Festival implanté sur le territoire des Innus de Maliotenam depuis 32 ans, Innu Nikamu fait l'objet d'un long métrage documentaire – Innu Nikamu : Chanter la résistance - réalisé par Kevin Bacon Hervieux et présenté ces jours-ci à Montréal.

Un texte d'Anne-Marie Yvon

Kevin Bacon Hervieux n’était pas né quand Innu Nikamu a vu le jour en 1985. Pourtant, lui qui a joint l’équipe de ce festival de musique il y a cinq ans en étonne plusieurs quand il précise que l’événement présentait cette année sa 33e édition.

Grand rassemblement musical autochtone « Innu Nikamu a été une tentative de se réapproprier une culture qui a disparu à cause des pensionnats », précise Kevin Bacon Hervieux.

Le réalisateur avait d’abord intitulé son film Innu Nikamu : La grande tradition, et puis il a choisi de modifier la seconde partie du titre devenue: Chanter la résistance.

Il explique ainsi ce changement : « De vivre Indien, c’est de vivre une vie politique, constamment se défendre, résister, expliquer ou faire comprendre que ce que l’on est c’est important, en utilisant divers moyens. »

À Maliotenam, c’est en chanson que la communauté se défend, résiste, explique et poursuit son processus de guérison.

Le site du festival est loin d’être anodin dans ce contexte, puisqu’installé sur les vestiges du pensionnat Notre-Dame, celui-là même qui a arraché plusieurs jeunes Innus de la Côte-Nord à leur famille entre 1952 et 1970.

Un des derniers bâtiments restants, l’ancienne cordonnerie, lieu de plusieurs abus, a été démolie récemment de façon symbolique et dans un ultime acte de guérison.

Le documentaire aborde cette sombre page d’histoire avec des témoignages et des images d’archives, il permet aussi de se plonger dans les diverses éditions du festival grâce aux nombreuses archives visuelles tournées et conservées par un Malécite installé à Maliotenam.

Fédérer les non-Autochtones

Le festival rappelle une tradition ancrée chez les Autochtones, surtout les peuples nomades, de se rassembler en été autour d’un feu, d’un festin, au retour de la chasse. C’était un temps de célébration. Mais la tradition a disparu et a même été rendue illégale par la loi, précise Kevin Bacon Hervieux, « Innu Nikamu c’est une façon de ramener cette tradition-là » et de permettre aux Autochtones venus des quatre coins du continent pour l’occasion d’exprimer leur identité à travers la musique.

Le rassemblement musical est ouvert à tous. Mais attirer la communauté environnante n’a pas été simple, car « il a fallu convaincre les gens d’entrer dans la réserve. » Pour y arriver, des artistes non autochtones ont été invités à monter sur scène. Louis-Jean Cormier, en 2014, a permis la rencontre et a permis de changer les perceptions.

« Je gère la page Facebook du festival, mentionne Kevin, je recevais des messages comme : Je m’excuse, j’ai toujours cru qu’Innu Nikamu était une beuverie. Grâce à la venue de Louis-Jean Cormier, j’ai trouvé le courage de venir et j’ai découvert un événement. Même si j’étais à côté, j’ignorais que c’était de cette beauté-là, je m’excuse et à demain! »

Une beuverie sèche puisque pas une goutte d’alcool n’est permise sur le site d'Innu Nikamu.

Innu Nikamu : Chanter la résistance est présenté ce soir et le 10 octobre dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC) au Cinéma du Parc à Montréal. Le film sortira en salle dans quelques mois. Une version courte sera également diffusée sur les chaînes APTN et Canal D en 2018.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Cet amateur de hockey gagne 1000$ s'il réussit à marquer





Rabais de la semaine