mais en dépit de cette froideur évidente, ils sont capables de chauffer le public.

Et partout sur l’île, les spectateurs en redemandaient. Ceux qui se trouvaient dans la très petite section pour fortunés, massés sur la passerelle qui prolongeait la scène, ceux dans les quatre zones payantes distinctes séparées par des clôtures, ainsi que la terrasse, où il y avait des sections avec sièges bistro, sofas capitonnés, service personnalisé de bar, et tutti quanti. Disons que le rock n’roll s’est grandement embourgeoisé depuis ses débuts, il y a six décennies de ça.

Reprises légendaires

Guns N’Roses a beau avoir enregistré des monuments de Bob Dylan (Knockin’ On Heaven’s Door) et de Wings (Live and Let Die) sur ses albums Use Your Illusion (I et II), c’est quand même renversant le nombre de reprises que ce groupe peut nous servir dans un concert. Les deux précédentes, comme d’habitude, ont été à la hauteur des versions d’origine.

Nous avons eu droit à un duo de Slash et du deuxième guitariste Richard Fortus pour Wish You Were Here (Pink Floyd), une touchante relecture de Black Hole Sun (Soundgarden) en hommage à Chris Cornell qui s’est suicidé, une intense The Seeker (The Who) et une abrasive interprétation de Whole Lotta Rosie, ce qui est parfaitement dans les cordes d’Axl qui a sauvé la mise à AC/DC l’an dernier en remplaçant Brian Johnson. Et il n’y avait rien à jeter là-dedans. Que du bon.

Cela dit, des chansons comme Civil War — brûlante d’actualité quand on voit ce qui se passe aux États-Unis — et Coma — intense à souhait — se sont révélées de belles surprises pour les milliers de spectateurs… et bien des résidents de Saint-Lambert. Trois de mes amis qui y résident ont fait des statuts Facebook durant la soirée où ils disaient qu’ils entendaient les chansons aussi bien que nous, au-devant de la scène.

La qualité du son, en effet, était impeccable, en cette grande soirée du pardon de Guns N’Roses. Pensez-y… Ils étaient à l’heure et ils ont bouclé l’affaire à 22 h 40, 20 minutes avant le couvre-feu. Je ne le crois pas encore, mais je ne vais pas m’en plaindre.

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