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Ils construiront les trains du REM pour 2 $ l'heure en Inde

Ils s'appellent Ramesh, Satish, Ashok, Vijay. Ce sont eux qui construiront les 212 voitures du Réseau express métropolitain (REM) à l'usine de la compagnie Alstom, dans le sud-est de l'Inde. Radio-Canada dévoile leurs conditions de travail. Le Québec peut-il encore concurrencer ce type d'usine?

Un texte de Thomas Gerbet

À l'usine indienne de Sri City, les ouvriers gagnent entre 1,2 et 2,4 $ l'heure et les ingénieurs entre 3,6 et 6,7 $, selon les informations que nous avons recueillies auprès de travailleurs locaux et de sources au sein de la compagnie.

Comme au Canada, le salaire varie selon l'expérience et le type d'emploi. Mais on est loin des 29 $ l'heure gagnés par un soudeur d'Alstom à Sorel-Tracy ou les salaires des travailleurs de Bombardier à La Pocatière.

Les employés indiens d'Alstom travaillent 10 heures par jour, cinq jours par semaine. Mais le rythme de production est souvent plus intense, parce que les contrats sont nombreux.

« Quand il y a des impératifs de production, on travaille aussi le samedi », explique un employé. Un autre ajoute que les journées s'étirent souvent au-delà de 10 heures quand il y a des projets à terminer.

« Les congés payés sont rares, raconte un ingénieur qui a récemment quitté l'usine. Mes dernières vacances étaient en mai 2016. »

Les employés ont une couverture de soins de santé et les repas sont fournis.

De bonnes conditions de travail pour l'Inde

« En Inde, le salaire minimum a été décrété par l'État à deux dollars par jour, donc si vous gagnez deux dollars de l'heure, vous gagnez 10 fois le salaire minimum », explique le professeur à l'Université de Sherbrooke et spécialiste de l'Inde Serge Granger.

La compagnie Alstom, dont le siège est en France, n'a pas répondu à nos questions. Une source française au sein de la compagnie nous a toutefois fourni les données « de chiffrage » interne sur le coût du travail.

Ainsi, un employé indien de l'usine de Sri City coûte à Alstom 15 $ l'heure. Ce chiffre inclut le salaire, mais aussi les avantages sociaux et toute une liste de coûts comme les taxes gouvernementales et l'amortissement des investissements de l'usine dans laquelle il se trouve.

À titre de comparaison, un employé d'Alstom à Sorel-Tracy coûte 40 $ l'heure si on ajoute uniquement les avantages sociaux au salaire.

La même qualité de production, assure un cadre

« Quand on fait un transfert de technologie d’un pays à un autre, on transfère aussi la culture qualité et la culture du produit, assure un cadre de l'entreprise. Les référentiels qualité sont les mêmes (qu'au Canada). »

Des expatriés occidentaux sont présents à l'usine de Sri City pour superviser les équipes indiennes et s’assurer de la qualité de ce qu’elles produisent.

Alstom emploie près de 3000 personnes en Inde. Elle possède également une usine de locomotives dans le nord du pays et un centre d'excellence en ingénierie à Bangalore.

La construction des trains du REM québécois représente la création d'une centaine d'emplois pendant un an. L'usine produira 106 rames de train, formées de deux voitures, autopropulsées. Les pièces proviendront de fournisseurs indiens. Le train sera mis en service graduellement à partir de l'été 2021.

En février, à la suite de la perte du contrat par Bombardier, le premier ministre Philippe Couillard avait déclaré que les entreprises québécoises devaient être concurrentielles si elles voulaient des contrats du Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement.

« Quel est le message? Est-ce que c'est de demander aux travailleurs d'avoir des salaires plus bas que le salaire minimum? » demande Louis Bégin, président de la Fédération de l'industrie manufacturière à la CSN, qui représente autant les travailleurs québécois de Bombardier que d'Alstom.

Puisqu'on ne peut pas compétitionner le coût du travail de l'Inde, il aurait fallu exiger un contenu québécois ou canadien pour le matériel roulant, croit la CSN. « À Paris, le métro a été 100 % réalisé en France. À New York, c'est autour de 60 % et pour le matériel roulant du REM, c'est 0 % d'obligation. »

Le gouvernement libéral a martelé que la Caisse de dépôt et placement est indépendante et que c'est elle qui a fait le choix de ne pas exiger de contenu local pour le matériel roulant.

Déception à Sorel-Tracy

Francis Demers rit jaune lorsque nous lui apprenons le salaire de ses confrères indiens. Le président du Syndicat des travailleurs d'Alstom à Sorel-Tracy rappelle que ses collègues et lui sont « déçus » que le contrat de plus de deux milliards de dollars pour le matériel roulant ait échappé au Québec.

Bombardier construit également des trains en Inde

L'entreprise québécoise qui a perdu le contrat du REM connaît tout aussi bien l'Inde qu'Alstom. Bombardier y possède une usine de production de trains à Savli, dans l'ouest du pays. La compagnie sous-traite aussi en Inde des services d'ingénierie. 

« Bombardier aurait très bien pu construire le REM en Inde si elle avait eu le contrat », analyse le cadre d'Alstom avec qui nous nous sommes entretenus.

Ces dernières années, la multinationale québécoise a produit le métro de la capitale indienne New Delhi sur son site local.

Après son arrivée au pouvoir en 2014, le premier ministre indien Narendra Modi a imposé un nouveau patriotisme économique: le « Make in India » pour inciter les entreprises étrangères à produire en Inde et développer son secteur manufacturier.

De nombreuses multinationales se sont pliées aux nouvelles exigences indiennes. Dans une annonce d'emploi publiée le 8 mai sur le site d'Alstom pour un poste de chef mécanicien, on peut lire: « Alstom se conforme à la politique Make in India du gouvernement indien ».

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