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Heavy Montréal et ÎleSoniq : la musique en noir et en technicolor

Les festivals Heavy Montréal et ÎleSoniq sont aux antipodes d'un point de vue musical. Ils partageaient pourtant le même site, samedi. Tout le monde le sait, la musique n'a pas de frontières. Donc, pas question de se limiter à un seul événement. Tournée.

Un texte de Philippe Rezzonico

Métro de Montréal, quelque part entre les stations Berri-UQAM et l'île Sainte-Hélène à 14 h 30. À ma droite, le monsieur dans la cinquantaine porte un t-shirt de Metallica, son ami quarantenaire en a un de Rom Zombie et son fils adolescent porte une casquette de Slayer. T-shirts et casquettes de couleur noire, évidemment. Pas de doute quant à leur destination.

À ma gauche, les trois gars et deux filles dans la jeune vingtaine qui sont ensemble ont des shorts blancs, des camisoles bleu pastel et des t-shirts d'un jaune éclatant. Et tout le monde a des paillettes décoratives dans le visage. Nous savons où ils vont.

Ce contraste n'a pas cessé de la journée à la sortie du métro de l'île Sainte-Hélène, selon les allées et venues des festivaliers, avec les billetteries et les couloirs d'accès pour se diriger vers un événement ou un autre. Contraste aussi, quant aux habitudes de fréquentation.

Un peu avant 15 h, la file d'attente pour entrer sur le site d'ÎleSoniq était digne de celles que l'on voit lors d'une bonne journée au festival Osheaga. Même l'entrée réservée aux médias, membres de l'industrie, commanditaires, etc. était bouchée comme l'autoroute Décarie à une heure de pointe. Plus d'une demi-heure pour entrer sur le site. Minimum.

On contourne donc la bouche de métro, on tourne à gauche après la piscine du parc Jean-Drapeau, on franchit le petit pont de métal et on arrive à l'entrée du site de Heavy Montréal où il n'y a pas dix personnes en attente. Je fais part de mon étonnement à une préposée qui me dit qu'il y a deux heures, des milliers de festivaliers faisaient la queue.

C'est là que j'ai saisi que les amateurs de métal étaient présents dès les premières notes du festival (13h), car ces mordus veulent voir le maximum de groupes. En face, on vient principalement pour faire la fête. Pas d'urgence.

Osheaga scindé en deux

Pour situer les habitués des festivals au parc Jean-Drapeau, ÎleSoniq, qui en est à la troisième année, a occupé vendredi et samedi la portion réservée aux deux grandes scènes d'Osheaga et à la scène Élecktronik.

Quant aux trois scènes du 8e festival de Heavy Montréal, elles occupaient samedi et occuperont dimanche les mêmes emplacements que les scènes de la Vallée, Verte et des Arbres la semaine dernière à Osheaga. Ça évite d'avoir à tout chambarder et ça limite les coûts d'exploitation.

Il y a là une partie de l'explication pour la tenue simultanée des deux festivals le même week-end. D'autant plus que l'on a décidé de recentrer Heavy Montréal sur le métal pur et dur, en excluant les groupes punk rock. Et ça n'a pas déplu aux quelque 15 000 personnes qui étaient présentes.

La qualité d'écoute des amateurs de métal - les plus courtois que je connaisse sur un site de festival, soit dit en passant - ne cessera jamais de m'étonner. On a pu le mesurer durant les salves des pionniers québécois de Kataklysm, le death métal mélodique des Britanniques de Carcass (du solide) et même avec Sebastian Bach, l'ancien chanteur de Skid Row.

Au menu : des guitares mordantes, des basses lourdes, des batteries pesantes, des milliers de décibels et un soleil de plomb.

De noir et blanc au technicolor

Vous vous souvenez de la fameuse scène dans Le Magicien d'Oz où Dorothy (Judy Garland) ouvre la porte qui donne sur un monde en technicolor? C'est exactement le sentiment que l'on a quand on passe de Heavy Montréal à ÎleSoniq.

Les écrans compris sur l'unique et immense scène offrent un matraquage permanent d'images et de couleurs vives. Le parterre est lui aussi décoré par des champignons géants multicolores qui s'y dressent. Et l'on y retrouve aussi la fontaine à jets d'eau inaugurée à Osheaga.

Bref, un environnement qui ressemble à celui d'une marina de plaisanciers. D'ailleurs, c'était le festival du torse nu pour les jeunes hommes...

Ça cadrait plutôt bien avec l'offre de divertissement proposée durant les 90 minutes où je suis resté dans cette portion du parc. Le DJ montréalais Snails, par exemple, raffole des rythmes saccadés et des grosses lignes de basses, parfois liés à des chansons populaires d'une autre époque, genre Sweet Dreams. Diablement efficace, même si ça devient répétitif.

C'était la frénésie en permanence à perte de vue. Et ça n'a pas dérougi, peu importe l'identité du DJ qui s'installait aux commandes. Finalement, ça dansait sans arrêt comme au Bal en blanc, mais dans un environnement multicolore.

Près de deux heures plus tard, je retourne à Heavy Montréal. On note qu'il faut quand même franchir de nouveau les points d'accès, passer de nouveau par la fouille, etc. Bref, s'il est possible de naviguer entre les deux festivals, ce n'est pas aussi rapide que de franchir la même distance sur un site unique. Il faudra s'en souvenir si un tel programme double nous est proposé une nouvelle fois.

De retour en « noir et blanc », on retrouve Black Label Society avec le virtuose guitariste Zakk Wylde. Ceux qui ont raté ça pourront - en partie - se reprendre dimanche, car Wylde propose un spectacle solo à 17 h 10.

On retrouve aussi Mastodon qui, il faut l'admettre, rime pas mal avec mastodonte. Du costaud. Du stoner métal à forte tendance progressive pour le vétéran groupe d'Atlanta dont on voyait les efforts soutenus sur les écrans de la scène Canadian.

Pour sa part, Nightwish avait amené une production digne de spectacles d'arénas. Le groupe de métal symphonique finlandais avait ses éléments pyrotechniques, ses lance-flammes et ses projections sur écrans. Pour la première fois de la journée, la musique proposée à Heavy Montréal était visuellement bien enrobée.

D'autant plus que la nouvelle chanteuse Floor Jansen (depuis 2013) a du chien, du charisme et de la voix à revendre. La dernière fois que j'avais vu le groupe, Anette Olzon était la figure de proue. Avec sa longue cape et sa tenue de scène, Jansen avait tout d'une valkyrie nordique. Le meilleur concert que j'ai vu de la journée.

Remarquez qu'en clôture, Five Finger Death Punch avait, justement, du punch à revendre.

On a vu la foule s'exprimer physiquement, comme on le voyait quelques heures plus tôt à ÎleSoniq, quoique vraiment pas sur le même genre de musique.

Five Finger Death Punch plait aux plus jeunes. Deux petites filles de moins de dix ans sont montées sur scène, suivies aussitôt de leurs parents.

« Faites attention à tous ses enfants », a noté le chanteur Ivan L. Moody, en agissant en bon père de famille.

C'était, au-delà de la musique, la plus grande différence entre les festivaliers d'ÎleSoniq et ceux de Heavy Montréal : l'âge des participants.

Presque exclusivement des adolescents et des jeunes dans la vingtaine d'un côté, et au moins trois générations de headbangers de l'autre.

Néanmoins, un constat s'impose : la musique rassemble. Pour quelqu'un de ma génération qui a connu les guéguerres entre les « rockers » et les « discos » au tournant des années 1970 et 1980, la tenue simultanée de deux festivals aussi différents sur un même site était une véritable source de réjouissance. Et dites-vous que je n'ai pas été le seul à faire la navette.

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