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Ismaël Habib coupable d'avoir voulu rejoindre une organisation terroriste à l'étranger

Ismaël Habib n'est pas le père prêt à tout pour sauver sa famille qu'a tenté de dépeindre la défense à son procès, mais plutôt un aspirant terroriste, comme l'a démontré la poursuite, conclut la Cour du Québec. L'homme de 29 ans a été reconnu coupable, lundi, d'avoir voulu quitter le Canada pour rejoindre une organisation terroriste à l'étranger.

Il est le premier adulte au Canada à subir un procès et à être condamné pour une telle accusation. Il avait déjà reconnu, en mai, avoir fait une fausse déclaration dans le but d'obtenir un passeport.

La peine maximale pour avoir voulu rejoindre une organisation terroriste est de 10 ans de prison, alors qu'elle peut atteindre 2 ans pour l'infraction concernant le passeport. Les recommandations sur la peine auront lieu le 17 août prochain.

Dans une décision de seulement 15 pages, le juge Serge Delisle estime notamment que le témoignage qu'a livré Habib contenait des contradictions qui minaient sa crédibilité.

Les conclusions du magistrat ont satisfait la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Lyne Décarie. « La poursuite demandait qu’il soit déclaré coupable et [trouvait] que sa version n’était pas crédible et n’aurait pas dû soulever un doute, et le juge a été d’accord avec ça », a affirmé Me Décarie.

Il n'y a que deux jurisprudences dans des cas similaires sur lesquelles les parties pourront se baser pour suggérer une peine appropriée. « Il va falloir un peu s’enligner sur ce qui a été fait, on ne pourra pas parler dans le vide quand même », a déclaré Me Charles Montpetit, avocat d'Ismaël Habib.

Selon Me Montpetit, son client n'était pas motivé à faire des choses néfastes au Canada, il voulait plutôt partir à l'étranger. Il maintient que Habib avait aussi une motivation personnelle, celle de retrouver sa femme et ses enfants.

L'avocat de la défense a indiqué qu'Ismaël Habib semblait assez serein et ne semblait pas frustré après le verdict. « Je pense que lui-même est peut-être un peu surpris, un peu sous le choc. On va voir comment il va réagir dans les jours qui vont suivre », a dit Me Montpetit.

Une opération « Mr Big »

En mars dernier, le juge avait déclaré admissibles en preuve les déclarations faites par Ismaël Habib dans le cadre d’une opération de type « Mr Big » menée par la GRC, où des policiers se faisaient passer pour des criminels et faisaient semblant de recruter le suspect afin de gagner sa confiance et de lui soutirer des aveux.

En entrevue à l'émission 24/60, l'avocat-criminaliste Charles Côté a d'ailleurs précisé que cette décision ferait jurisprudence. « C’est la décision de mars qui est importante, parce qu’elle avalise la technique d’enquête utilisée par les policiers. Le juge a déclaré que c’était une opération qui avait été faite selon les règles de l’art, il la classait dans les opérations de type Mr. Big, et dans ce sens-là, ça passait le test des tribunaux et de la Cour suprême », dit-il.

Il fait aussi valoir que dans cette opération Mr Big, les policiers ont longuement été entrainés aux techniques d'entrevues. « Les policiers ont toujours été clairs. Il n'y a jamais eu de violence, il n'y a jamais eu de coercition, jamais eu de menace dans ce cas-ci. Et on disait clairement, il a été dit plusieurs fois à l’accusé : ''si t’es pas content avec ce qu’on te dit ou ce qu’on te demande faire, tu peux partir''. » L'avocat ajoute que non seulement Habib est toujours resté, mais qu'il a même « fait des suggestions de choses à faire ».

Avant son arrestation, en février 2016, Ismaël Habib était ainsi entouré d'agents d'infiltration de la GRC, dont le « patron » lui proposait de l'aider à quitter illégalement le Canada pour se rendre en Syrie, s'il acceptait de travailler pour la filière de passeurs outremer. C'est au cours de conversations avec ces agents qu'Ismaël Habib a évoqué un voyage en Syrie qu'il avait fait en 2013, en plus de dire qu'il voulait rejoindre le groupe armé État islamique (EI).

La poursuite a notamment démontré que, dès 2013, Ismaël Habib avait fait des recherches sur Internet au sujet de l'EI, des consulats, de la carte militaire de la Syrie et des rebelles armés, en plus d'écouter des chants religieux du groupe terroriste. À son patron fictif, il parlait de l'importance d'avoir un gouvernement islamique qui applique la charia et de mourir pour Dieu.

Une ancienne fréquentation a aussi raconté à la cour que l'accusé regardait des vidéos de décapitation de l'EI.

Avec des informations de Geneviève Garon

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