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« Je n'avais pas particulièrement envie d'être comédien » - Marc Labrèche

De tous les entretiens que j'ai menés à l'occasion d'En 50 minutes, celui avec Marc Labrèche est de loin celui que je craignais le plus.

Un texte de Franco NuovoTwitterCourriel

En fait, je me méfiais. J'appréhendais qu'il cabotine et se réfugie derrière son personnage plutôt que de se livrer et de se laisser aller. On connaît si peu de choses de lui, de sa vie, de ses réflexions, ainsi que du chemin intérieur et extérieur qu'il a parcouru. La plupart du temps, on ne voit que l'artiste, qui badine devant une caméra ou qui est en représentation. Le vrai Marc Labrèche est beaucoup plus secret, plus réservé et plus réfléchi.

Quelle ne fut pas ma surprise alors, dès son entrée dans le studio minuscule où nous avions rendez-vous, de retrouver un homme souriant et posé, heureux d'avoir le temps de s'exprimer, et prêt à parler.

Fils unique, le petit Marc meublait son ennui grâce à la lecture et à sa complicité avec ses amis imaginaires. Il avait aussi, bien sûr, d'autres amis, des vrais, en chair et en os. Or, il avait peu besoin des autres et du regard qu'ils portaient sur lui pour exister. Ce côté solitaire, il l'a conservé. Il y cultive son jardin secret. Romantique, habité d'une âme qu'il dit lui-même slave, il adore ne rien faire dès qu'il a le temps de se déposer. Il n'aime pas les soirs de premières, où l'on n'arrive à parler à personne. Il préfère les tête-à-tête et les soupers entre amis autour de la table avec ses enfants.

Il a du talent, mais d'où lui vient-il? Si on lui demande de définir ce que c'est, il ne le sait trop.

Ce talent? Il a quand même dû l'hériter de son père, Gaétan, qui a tellement travaillé. « Je le suivais en répétition, dit-il, et quelquefois en coulisses le soir ». Puis, un jour, Marc s'est mis à exercer le même métier que son père.

Il est alors parti en Inde. Il a tout lâché, même s'il travaillait depuis des années, même s'il gagnait bien sa vie, même s'il évoluait entre Molière et Pied de poule. Il s'est envolé avec une organisation pour aller distribuer des vitamines aux enfants. « Là, je me suis trouvé utile », en marchant dans des sentiers que peu d'hommes blancs avaient foulés. Il a aussi suivi des cours de musique sur le bord du Gange, a côtoyé les moines et a médité. Cette vie de calme et d'introspection lui convenait parfaitement. Neuf mois plus tard, il est rentré. Il a retrouvé Fabienne, son amoureuse, et il a eu son premier enfant. « Du coup, je n'étais plus le centre du monde. »

Pendant notre rencontre, il parle aussi de sa fille, Léane, qui fait le même métier que lui, mais qui a établi plus vite que lui, Marc, la distance avec son père.

Il a aussi un garçon, historien de formation, qui tout comme son père à l'époque, est parti dans le vaste monde. En ce moment, il fait de la boxe thaïlandaise à Bali. Après? Il partira ailleurs pour construire des écoles où il n'y en a pas. Dans le silence qu'il affectionne particulièrement, Marc réfléchit.

Avec les années, Marc Labrèche est devenu un maître de l'absurde. « J'ai plus de plaisir à essayer de trouver un sens où il n'y en a pas que de chercher la vérité à laquelle je n'aurai jamais accès. » Il danse donc avec les non-sens.

Il lit dès qu'il le peut, quand il n'est pas en tournée de par le monde, quand il ne joue pas, par exemple, dans Les aiguilles et l'opium, mais il ne regarde pas beaucoup de télé.

Et le pays dans lequel il vit, l'aime-t-il?

« Oh, boy! Il y a du MAIS-là! » Il regrette l'absence d'un certain courage social, lui qui longtemps a cru à la solidarité des Québécois. Aujourd'hui, notre individualisme lui saute aux yeux. Or, il est toujours ébloui par certains rêveurs, qui passent et réfléchissent à voix haute.

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