Après quelque 110 jours de détention en Iran, l'anthropologue canado-iranienne Homa Hoodfar a été libérée par la République islamique lundi « pour des raisons humanitaires ». Elle se trouve maintenant dans le sultanat d'Oman, en compagnie de sa nièce Amanda Ghahremani, en attendant de revenir au pays.

Un texte de François Messier

La professeure retraitée de l'Université Concordia « a été libérée et elle retrouvera bientôt sa famille, ses amis et ses collègues », a confirmé le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, dans un communiqué publié en fin de matinée.

Le gouvernement « s'est impliqué de façon active et constructive aux plus hauts niveaux dans le dossier de Mme Hoodfar depuis le début de cette dure épreuve, en travaillant en vue d'obtenir sa libération et son retour au Canada », soutient M. Trudeau.

La femme de 65 ans recevra une aide consulaire jusqu'à son retour au pays, a-t-il précisé.

M. Trudeau n'a pas indiqué à quel moment Mme Hoodfar, qui était détenue depuis le 6 juin, pourrait arriver au pays, ni communiqué de détails sur son état de santé. « Nous demandons à tous de respecter le désir de la famille de vivre cette situation en privé à ce stade-ci », a-t-il indiqué.

Le premier ministre canadien a également pris soin de souligner « la coopération de représentants des autorités iraniennes qui ont facilité sa libération et son rapatriement ». Selon lui, « ils comprennent que les cas comme celui-ci nuisent à l'établissement de relations plus productives ».

Des collègues soulagés et ravis

Dans une conférence donnée en début d'après-midi à l'Université Concordia, une amie de Mme Hoodfar, Margie Mendell, a indiqué que, de l'avis même d'Affaires mondiales Canada, Mme Hoodfar était « très frêle, extrêmement mince et très fatiguée ».

Ces informations lui proviennent de son mari, Peter Mendell, qui a collaboré avec Affaires mondiales Canada dans ce dossier, avec l'approbation de Homa Hoodfar.

Selon Mme Mendell, qui était accompagnée de trois collègues de l'Université, le ministère canadien a aussi indiqué que la nièce de Mme Hoodfar, Amanda Ghahremani, avait été transportée à Oman pour la rejoindre.

Ces informations ont par la suite été confirmées par des photographies diffusées par le sultanat d'Oman sur son compte Twitter. On peut y voir Mme Hoodfar à son arrivée à Oman, et en compagnie de sa jeune nièce.

Selon l'ambassadeur canadien à Oman Dennis Horak, cité par Oman News, Mme Hoodfar est en « bonne santé ». Elle restera quelques jours dans la capitale du sultanat, Mascate, avant de revenir au Canada.

Mme Mendell et ses collègues n'ont pas caché l'énorme soulagement qu'ils ont ressenti en apprenant sa libération. Ils se disent impatients de la retrouver et de l'aider à récupérer après cette épreuve.

« C'est absolument merveilleux », s'est exclamée la directrice générale de la section francophone d'Amnistie internationale, Béatrice Vaugrante, dans une entrevue accordée à ICI RDI.

Mme Vaugrante ne cache cependant pas qu'elle s'inquiète pour l'état de santé de Mme Hoodfar. « Ça va être la terrible question. Parce qu'on est loin d'être certain qu'elle ait reçu tous les soins que nécessite sa grave maladie », a-t-elle commenté.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir, qui avait beaucoup soutenu la famille Hoodfar, a fait part de son grand soulagement, dans un communiqué.

« C'est une aberration que cette citoyenne canadienne ait dû subir aussi longtemps les injonctions du régime autoritaire iranien. [...] J'espère que le gouvernement a prévu donner à Mme Hoodfar et sa famille tout le soutien nécessaire pour se remettre d'une expérience traumatisante comme celle-ci », a-t-il déclaré.

Libérée pour des raisons humanitaires

La nouvelle de la libération de Mme Hoodfar avait été annoncée en début de matinée par l'agence iranienne Fars News, qui citait un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République islamique.

Selon Bahram Qasemi, Mme Hoodfar, qui a aussi la nationalité irlandaise, « a été libérée cet après-midi pour des raisons humanitaires, notamment sa maladie, et elle a quitté l'Iran pour le Canada, en passant par Oman ».

Mme Hoodfar souffre de myasthénie, une maladie auto-immune rare caractérisée par une faiblesse musculaire. Des membres de sa famille craignaient qu'elle n'ait pas été correctement médicamentée depuis le début de sa détention, à la prison d'Evin.

Ils soutenaient d'ailleurs qu'elle avait dû être hospitalisée au début du mois d'août.

Les raisons exactes de la détention de Mme Hoodfar n'ont jamais été claires. Elle a été accusée d'avoir collaboré avec un gouvernement hostile à l'Iran et d'avoir fait de la propagande, mais ces informations ont uniquement été diffusées par la presse. Son avocat n'a jamais reçu les accusations.

Homa Hoodfar s'était rendue en Iran en février pour rendre visite à des membres de sa famille et pour poursuivre ses travaux. Ses recherches universitaires portaient sur les femmes musulmanes dans différentes régions du monde.

Un procureur iranien lui avait d'ailleurs reproché de « baigner dans des activités féministes ».

Elle avait été arrêtée une première fois au mois de mars. Elle avait alors subi un interrogatoire et s'était fait confisquer non seulement son ordinateur, mais aussi son passeport, ce qui l'avait empêchée de revenir au Canada.

Un dossier délicat

Ottawa a toujours été très prudent dans le dossier de Mme Hoodfar. Le Canada ne possède plus d'ambassade à Téhéran depuis qu'il a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran en 2012.

Interrogé sur l'état du dossier de Homa Hoodfar, après que le Canadien Kevin Garratt eut été libéré après deux ans de détention en Chine, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, avait affirmé le 16 septembre que les négociations étaient complexes.

« On n'a pas ces relations avec l'Iran, on n'a pas d'ambassade, on n'a rien », avait-il déclaré. « On va essayer de reconstruire ça pour que, le plus rapidement possible, les Canadiens en difficulté en Iran puissent avoir dans certains cas une libération, dans d'autres cas, une réunion de famille. »

Le gouvernement Trudeau a déjà annoncé son intention de rétablir les relations diplomatiques avec Téhéran, mais sans donner plus de détails.

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