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Inondations 2017 : 32 poursuites dans Pierrefonds-Roxboro

Montréal fait face à 32 poursuites judiciaires à la suite des inondations du printemps 2017. Les recours ont tous été intentés par des résidents de l'arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, a appris Radio-Canada. La majorité d'entre eux habitent la 5e Avenue Nord, un secteur durement touché l'année dernière. Près d'un an plus tard, les citoyens affirment être toujours mal protégés.

Un reportage de Julie Marceau

Avant de lire ses journaux avec son premier café ces jours-ci, Francine Doyon, résidente de la 5e Avenue Nord, lit plutôt ses relevés hydrauliques qui lui permettent de connaître le niveau de l’eau dans le secteur. « On reste toujours un peu inquiets », avoue-t-elle.

Son conjoint Daniel Charbonneau affirme lui aussi être inquiet. « On est sur les nerfs […] On a peur. Quand on se parle [dans] la rue, on a tous ça en mémoire [les inondations du 7 mai 2017]. On n'oubliera jamais. »

« Nous sommes aussi fâchés contre la Ville, lancent Klaus et Susan Bodnik. Tout ça [les inondations] aurait pu être évité. »

Le couple fait partie des résidents qui ont intenté 32 poursuites judiciaires contre la Ville, liées à 18 adresses, à la suite des inondations de 2017.

Selon les dossiers que Radio-Canada a pu vérifier, plus de la moitié concernent le secteur de la 5e Avenue Nord dans Roxboro.

Les sinistrés estiment que la Ville a été négligente en tardant à protéger le secteur. Ils réclament de 500 $ à 135 000 $, selon les cas. Ils tiennent pour responsable la Ville de Montréal, le Réseau de transport métropolitain (RTM) qui possède le terrain près de la voie ferrée et, dans au moins un dossier, le gouvernement du Québec.

Les résidents inquiets de futures inondations

Au bout de la 5e Avenue Nord, l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro a récemment érigé une digue temporaire pour protéger le secteur contre de futures inondations et rassurer ses citoyens à l’aube des crues printanières au Québec. Plus de 200 sacs de sable ont été installés tout au long de la piste cyclable.

Mais les citoyens ne sont pas rassurés par cette digue. Ils soutiennent qu’elle n’est pas étanche et craignent que l’eau ne s’infiltre entre les sacs, même si la Ville assure, disent-ils, qu’une bâche sera ajoutée en cas de crue soudaine.

Des sacs perméables, selon les citoyens

« On le voit ici, il y a une ouverture », s’exclame Alain Furlano en montrant les écarts entre les sacs.

« Si la crue des eaux est trop forte, que des barrages cèdent, qu’il y a de grosses tempêtes aux États-Unis ou en Outaouais qui débarquent ici, ça ne tiendra peut-être pas », explique Francine Doyon.

Mais le principal problème, selon les résidents, est l’absence de digue là où il en faudrait une.

« C'est inutile, il n’y a pas d'eau qui vient ici. On est sur du sec! Ça ne sert absolument à rien d’avoir des poches de sables là, elles vont là[-bas] les poches de sable! », s’indigne Alain Furlano en montrant du doigt l'emplacement proche de la voie ferrée.

En octobre 2017, à la suite des inondations cauchemardesques dans le secteur, plus de 30 citoyens de la 5e Avenue Nord avaient réclamé la construction d’une digue permanente à cet endroit, selon un document que Radio-Canada a pu consulter.

C’est là que se trouve la faille qui a permis à l’eau d’envahir tout le secteur le printemps dernier, selon eux.

C’est d’ailleurs à cet emplacement que les autorités ont finalement construit une digue temporaire le 11 mai 2017, après des jours de demandes des citoyens, digue qui a été retirée depuis.

Les maisons étaient déjà inondées, mais cette digue a permis de résorber la crise et de faire enfin baisser le niveau de l’eau, selon les sinistrés.

Cette affaire est d’ailleurs au cœur de la plupart des poursuites.

Ni l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, ni la Ville de Montréal, ni le Réseau de transport métropolitain (RTM) n’ont souhaité réagir, puisque l’affaire est devant les tribunaux.

Avec la collaboration de Geneviève Garon

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