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« J’ai été humiliée », dit la compagne du conducteur aspergé de poivre de Cayenne

Compagne du conducteur qui a été aspergé de poivre de Cayenne par un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) samedi soir, Gertrude Dubois raconte avoir été « humiliée » par cette intervention. Présente dans ce véhicule au moment des faits relayés par une vidéo devenue virale, elle donne sa version des événements, différente de celle du SPVM.

Un texte de Romain Schué

Avec Daniel Louis, son compagnon, Gertrude Dubois rentrait samedi soir d’une soirée avec des amis. Sur les conseils d’un proche, qui leur proposait de faire un tour rue Sainte-Catherine, le couple se rend au centre-ville « pour profiter » des festivités liées au Grand Prix, explique-t-elle.

« On s’est dit qu’on allait fêter comme tous les autres. Ce n’était pas prévu », indique-t-elle, en précisant qu’ils ne comptaient y faire qu’« un passage, car [ils] étaient déjà fatigués ».

Sur place, peu avant minuit, « on était dans l’ambiance », révèle-t-elle à Radio-Canada. Tel que le SPVM l’admettait dimanche soir, plusieurs véhicules klaxonnaient sur place et des crissements de pneus avaient été repérés par les forces de l’ordre, obligées de fermer à la circulation cette artère à deux reprises pour des raisons de sécurité.

Le couple, lui, « klaxonnait comme tous les autres ».

Pas de refus de s’identifier, dit-elle

À bord d’une Impala 66, un modèle « très populaire », souligne Gertrude Dubois, les deux personnes se font « arrêter » par la police. On leur reproche, dit-elle, de klaxonner à outrance.

Alors que Ian Lafrenière, le porte-parole du SPVM, a expliqué lundi que le conducteur avait refusé de s’identifier, la compagne de l’intéressé réfute cette accusation.

« On n’a jamais refusé de donner nos papiers. On était dans l’ambiance, on était heureux de l’événement. On lui a dit : "Voyons monsieur l’agent, on s’amuse, on fête. Pour quelle raison voulez-vous nos papiers? " On ne comprenait pas pourquoi », raconte-t-elle.

« On essayait d’avoir une conversation plus amicale, joyeuse avec lui », ajoute-t-elle. Mais le policier « n’était pas très réceptif à rire ou niaiser ».

À ce moment-là, son petit ami « s’apprête à lui donner ses papiers ». Mais « il n’a pas eu le temps », dit-elle.

Pas de vélo accroché, selon elle

Comme cela a été possible de voir dans une vidéo, l’agent asperge par la suite le visage du conducteur de poivre de Cayenne.

« On ne s’y attendait pas du tout. Absolument pas. On lui parlait calmement, tout était sous contrôle », clame-t-elle, en précisant que rien, à ses yeux, ne laissait présager une telle intervention.

Ont-ils accroché un vélo, quelques instants plus tôt, comme l’a indiqué le SPVM? « Jamais de la vie, ça ne s’est jamais produit, s’insurge-t-elle. On nous a dit de nous mettre de côté, puis on a respecté. On n’a rien à cacher, nos papiers sont en ordre. Pourquoi on va faire une chose pareille? »

Alors que les images ont montré le conducteur être sorti de force et menotté, Gertrude Dubois dit être sortie de l’auto « pour pouvoir respirer », après avoir été touchée par le poivre de Cayenne.

« J’avais mal à la gorge, insiste-t-elle. On m’a menottée, on m’a jetée sur le capot. On m’a prise, pitchée derrière la voiture de police. Je ne pouvais pas parler. Je ne pouvais rien dire. On m’a poussé la tête dans l’auto. »

Elle dénonce « la brutalité des policiers »

Sur ces images, on entend Daniel Louis qualifier les policiers de « bande de racistes ». Quelques jours plus tard, sa petite amie se montre plus prudente.

« Sincèrement, sur le coup, n’importe qui aurait pu dire n’importe quoi. On ne veut pas crier haut et fort au racisme, mais on s’est demandé [ce qu’il se serait passé] si ça avait été quelqu’un d’autre qui conduisait », avance-t-elle.

Admettant que son compagnon avait dit ces mots « sous le coup de l’émotion », Gertrude Dubois ne compte cependant pas minimiser les faits.

« Ce qui est arrivé est frustrant pour un être humain. On n’a pas mérité ça. On était là, on klaxonnait comme tous les autres », mentionne-t-elle.

« La vie continue, c’est sûr. Mais ça ne peut pas s'arrêter là. Il faut le dénoncer. Ce n’est pas juste une question de couleur, qu’on soit noir, blanc ou jaune. […] Je trouve que ça n’avait pas sa place. Ça allait au-delà de tout. C’était exagéré », critique-t-elle.

Relâchée samedi soir après avoir passé, selon ses dires, « cinq minutes » dans une voiture de patrouille, elle a ensuite récupéré son compagnon dans un poste de police voisin.

Daniel Louis a été officiellement accusé d’entrave et d’avoir résisté à son arrestation. Il a été libéré et devra comparaître au début du mois d’août.

Le SPVM confirme l'avoir menottée

Le SPVM, contacté par Radio-Canada, a confirmé que Mme Dubois a bien été menottée, mise dans une voiture de police, avant d'être libérée.

Selon Ian Lafrenière, le porte-parole des forces de l'ordre, les policiers voulaient « maîtriser » la jeune femme, car « elle était désorientée » et « contaminée par le poivre de Cayenne ».

Aucune accusation n'a été portée contre elle, a ajouté Ian Lafrenière, avant de rappeler qu'une enquête avait été lancée par le SPVM, afin d'« avoir toutes les informations » sur cet événement.

Lundi, après avoir vu cette vidéo, la mairesse de Montréal, Valérie Plante avait quant à elle indiqué être « troublée » et avait jugé cette situation « préoccupante ».

Le couple réfléchit toujours aux suites judiciaires à donner à cette affaire.

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