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Intimider pour sensibiliser : un atelier éducatif tourne au vinaigre dans une école primaire

« Gros con, laid, imbécile ». Un élève de 12 ans a dû subir les insultes de ses camarades de classe dans le cadre d'un atelier « éducatif » visant à contrer l'intimidation à l'école primaire Pierre-Boucher, à Boucherville. La séance s'est conclue dans les larmes. Alors que les élèves sortent ébranlés de l'expérience, des parents, eux, sont en colère. La direction a mis fin au stage de l'étudiante en éducation spécialisée derrière l'initiative.

Un texte d'Anne-Marie Provost, d'ICI Grand Montréal

Les événements se sont produits jeudi dernier, à la dernière période de la journée, dans une classe de sixième année. L'enseignante et la stagiaire ont demandé à un des élèves de sortir de la salle de classe, sans lui en expliquer la raison.

Pendant son absence, la consigne suivante a été donnée à ses camarades de classe : vous devrez l'insulter à tour de rôle à son retour dans la classe et ensuite jeter votre dictionnaire dans le bac qu'il tiendra pour illustrer le poids des insultes.

Toute la classe devait y passer. Une vingtaine d'élèves. L'exercice, dont l'objectif est de démontrer ce que ça fait de vivre de l'intimidation, a duré une quinzaine de minutes.

Selon cette source qui ne veut pas être identifiée, l'intensité de la situation était telle que plusieurs élèves, dont celui visé par cette pluie d'insultes, se sont mis à pleurer, ce qui a mis fin à l'atelier. Le parent qualifie cette situation d'« inadmissible » et de « déplorable ». 

Un autre parent avec qui nous avons discuté rapporte que sa fille l'a appelé en larmes à la sortie de l'école.

« Elle m'a raconté l'histoire et elle m'a dit qu'elle ne se sentait pas bien, que son ami pleurait et que toute la classe pleurait. Elle avait mal au ventre », décrit-elle.

Les enfants de la classe n'auraient pas voulu participer à l'activité mais auraient été forcés de se lever pour lancer à tour de rôle des insultes de leur cru. Selon le parent, le jeune impliqué ne s'était pas fait expliquer l'activité et ne comprenait pas la situation.

« J'ai envoyé un courriel à l'enseignante. C'est inacceptable, ce n'est pas normal que ma fille revienne traumatisée de l'école », dit ce parent. Il ajoute que tous ses enfants ont été à l'école Pierre-Boucher et que c'est la première fois qu'une telle situation se produit. « C'est une bonne école », souligne-t-il.

L'événement a aussi été rapporté sur les réseaux sociaux, où il a soulevé l'indignation de nombreux internautes, qui ont qualifié cet exercice de « pathétique » et d'« inapproprié » et qui ont déploré un « manque de jugement ».

Une lettre à tous les parents

Du côté de la Commission scolaire des Patriotes, on confirme l'événement par courriel. On souligne qu'il s'agit de l'initiative de la stagiaire et que les parents ont été informés de cette « malheureuse intervention ».

Mardi, une lettre dont Radio-Canada a obtenu copie a été envoyée par la direction à tous les parents des 350 élèves de l'école Pierre-Boucher pour faire le point.

La directrice de l'établissement, Chantal Courchesne, écrit que plusieurs écoliers ont été « troublés » à l'occasion de cette activité et qu'« un suivi de la part des membres de l'équipe-école a été fait auprès de ceux qui avaient besoin d'en discuter ».

Elle affirme qu'il s'agit d'un type d'atelier qui n'est pas autorisé à l'école et qu'il a été organisé par la stagiaire sans l'accord de la direction, qui a mis fin au stage de la personne concernée.

Quant à l'enseignante du groupe, il n'a pas été possible de connaître son implication ni de savoir si elle a été sanctionnée, la Commission scolaire ne nous ayant pas rappelés pour nous donnes des détails supplémentaires. La direction soutient dans sa lettre que l'atelier a été organisé sans l'accord du maître-associé.

Une erreur de jugement

« Enseigner l'humiliation ou la violence verbale relève de l'incompétence. On ne modèle pas de comportements agressifs auprès de jeunes enfants », a expliqué mercredi matin Égide Royer, psychologue et professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval au micro d'Alain Gravel. 

Selon lui, ces exercices douteux sont des cas isolés et le personnel enseignant qui supervisait la stagiaire aurait dû arrêter l'atelier rapidement.

En collaboration avec Anne-Louise Despatie et Mathew Mckinnon

Vous voulez réagir à cet article ou communiquer avec son auteure, écrivez à anne-marie.provost@radio-canada.ca.

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