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Incendie mortel sur l'autoroute 40 : un camion mal entretenu de Bombardier montré du doigt

L'accident qui a coûté la vie à un camionneur de 52 ans, Gilbert Prince, sur l'autoroute 40 à Montréal, le 9 août 2016, a été causé notamment par le déclenchement inopiné des freins d'urgence d'un camion-citerne de Bombardier et par la trop faible distance entre les véhicules, selon la Commission des normes, de l'éthique, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Gilbert Prince, un camionneur père de quatre enfants, circulait sur la voie du centre de l’autoroute 40 ouest, à bord d'un tracteur avec remorque-citerne, lorsqu'un camion-citerne de Bombardier, qui transportait du combustible pour les avions, s’est immobilisé plusieurs mètres devant lui, « de façon intempestive » selon la CNESST.

La CNESST estime que le mauvais entretien de ce camion de Bombardier a provoqué le déclenchement des freins de stationnement.

« L’usure généralisée du mécanisme ainsi que le mauvais serrage des boulons a permis aux vibrations de la route induites au camion-citerne d’ouvrir les verrous des glissières et de soulever le rideau, ce qui a été suffisant pour enclencher le système de freins d’urgence », explique le rapport de la CNESST.

Un camion cube de l’entreprise Interglobe, qui suivait immédiatement celui de Bombardier, a réussi à s'immobiliser derrière, à 1,2 mètre de distance.

Le camion avec remorque-plateforme de l’entreprise Givesco, qui suivait celui d’Interglobe, n’a pu éviter la collision avec ce dernier. M. Prince, qui conduisait le tracteur d'Entreprise Gestion Georges et Robert (EGGR), a frappé de plein fouet le véhicule de Givesco.

La CNESST a estimé que les quatre véhicules circulaient à environ 70 km/h, soit la limite permise, au moment de l’accident.

Sous la force de l’impact, la citerne tirée par le tracteur d’EGGR s’est décrochée pour aller emboutir la cabine où se trouvait Gilbert Prince. Un liquide combustible s’est alors écoulé sur le sol avant de s’enflammer et d’embraser la cabine à l’intérieur de laquelle M. Prince était demeuré prisonnier. Les services d’urgence dépêchés sur les lieux n’ont pu que constater son décès.

Trop peu d'espace pour freiner

La distance insuffisante séparant le camion conduit par M. Prince et le camion avec remorque-plateforme de Givesco, qui le précédait sur la route, a rendu la collision inévitable, indique la CNESST.

Seulement 31 mètres séparaient les deux véhicules, alors qu’il aurait fallu à M. Prince une distance de 76,7 mètres pour lui permettre d’éviter la collision.

Le fait que le camion de M. Prince a pris feu et le manque de suivi dans l’entretien des véhicules de la part de Bombardier constituent les troisième et quatrième facteurs expliquant l’accident.

Mauvais entretien

Bien qu’il ne soit pas dans son mandat de blâmer l’une des parties impliquées dans l’événement, la CNESST met directement en cause le mauvais entretien des camions-citernes de Bombardier. Chaque fois que ces camions – qui servaient essentiellement au ravitaillement des appareils sur le tarmac de l’aéroport, donc pour de courtes distances – ont pris la route, ils ont eu des ennuis avec les freins de stationnement, souligne la Commission.

Le camion impliqué dans l’accident qui a coûté la vie à M. Prince avait subi quatre déclenchements des freins de stationnement au cours de deux déplacements sur l’autoroute. « L’employeur est responsable de l’équipement qu’il fournit », souligne l’un des inspecteurs de la CNESST dans ce dossier, Alain Lajoie.

« Bombardier devait savoir, c’est sa responsabilité – c’est son camion – que ces pannes-là se sont produites », a souligné M. Lajoie.

Les témoignages de camionneurs de l’entreprise GT Transport, un sous-traitant embauché pour conduire les véhicules de Bombardier sur la route, ont fait état d’incidents les 26 et 29 janvier avec le véhicule impliqué dans l’accident mortel du 9 août. M. Lajoie estime que Bombardier devait être au courant du problème de déclenchement des freins, puisque le camion a été remorqué et qu'une facture a été envoyée à la société.

L’autre camion-citerne de Bombardier a également subi une panne identique lors d’un déplacement, le 11 mars 2016.

Le camionneur de l’entreprise GT Transport qui a remis les clés à un employé de Bombardier, le 29 janvier, a informé cette personne que le camion venait de subir trois pannes, a rapporté M. Lajoie au cours de la conférence de presse.

Bombardier s'en remet à l'enquête

De son côté, Bombardier avance ne pas avoir été informé des incidents avec le camion et soutient être incapable de retrouver la personne qui a pris les clés du chauffeur de GT Transport, selon M. Lajoie.

Avançant avoir pris les mesures pour corriger les défaillances de ses camions-citernes, Bombardier soutient qu'une enquête est toujours en cours et que les troisième et quatrième facteurs identifiés par la CNESST sont incomplets.

« Nous travaillerons en collaboration avec la CNESST afin d’obtenir ou de fournir des explications pour assurer la plus grande exactitude des conclusions trouvées », a déclaré Bombardier dans un bref communiqué. « Nous ne pouvons commenter davantage tant que l’enquête est en cours », conclut-il.

« Nous, on a fait avec les informations que Bombardier nous a données », a rétorqué M. Lajoie lorsqu'il a été mis au courant de la déclaration de la société. « Donc, pour nous, c’est complet. On ne pouvait pas aller chercher plus d’informations. On considère que notre recherche d’informations est complétée. Si Bombardier a des faits qu’ils ne nous ont pas rapportés, on [ne] le sait pas. »

La Commission souligne que c’est la combinaison de l’ensemble des facteurs – et non un facteur en particulier – qui a mené à la mort de M. Prince. L’organisme a tout de même interdit à Bombardier d’utiliser ses deux camions-citernes le temps que leur conformité soit établie et a exigé que les travailleurs de Bombardier soient formés pour assurer l’entretien des freins d’urgence de ses véhicules.

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