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« Il ne faut pas tenter le diable par la queue »

Billet - Cette perle entendue il y a quelques semaines lors de la retransmission d'un match du Canadien avait peut-être un sens prémonitoire, après tout...

Un texte de Guy D'Aoust

L'auteur a involontairement amalgamé les expressions « Il ne faut pas tenter le diable » et « Tirer le diable par la queue ». Le résultat, plutôt drôle au départ, décrit assez bien l' « effort » que consentent actuellement certaines équipes pour terminer à la queue du classement. J'y vois une sorte de pacte avec le diable.

Qui?

Réglons la question tout de suite. Je n'identifierai pas l'auteur de cette amusante coquille. Certains parmi vous y verraient une critique.

Or, j'estime que c'est trop facile de critiquer la performance de ceux et celles qui travaillent en direct pendant les matchs. Le reportage dure plus de trois heures. C'est du trapèze sans filet. En milieu scolaire, ne commettre qu'une erreur en trois heures, ça ferait de vous un élève modèle.

Par transposition, je ne pense pas qu'on doive s'appesantir sur la seule faute d'un examen dont la note finale est 99,5 %.

Et si j'y reviens un jour, ce sera pour saluer l'auteur, un professionnel bien préparé qui fait de l'excellent travail.

Emprunt

J'emprunte plutôt son expression pour l'associer à la course au dernier rang.

Une dizaine d'équipes sont engagées dans ce sprint. Comme des noyés qui, dans un ultime effort, nageraient vers le fond. Qui finira le plus loin? Qui aura les meilleures probabilités d'être repêché au premier rang? Toutes ces équipes tirent le diable par la queue.

Et toutes ces équipes tentent le diable, parce que jouer avec la confiance des partisans comporte sa part de risques. Et c'est plus difficile de vendre sa pub quand on est moins bon que les autres.

Qui veut être (lire avec une voix d'annonceur) « La boisson officielle de l'équipe qui finit dernière »? Ou « Le transporteur officiel de l'équipe qui ne va pas loin »?

Ce n'est bon pour personne...

Rogers (pour Sportsnet et TVA Sports) a payé 5,2 milliards de dollars pour des droits de diffusion qui incluent les séries éliminatoires jusqu'en 2025-2026.

RDS a évité d'être exclu du portrait en s'assurant les droits régionaux sur une soixantaine de matchs par saison, mais à un prix supérieur à ce qu'il payait auparavant pour l'ensemble de la diffusion.

La contre-performance de l'équipe sert mal leurs intérêts, vous vous en doutez. On me dit que les cotes d'écoute en souffrent déjà. Et vous imaginez ce que sera l'intérêt pour les séries éliminatoires sans le Tricolore et sans aucune équipe canadienne (je pense à Sportsnet).

Ça se traduit inévitablement par des pertes de revenus. Les pertes de revenus exigent des compensations (investissement moindre dans la production, pertes d'emplois, etc.). On n'en est pas là.

Je ne suis pas (loin de là!) dans le secret des décideurs financiers des diffuseurs, mais il va de soi que tout le monde y perd. Là aussi, les équipes canadiennes « tentent le diable par la queue ».

Ajoutez la faiblesse relative du dollar canadien et on admettra que c'est toute l'industrie qui va en souffrir à court terme.

En principe, personne ne le fait exprès. Au moment d'écrire ces lignes, les Maple Leafs de Toronto viennent d'amasser 13 points à leurs 10 derniers matchs (,650). Mais attention à l'impression créée chez les partisans.

Quand on leur vend des abonnements saisonniers, on ne leur promet pas de rabais pour les 10 derniers matchs, ceux consacrés à plonger pour avoir un meilleur choix au repêchage.

Le partisan a la couenne dure et la passion durable. Mais on ne sait jamais si la prochaine fois ne sera pas la fois de trop. Et s'il y a une chose que la ligue et Gary Bettman doivent éviter, c'est de vous envoyer au diable.

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