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Interdiction de nouveaux stationnements dans les ruelles : le Plateau ne compte pas fléchir

Alors qu'un groupe de citoyens se mobilise pour organiser un référendum dans le but de pousser l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal à revenir sur sa décision d'interdire les nouveaux stationnements dans les ruelles, l'administration de Luc Ferrandez se montre ferme. Hors de question de fléchir, affirme-t-elle.

Un texte de Romain Schué

« Nous continuons de croire qu’il s’agit d’une bonne politique pour faire de nos ruelles des milieux de vie sécuritaires dans le quartier », explique le cabinet du maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez.

Début mars, son équipe avait décidé de présenter un projet de règlement visant l’interdiction de toute nouvelle création de stationnements dans les ruelles de l’arrondissement.

L’objectif étant, avait-on indiqué, d’encourager le verdissement et de développer des ruelles sécuritaires, permettant notamment aux enfants de jouer à l’extérieur sans le moindre risque.

Mobilisation en cours

De nombreux citoyens ne l’entendent pourtant pas de cette oreille.

Lundi matin, une trentaine d’habitants du Plateau se sont réunis dans les bureaux de l’avocat Simon Cadotte, un résident lui-aussi du quartier. « On attaque de front le droit à la propriété des citoyens », dénonce-t-il.

Ce père de trois enfants, qui indique utiliser également le métro, les vélos Bixi et les voitures en libre-service, avoue avoir pour projet de remplacer sa voiture à essence par un véhicule électrique. Mais plutôt que de le recharger dans une borne mise en place dans une rue voisine, il souhaiterait en aménager une dans sa cour arrière.

« Une borne électrique dans la rue, ce n’est pas la panacée. Tu ne peux pas y laisser ton véhicule en tout temps, détaille-t-il. J’ai une vision verte, écologique, qui ajoute aussi une valeur à ma propriété, mais je ne peux l’appliquer. J’ai voté pour Valérie Plante et l’équipe de Projet Montréal, mais là, ils ne font pas preuve de sagesse. »

Âgée de 64 ans, Suzanne Craig voit elle aussi dans ce règlement « une intrusion dans [sa] vie privée ».

« J’utilise mon vélo au maximum, mais dans dix ans, j’aurais certainement envie de prendre ma voiture sans avoir à la chercher au bout de la rue car je n’aurais pas trouvé une place de stationnement, confie cette résidente du secteur De Lorimier. Mon terrain a une certaine valeur, mais maintenant, on me dit que je ne peux plus l’utiliser pour y mettre un stationnement. Je trouve ça ridicule. »

Selon elle, les résidents du Plateau n'ont pas besoin de ce règlement pour adopter une conduite « responsable ».

« Le vivre ensemble, on l'a sur le Plateau. J'ai élevé mon fils ici et il allait tout le temps dans la ruelle avec d'autres jeunes. Je lui disais régulièrement de se méfier des voitures, mais je n'ai jamais eu peur pour lui. Il y a vraiment beaucoup d'exagération. »

Une consultation publique pas « productive »

Ancien candidat avec le parti Équipe Coderre pour un poste de conseiller sur le Plateau, Jean-Pierre Szaraz, y voit quant à lui « un préjudice ».

« C’est malsain, insiste ce commerçant local. La ruelle, c’est trop proche de la chambre à coucher. Même des gens qui ont voté pour [Luc] Ferrandez ne sont pas d’accord. »

Tous reprochent également à l’équipe de Projet Montréal l’absence d’une consultation publique. Seule une assemblée publique a été organisée, le 3 avril, afin d’informer les citoyens de ce texte.

Interrogé sur ce sujet au cours du dernier conseil d’arrondissement, Luc Ferrandez avait expliqué qu'une « consultation » basée sur « la contrainte » n’était pas « productive ». « Le meilleur outil démocratique pour arriver à exprimer l’opposition, c’est le référendum », avait-il fait savoir.

Processus ardu pour un référendum

Depuis la fin de la semaine dernière et la publication de l’avis public le 13 avril, ces citoyens mécontents ont donc frappé à plusieurs dizaines de portes. Leur objectif? Recueillir un maximum de signatures pour forcer l’arrondissement à organiser un référendum sur ce sujet.

Le processus est cependant complexe. Dans un premier temps, d’ici le 23 avril, ils doivent récolter 12 signatures de résidents pour chaque zone afin d'obliger le Plateau à ouvrir un registre. En cas de succès, ils devront ensuite convaincre 10 % des habitants de la zone concernée de se déplacer pour signer ce registre, dans un endroit fixé par l’arrondissement.

Si toutes ces étapes sont validées, le conseil d’arrondissement devra organiser un scrutin référendaire dans ces zones. Ce dernier peut néanmoins, en tout temps, retirer son projet de règlement.

Au total, le Plateau compte 634 zones et 104 000 habitants.

L’administration de Luc Ferrandez n’a pas souhaité commenter davantage cette mobilisation. Le cabinet du maire a brièvement souligné, par courriel, que « les citoyens sont dans leur droit et nous le respecterons. »

À ce jour, aucune modification du règlement ou volonté de revenir sur celui-ci n’est prévue, a-t-on indiqué à Radio-Canada. L'arrondissement précise néanmoins être dans son droit et que ce texte est « conforme » à ses obligations et à ses pouvoirs.

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