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Hochelaga, Terre des Âmes : déterrer 400 ans de silence

Montréal est-elle davantage française, anglaise ou... mohawk? Avant même sa sortie, le film officiel du 375e anniversaire de Montréal, Hochelaga, Terre des Âmes, suscite la réflexion et l'étonnement par son récit d'une histoire trop peu connue : la nôtre.

Un texte de Catherine Poisson

Dans Hochelaga, Terre des Âmes, tout tourne autour d’un trou.

Un trou métaphorique, puisque « Montréal est construite sur un trou de mémoire », mais aussi un trou bien réel, qui s’enfonce dans le terrain du stade Percival-Molson.

Dans ce trou, un jeune archéologue, joué par Samian, fera la découverte du site original de Montréal, dont l'emplacement exact demeure encore aujourd'hui un mystère pour les archéologues.

En ce sens, Hochelaga, Terre des Âmes est avant tout une fiction, prévient son réalisateur, lors d'une rencontre organisée dans le cadre du festival Présence autochtone.

Si l'histoire est fictive, son contexte, lui, est totalement authentique.

« Ce n’est pas un film d’Hollywood, c’est la réalité », résume le leader spirituel algonquin, Dominique Rankin, qui a servi de consultant pour la production.

Ainsi, six langues sont parlées dans le film, dont le mohawk et l’algonquin, et tous les rôles amérindiens, incluant les 300 figurants, sont joués par des Autochtones.

Un fait qui peut nous sembler évident aujourd’hui, mais qui relevait de l'impossible il n’y a encore pas si longtemps.

Le directeur artistique de Présence autochtone, André Dudemaine, raconte qu’aux premières années du festival, il avait lui aussi voulu engager des acteurs autochtones pour un film.

Il se souvient alors que « tout le monde dans l’industrie avait répondu non, qu'il n’y a pas suffisamment de talent » dans les communautés autochtones.

Creuser des trous pour panser les blessures

Ce souci d'une représentation adéquate du rôle joué par les Autochtones, non seulement à l'écran, mais dans la fondation de la société québécoise, s'inscrit dans un contexte où la réconciliation est au coeur de l'actualité.

Un processus nécessaire, mais qui peut aussi s'avérer douloureux.

Le tournage a permis au réalisateur François Girard de constater l'étendue des blessures laissées par la colonisation et des événements comme la crise d'Oka, qui sont encore vives au sein des communautés autochtones.

« Je me suis senti plus étranger à Kahnawake qu'à Shanghai », confie-t-il.

Les blessures sont profondes, mais la volonté d'atteindre une réelle réconciliation l'est tout autant.

« C'est un film dont on avait besoin », convient Jacques Newashish, qui incarne un majordome dans le long-métrage.

Georges Wahiakeron figure aussi dans le film, mais son rôle principal s'est joué en coulisses.

Le leader mohawk a enseigné sa langue aux acteurs et figurants qui ne l'avaient jamais apprise. La langue mohawk n'est pas morte, dit-il, mais elle est faible. Au sein même de la communauté mohawk, la plupart des jeunes la comprennent, mais ne la parlent pas.

Georges est un fier défenseur de sa langue. En plus de l'enseigner, il est l'auteur d'un dictionnaire de 75 000 mots. Il doit cet amour de la langue à sa mère, qu'il décrit comme « une femme magnifique qui rêvait de devenir actrice ».

« Aujourd'hui, grâce à François, je réalise le rêve de ma mère », évoque l'acteur.

Visiblement ému, le réalisateur pose la main sur l'épaule de son ami.

Autre sujet sensible, la notion de territoire, et son appartenance, est également au coeur du film.

L'histoire de Montréal, après tout, « c'est aussi l'histoire d'une dépossession », souligne le réalisateur.

750 ans d'histoire

Alors que l'on célèbre le 375e anniversaire de Montréal, le film en retrace plutôt 750.

Au moyen de cinq tableaux illustrant différentes époques et points de vue, François Girard veut démontrer que l'histoire de nos origines est plus complexe qu'on voudrait le croire.

« Il y a dans ce qui s'est passé un mélange, un heurt des cultures plus compliqué que ce qu'on a l'habitude d'entendre », indique le cinéaste.

Appuyé par ses collègues autochtones, le réalisateur a donc voulu mettre des mots, et des images, sur le silence qui entoure encore les 400 premières années de l'histoire de Montréal.

Ainsi, les Québécois ne sont pas des Anglais, ni « les petits cousins français », mais plutôt les héritiers de plusieurs cultures, incluant celles des Premières Nations.

Le public pourra renouer à son tour avec ce riche héritage dès la sortie du film, dont la date reste à déterminer.

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