De retour à Montréal depuis une semaine, Homa Hoodfar évoque les durs moments passés dans la prison d'Evin, en Iran. Même si elle n'a pas été torturée physiquement, elle témoigne avoir subi des méthodes d'interrogatoire psychologiquement éprouvantes.

Un texte d'Azeb Wolde-Giorghis

Pendant quatre mois, l'anthropologue de 65 ans a été à la merci de ses geôliers. Accusée de collaborer avec des gouvernements hostiles, elle a subi des interrogatoires presque chaque jour.

« Les yeux bandés, j'étais conduite dans une pièce de la prison, où je devais être face au mur pendant les interrogatoires », témoigne-t-elle. Il ne fallait pas qu'elle reconnaisse ses geôliers.

Ses écrits sur le féminisme étaient vus d'un mauvais œil par les gardiens de la révolution. Elle dit avoir peut-être payé le prix du bras de fer qui oppose la branche ultraconservatrice du pays et les réformateurs iraniens.

Son arrestation est survenue peu après les élections législatives de février 2016, où les ultraconservateurs ont été presque éliminés de Téhéran, une défaite humiliante pour ceux qu'on surnomme les gardiens des mœurs.

En juin 2016, Homa Hoodfar a commencé sa détention pour un temps indéterminé. Elle a été transférée d'une cellule à une autre dans la section réservée aux prisonniers d'opinion, la même section où a péri la photojournaliste irano-canadienne Zahra Kazemi en 2003.

Elle a occupé de minuscules cellules de 4 mètres carrés, qu'elle partageait parfois avec d'autres détenues.

Éviter un autre cas Zahra Kazemi

Le spectre de Zahra Kazemi hantait les leaders ultraconservateurs, dit-elle.

« Ils ne voulaient pas d'une autre Zahra Kazemi », dit Homa Hoodfar. Selon elle, la mort de Mme Kazemi n'aura pas été vaine, car chaque interrogatoire était filmé. C'est lorsque sa santé a commencé à se détériorer sérieusement qu'Homa Hoodfar a été libérée.

« À ma sortie de prison, ils m'ont obligée à me teindre les cheveux, ils ne voulaient pas que le monde entier me voie dans un état lamentable », raconte-t-elle.

Elle affirme ne pas avoir subi de sévices corporels et dit qu'elle était probablement mieux traitée que les autres détenues.

Selon elle, l'objectif des interrogatoires était de la briser mentalement. « Ils voulaient que je pleure, dit-elle. Ils criaient et tentaient de m'intimider pendant les interrogatoires. »

Pour survivre, la femme de 65 ans a fait de sa détention un projet d'anthropologie. N'ayant ni stylo ni de papier, elle tentait d'écrire sur le mur de prison avec sa brosse à dents pour continuer à stimuler son intellect.

Pendant sa détention, elle entendait pleurer Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une travailleuse humanitaire irano-britannique de 37 ans emprisonnée depuis le 3 avril 2016. Accusée de vouloir renverser le régime iranien, cette mère de famille a été condamnée à cinq ans de prison.

Homa Hoodfar évoque d'autres détenues iraniennes qui n'ont pas de double nationalité comme elle et qui croupissent en prison dans l'indifférence, sans que personne ne s'en émeuve à l'extérieur du pays.

Elle affirme qu'elle ne retournera pas dans la République islamique d'Iran, mais qu'elle continuera à écrire sur son pays d'origine.

Plus d'articles

Vidéo du jour


L’amour selon le zodiaque