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Jardiner à Mont-Laurier pour se nourrir et s'initier au travail

Des organismes communautaires de Mont-Laurier ont mis au point un système pour venir en aide aux gens dans le besoin. Ils ont créé un jardin qui sert à la fois de plateau de travail en réinsertion professionnelle et de source d'approvisionnement pour les cuisines collectives.

Un texte de Francis Labbé

« Nous avions beaucoup de difficulté à avoir un bon approvisionnement de légumes pour nos comptoirs alimentaires qui venaient de Saint-Jérôme. Non pas parce qu'ils ne nous donnaient pas un bon service, mais parce qu'on est au bout de la ligne », explique M. Réal Richer, l'un des instigateurs du projet.

« Si on veut maintenir une bonne santé, ça prend cinq fruits et légumes chaque jour. Et des légumes frais, ce n'est pas ce que nous retrouvons le plus dans les banques alimentaires », ajoute Louise Picard, organisatrice communautaire pour le CISSS des Laurentides. « Nous en sommes venus à la conclusion qu'il fallait les planter nous-mêmes, les légumes. Mais comment? C'était ça, la question. »

La réponse à cette question a été trouvée il y a quatre ans, quand la Table de concertation sur la sécurité alimentaire a proposé d'utiliser des terrains disponibles pour faire pousser les légumes. La Commission scolaire Pierre Neveu a offert un emplacement, où on a commencé à cultiver en serre et en bacs.

Puis, en 2013, la Ville de Mont-Laurier a fait l'acquisition de la propriété des Moniales bénédictines, un vaste terrain, situé en plein cœur de la ville, sur lequel on retrouvait des jardins. Les groupes communautaires ont alors demandé à la Ville de les laisser cultiver ces terrains, ce qui a été accepté.

Plateau de travail

Par la suite, la Table de concertation sur la sécurité alimentaire a donné tout son sens à l'expression faire d'une pierre deux coups. En plus d'approvisionner les organismes communautaires en légumes frais, les cultures servent de plateaux de travail en réinsertion socioprofessionnelle pour différentes clientèles dans le besoin.

Naomie Bélisle a 18 ans. Elle a abandonné l'école et avait besoin d'un endroit pour se familiariser avec le monde du travail. Elle cultive le jardin du projet depuis mai dernier.

« Ça, ça me montre un peu le travail physique, ce que j'ai à faire, me lever le matin, la routine : suivre un horaire, être ponctuelle, tout ça », explique-t-elle. « Je veux retourner à l'école un jour, mais ma priorité, c'est de trouver un emploi stable. C'est un bon projet », poursuit la jeune femme.

« On travaille beaucoup les habiletés sociales, parce qu'il y a beaucoup d'interactions avec d'autres personnes, et de nouvelles compétences », explique Chantale Prud'homme, conseillère en emploi au sein de l'organisme Zone Emploi, de Mont-Laurier.

Le projet compte une trentaine de participants, répartis en trois groupes. On retrouve, entre autres, des jeunes décrocheurs et des personnes dans la cinquantaine qui doivent revenir sur le marché du travail. « La plupart des participants touchent de l'aide sociale et, sinon, ils peuvent toucher un petit revenu lorsqu'ils prennent part au projet », ajoute Yoan Boudrias, également de l'organisme Zone Emploi.

Depuis quatre ans, l'organisme Zone Emploi de la MRC d'Antoine-Labelle, partenaire du projet, compte 85 participants qui ont profité des jardins pour reprendre contact avec le marché du travail. Aux travailleurs en formation, s'ajoutent des bénévoles de la communauté qui veulent faire leur part. Le jardin compte aussi un espace de formation en jardinage ouvert au public.

Des tonnes de légumes

L'an dernier, première année du jardin situé derrière l'hôtel de ville, le projet a produit 7 tonnes de légumes. Mais la jardinière en chef, Amélie Calvé-Genest, n'aime pas ce chiffre. « Lorsqu'on parle de poids, ça ne donne pas une idée juste de notre production », explique-t-elle.

« Nous produisons des centaines de laitues, beaucoup d'épinards et de légumes en feuille. Ça ne pèse pas lourd dans la balance. Je préfère parler des 400 personnes ou familles qui bénéficient de notre production chaque semaine », poursuit la jardinière en chef.

« Les légumes sont acheminés aux deux comptoirs alimentaires de la MRC et à six groupes communautaires, dont deux maisons d'hébergement et quatre groupes qui font des cuisines collectives et des popotes roulantes », ajoute Louise Picard, organisatrice communautaire au Centre intégré de la santé et des services sociaux des Laurentides.

Le maire de Mont-Laurier, Michel Adrien, ne cache pas sa fierté. « On rejoint, quelque part, une des missions du monde municipal, qui est de promouvoir de saines habitudes de vie », affirme le maire.

Le maire lance un message aux autres villes du Québec. « Regardez ce qui se passe à Mont-Laurier, sur le terrain de l'hôtel de ville. Si vous avez la possibilité de le faire chez vous, faites-le. C'est une manière de donner à ceux qui en ont besoin au sein de votre population. »

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