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Jack Han, un aficionado des statistiques avancées qui veut se rapprocher de la LNH

Jeff Petry ne connaît sûrement pas Jack Han, mais il lui doit peut-être une fière chandelle.

Un texte d'Alexandre Gascon

À l’automne 2013, Han, un adepte des statistiques avancées sur le hockey, est engagé par le Canadien de Montréal. Mais son mandat avec l'équipe est tout autre : alimenter le site Internet du CH avec des textes sur les joueurs, sur la ligue.

« Mon emploi n’avait aucun rapport avec les statistiques avancées. En faisant mes recherches, j’ai découvert ça. Je passais trois, quatre, cinq heures à lire sur le hockey, tout ce qui existait sur Internet. les blogues et tout ça. Et je me disais "Wow, ça a du sens!" », explique le jeune homme de 27 ans.

Simple rédacteur, Han ne flânait certainement pas dans les coulisses du pouvoir de l’organisation. Mais cette année-là, le grand besoin du CH était un défenseur droitier et le jeune homme avait sa petite idée sur la direction à prendre.

« En regardant les chiffres de possession de rondelle ajustée pour l’équipe, à un moment donné, j’étais allé voir John Sedgwick et je lui avais proposé trois noms : Anton Stralman, Dan Boyle et Jeff Petry », se rappelle-t-il.

L’analyste se rappelle que Sedgwick, le directeur des affaires juridiques du Canadien impliqué dans la confection des contrats qu’octroie l’équipe, avait gentiment balayé ses suggestions, les considérant peut-être déplacées pour un néophyte qui dépassait alors largement son champ de compétences.

Le Canadien n’a pas conclu une transaction pour obtenir Petry cette année-là, mais il l’a fait la saison suivante. Et, en juin 2015, Marc Bergevin lui a offert un contrat de 6 ans d’une valeur de 33 millions de dollars.

Han rejette toutes responsabilités dans le dossier Petry.

« N’importe qui dans ce temps-là aurait pu aller sur un site de statistiques avancées et de base de données, et le nom de Petry serait ressorti. »

« C’est un gars qui était très controversé à Edmonton. C’est un excellent défenseur no 2, mais il n’y avait pas de no 1 à Edmonton. Il recevait beaucoup de blâmes parce qu’il était sur la glace souvent », poursuit Han.

« Un bon joueur dans une mauvaise équipe, forcément, va se faire critiquer parce qu’on ne l’aide pas beaucoup. C’était ça le problème (avec Petry). »

Le jeune homme de 27 ans assure qu’il n’a aucun lien avec l’embauche du grand no 26 du Tricolore, ce qui est peut-être vrai. Mais peut-être également, aura-t-il mis la puce à l’oreille de l’état-major.

Développer son expertise

Après un an, le Canadien a remercié son rédacteur. « Ce que j’écrivais était peut-être un peu trop technique », estime Han aujourd’hui.

Le jeune homme a ensuite été engagé par l’équipe de hockey féminin de l’Université McGill. Il travaille depuis trois ans pour les Martlets comme statisticien et instructeur vidéo.

« Je voulais bâtir ma crédibilité », explique-t-il.

Han voulait prouver qu’il était davantage qu’un petit génie habile dans son sous-sol avec un ordinateur, mais bien un analyste compétent qui maîtrisait les indices statistiques dont on fait grand cas comme le Corsi, le Fenwick et le PDO.

Un désir de comprendre le hockey qui l’a toujours animé, se souvient-il, depuis ses études au prestigieux Collège Jean-de-Brébeuf.

Dans la Ligue nationale, c’est le volume qui t’amène à gagner.

Jack Han, instructeur vidéo et statisticien pour les Martlets de l'Université McGill

« J’ai développé mon esprit critique à cette époque. Je regardais beaucoup le Canadien, les premières ères Michel Therrien, Claude Julien. »

« J’ai toujours trouvé que quelque chose clochait avec la compréhension traditionnelle du jeu », ajoute-t-il.

« Pendant les séries éliminatoires en 2002, quand José Théodore a fait une saison de rêve et a mené l’équipe en séries, je me disais : "Comment ça se fait que les joueurs du Canadien accordent tellement de lancers? Et, soudainement, ils ont un lancer et ils sont capables de compter." J’ai trouvé ça bizarre parce qu’il me semble que plus tu lances, plus tu es censé compter et vice-versa. »

« J’ai compris que des fois, ça arrive d’être plus chanceux ou que ton gardien soit performant ou que tes tireurs soient performants. Mais à la longue, c’est le volume qui gagne le hockey. Plus tu lances, plus tu comptes, moins tu accordes de lancers, moins tu accordes de buts. C’est la première chose à comprendre », résume Han.

Lui-même joueur médiocre dans sa jeunesse, le jeune homme qui a donné ses premiers coups de patin dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal estime qu’il n’y a pas de corrélation entre la qualité d’un joueur et sa compréhension analytique du jeu.

On peut se rappeler le passage de Wayne Gretzky derrière le banc des Coyotes de Phoenix.

Han publie également des capsules sur les réseaux sociaux que peuvent consulter ses quelque 5000 abonnés sur Twitter. Il décortique certaines facettes du jeu du Tricolore dans ses One-minute tactics session.

Un rêve de plus en plus réel

Son passage avec le Canadien aura été la bougie d’allumage, la naissance de son rêve d’atteindre la Ligue nationale en développant ses compétences statistiques pour les vendre au plus offrant.

Ce ne sont pas là des chimères, mais bien une possibilité de plus en plus concrète, affirme l’analyste. Il avoue avoir discuté cette année avec quelques équipes de la LNH, sans en préciser le nombre ni l’identité.

« La façon dont je suis capable de vulgariser et d’unifier l’analyse quantitative, les statistiques, et l’analyse qualitative, c’est-à-dire les vidéos, c’est quelque chose dont les entraîneurs au plus haut niveau ont besoin », croit-il.

« Dans la NFL, toutes les équipes ont un entraîneur dit de contrôle de qualité. Quelqu’un de très à l’aise avec la vidéo, mais aussi qui a beaucoup de connaissances côté statistiques, comment évaluer les joueurs, etc. C’est fort utile. »

On est encore loin de la coupe aux lèvres, mais Jack Han prépare déjà sa sortie de la scène universitaire et forme la relève à McGill afin de laisser l’équipe entre bonnes mains... si jamais.

« Ma priorité est de m’assurer que le programme ne perde rien si je ne reviens pas. Comme c’est le cas présentement, je suis capable de considérer les offres », conclut-il.

Le Canadien pourrait-il être intéressé?

L’équipe a confirmé au début de la saison qu’elle avait embauché un nouveau consultant en statistiques avancées, une quatrième tentative en ce sens pour le CH.

Que ce soit avec l’équipe de son enfance ou ailleurs, Jack Han sent qu’il commence à toucher à son but ultime : établir ses pénates dans la LNH.

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