Faire coexister en paix toutes les religions sur la glace et utiliser le sport comme outil d'intégration pour les jeunes immigrants, voilà le mandat que s'est donné un club de hockey d'un quartier multiculturel de Montréal. C'est aussi un moyen faire revivre le hockey à Parc-Extension. 

D'après un reportage de Solveig Miller à Remue-ménage

Depuis 10 ans, SLAP,  financé par des organismes communautaires, réunit annuellement près d'une centaine de jeunes de 5 à 21 ans. De ce nombre, chaque année une douzaine de jeunes feront le saut dans les équipes organisées.

Omar Alobidi, 10 ans, est l'un d'entre eux. Avec ses parents et ses frères, il a quitté l'Irak en décembre dernier après que le Québec les a acceptés comme réfugiés.

Lorsque nous sommes passés à l'aréna, Omar ne savait pas encore comment ajuster son équipement de hockey. Vinnie Matteo, directeur du programme SLAP, lui a donné un coup de main. Cette journée, à l'aréna, Omar attendait avec fébrilité ce baptême du hockey.

À Parc-Extension, la pratique du hockey avait pourtant presque disparu. Dans ce quartier de Montréal, le plus multiethnique au pays, il y a quelque 75 nationalités, de l'Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Sri Lanka. On y parle 40 langues maternelles, en plus du français, de l'anglais et du grec. Les plus courantes sont le panjabi, l'ourdou et le bengali.

Toutes les religions coexistent en paix, les chrétiens orthodoxes, les juifs, les musulmans, les hindous et les sikhs. Le jeune Sukman Shergill, 12 ans, est lui-même sikh. Il est en 6e année.

« Sur la glace, quand c'était la première fois, je tombais trop, maintenant je me suis amélioré », raconte-t-il.

Sukman rêve d'être un joueur des Canadiens un jour. Son joueur préféré? P.K. Subban. « Parce qu'il est trop fort, il est gentil et j'aime quand il fait des buts », dit-il.

Son entraîneur Costa Minitsios, un bénévole originaire de Parc-Extension, veut faire revivre le hockey dans son quartier, très populaire durant sa jeunesse. « Mes enfants sont autistes, [donc] j'ai beaucoup de patience et d'expérience pour aider les enfants », dit-il.

Comme le hockey coûte trop cher pour bien des familles, le programme SLAP fournit de l'équipement usagé. Rapidement, la fièvre du hockey s'est répandue dans Parc-Extension.

« Dans mon temps, il y avait du bon monde qui m'a encouragé à jouer au hockey, et j'ai vu qu'ils ont fait des efforts pour moi. C'était resté dans mon coeur, et moi je redonne ce que j'ai pris quand j'étais jeune aux petits jeunes », explique Vinnie Matteo.

Une métaphore de la vie

Québécois d'adoption, Luk Parlavecchio a vécu son enfance dans une cité en banlieue de Paris. Il y a quelques années, il a créé DesÉquilibres, une organisation qui s'intéresse au développement des jeunes en organisant des projets sportifs d'envergure.

Le sport collectif, Luk le voit comme une « métaphore de la vie ». « On recrée une situation de guerre entre guillemets, de lutte, de survie dans un environnement qui est parfaitement maîtrisé, avec des règles civiles qui font que l'on ne se blesse pas les uns les autres, et on recrée un événement dans lequel on recrée la cohésion sociale », explique-t-il.

Justement, Luk Parlavecchio organise une activité avec une vingtaine de jeunes de l'école secondaire Sophie-Barat, dans le quartier d'Ahuntsic, qui se préparent à une expérience de vie inoubliable. Leur objectif : traverser une forêt près de Rawdon en raquette, 10 km de marche de nuit.

Selon cet intervenant jeunesse, le sport est avant tout un outil de développement psychologique et social. « Donc, le jeune va prendre confiance en lui, il va peut-être augmenter son estime de soi, il va peut-être découvrir ce qu'est la persévérance », estime-t-il.

D'ailleurs, en Europe, les municipalités et le gouvernement investissent massivement dans diverses organisations pour faire du sport un outil d'intégration pour les enfants d'immigrants. Ici, peu d'initiatives existent. 

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