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« J'espère qu'on peut vraiment s'améliorer » - Lance Stroll

Lance Stroll a réalisé dès les essais d'hiver qu'il n'aurait pas la voiture pour faire mieux qu'à sa première année et il a décidé de parler franchement et publiquement des problèmes auxquels il fait face. Il a expliqué à Radio-Canada, jeudi, dans quel état il se trouve à la veille du quatrième week-end de course de la saison.

Un texte de Philippe Crépeau

Ce quatrième rendez-vous a lieu à Bakou en Azerbaïdjan. Un circuit que connaît bien Lance Stroll. Il s'y était imposé en 2017 en roulant en deuxième position jusqu'au dernier tour, avant de finir troisième, coiffé au poteau par Valtteri Bottas. Le premier - et seul à ce jour - podium de sa jeune carrière.

C'est donc avec un sourire nostalgique qu'il a commencé l'entretien, réalisé jeudi par lien Skype de Bakou.

« C’était un week-end très spécial, a-t-il expliqué d'entrée de jeu. Premier podium en F1. C’était vraiment émotionnel après la course, et ouais… ça va tout le temps être dans ma mémoire. »

Lance Stroll avait connu un bon week-end en 2017, avec sa 8e place en qualification et sa 3e position en course. Il a évité les pièges du circuit urbain qui emprunte les rues de la vieille ville, et ça l'aidera ce week-end.

« Je me sens bien préparé, plus confiant avec la piste. Ouais…À Bakou, je me sentais bien l’année passée, alors je reviens avec des bons souvenirs. »

Stroll revient avec de bons souvenirs, mais pas avec une bonne auto. Il n'a pas encore marqué le moindre point, et il est encore loin du top 10 [qui permet de marquer des points].

« C’est sûr qu’avec notre package [ensemble châssis-moteur], depuis le début de l’année, c'est pas idéal, on n’est pas où on veut être, explique-t-il. On doit travailler et améliorer la voiture pour être dans les points. Et marquer des bons résultats, alors, ça, c’est le focus. »

Lance Stroll a compris très vite, lors des essais d'hiver à Barcelone, que les points seraient durs à aller chercher en début de saison. À Melbourne, au soir de la première course, il a choisi la franchise plutôt que « la cassette », la langue de bois, si vous préférez.

« Il faut juste adresser [aborder de front] les problèmes. C’est important qu’on continue à pousser. Je savais après Barcelone [aux essais d'hiver, NDLR] qu’on n’était pas dans notre meilleure position, et je pense qu’on n’a pas assez adressé les problèmes. »

Les commentaires de Lance Stroll à Melbourne ont étonné la presse. Il n'a pas hésité à ramener l'équipe face à ses responsabilités, l'invitant à refaire ses devoirs.

À Bahreïn, au soir de la séance de la qualification, c'est le directeur technique de l'équipe, Paddy Lowe, qui a fait son mea culpa, reconnaissant que la voiture avait des faiblesses, et confirmant du même coup le propos du pilote de Mont-Tremblant.

« C’est à Bahreïn qu’on a vu que ce n’était vraiment pas parfait, alors c’est là qu’on a commencé à changer les choses. Mais avant ça, c’était loin d’être parfait, alors moi, je voulais vraiment pousser l’équipe, précise Stroll. Tout le monde ensemble, il faut garder la bonne mentalité. Il faut continuer à améliorer. »

À sa deuxième saison, Lance Stroll ne se sent pas dans la peau d'un pilote numéro un. C'est pourtant ce qu'il est après la retraite de Felipe Massa et l'arrivée de Sergey Sirotkin, qui en est à sa première saison.

« Je ne me sens pas comme le premier pilote, je fais ma part, affirme-t-il humblement. Je veux le mieux pour l’équipe et pour moi, alors j’ai expliqué un peu la situation. En général, je dis qu’est-ce que je pense. Je crois que ça donne de la motivation à l'équipe. »

« Ce n’est pas de regarder mes commentaires qui sont importants pour l’équipe, c’est aussi toute l’information que Paddy (Lowe) donne à l’équipe, affirme-t-il. À chaque semaine, on a un get together (rencontre d'équipe) chez Williams, et tout le monde peut savoir où on est et c’est quoi la situation, et c’est plus important ça que mes commentaires.

« Pour le moment, c’est comme ça, ce n'est pas tout le temps parfait. J’espère que ça change, j’espère qu’on peut vraiment s'améliorer, admet-il. C’est parler moins de la voiture, et parler plus des résultats comme l’année passée. Il faut juste essayer de sortir de la situation difficile. »

Lance Stroll veut avec ses prises de position garder l'équipe éveillée, et dans le meilleur esprit possible, lui rappeler les objectifs à atteindre.

« C’est sûr que les résultats sont pas bons pour le moment, mais si tout le monde continue à faire leur job... Tout le monde veut voir des changements, tout le monde veut voir la progression, et on attend pour voir ça, pour voir la progression. »

« Faut juste rester positif, faut juste… tu sais, il faut continuer à travailler ensemble. Ça va venir, et c’est ça l’attitude qu’il faut avoir. »

« Je sais qu’on essaie de faire un gros step [pas en avant] à Barcelone [le Grand Prix d'Espagne, NDLR]) quand on revient en Europe, mais c’est sûr que ça va prendre plusieurs courses et plusieurs fins de semaine pour mettre tout ensemble. »

Lance Stroll est aussi calme et précis dans ses commentaires que dans son pilotage.

À Shanghai, au premier tour du Grand Prix de Chine, il a encore été le meilleur du peloton, réussissant à aller chercher 6 places (de P18 à P12). Sans pour autant réussir à marquer des points à l'arrivée. Il a fini 14e.

« C’est un peu l’instinct, précise-t-il. Au début de la course, il y a plein d’opportunités pour gagner des positions. Et après, normalement, il n’y a pas grand-chose qui se passe. Alors quand on part en arrière, avec la situation de cette année, il faut aller en avant [dépasser], et c’est ça que je fais. »

« Pour l’instant, la seule façon de marquer des points, c’est attendre les autres pour sortir. C’est pas comme ça qu’on veut faire. On veut vraiment mettre la voiture où ça devrait être. »

« Je crois qu’après les trois courses, on a vraiment compris c’est quoi les problèmes, affirme-t-il, c’est quoi qu’on doit améliorer. Mais ça n’arrivera pas tout de suite, ça prend un peu de temps en F1.

L'équipe Williams peut compter sur la plus longue saison de l'histoire de la F1, avec 21 courses au programme pour tenter de redresser la barre.

« L’année, c’est long, rappelle-t-il, alors durant l’année, c’est juste important que, course par course, on peut gagner des positions, et on va arriver où on veut être. »

En F1, pour qu'un pilote puisse donner 100 % de lui-même, il doit avoir une confiance absolue dans sa voiture. Le moindre doute peut le ralentir. C'est ce qui guette Lance Stroll.

« Pour le moment, je ne suis pas très confiant dans la voiture, avec la balance [équilibre] qu’on a, parce qu’on a beaucoup de problèmes. Mais quand même, j’essaie de sortir le plus de moi et de la voiture à chaque fois.

« En Australie, je me sentais bien en qualif dans la voiture, et on est allé en Q2 [la 2e des trois manches de qualification]. Depuis l’Australie, j’ai pas vraiment senti la balance que je veux sentir. C’est comme ça que ça marche, ça fait partie du jeu, mais c’est sûr qu’on doit encore mettre beaucoup de choses ensemble.

« Ça prend du travail, ça va arriver [les points, NDLR] si on fait une bonne progression durant l’année », admet-il.

Cette « bonne progression » passera par des modifications majeures à la voiture. La presse spécialisée rapporte que le système de refroidissement du moteur Mercedes-Benz, qui aurait été copié sur celui de l'équipe allemande, ne convient pas à la Williams. Si c'est vrai, les ingénieurs à l'usine ont dû faire des heures supplémentaires pour redessiner les entrailles de la voiture.

Le Grand Prix d'Espagne le 13 mai donnera une image plus juste des forces en présence, de la progression de chacune des équipes. Ce sera un test important pour Williams et sa capacité à progresser en cours de saison.

Mais avant, il faut traverser le week-end en Azerbaïdjan. « Ce serait bien encore un podium », a souhaité Lance Stroll, avec un sourire.

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