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« Je vais te briser tous les os du corps », aurait dit Ahmad Nehme à sa femme

Ahmad Nehme était convaincu que sa femme le trompait et il avait déjà menacé de la tuer, affirme la fille du couple, qui a témoigné au procès de son père au palais de justice de Montréal. L'homme de 53 ans est accusé d'avoir assassiné Catherine De Boucherville, en juillet 2012. La défense insiste sur l'état mental de l'accusé avant le meurtre.

Un texte de Geneviève Garon

« Je vais te briser tous les os du corps, j'irai en prison, puis je reviendrai t'achever. » Cette phrase à glacer le sang, Ahmad Nehme l'aurait lancée à son épouse deux semaines avant le meurtre.

C'est ce qu'affirme Dania Nehme, 21 ans, qui a témoigné au procès de son père. La jeune femme bouleversée a livré un témoignage ponctué de sanglots. Les jurés et l'accusé y ont assisté par vidéoconférence, puisqu'elle répondait aux questions des avocats dans une autre salle.

La fille du couple a témoigné que son père reprochait à sa mère « d'abîmer son honneur ». Il aurait été persuadé, à tort, que la victime, Catherine De Boucherville, le trompait. « Il disait tout le temps qu'il allait lui faire du mal si elle continuait ce qu'elle faisait », a raconté Dania Nehme, qui a décrit son père comme un homme manipulateur, qui insultait son épouse et tentait de la contrôler.

Catherine De Boucherville aurait quitté son emploi de traductrice il y a une vingtaine d'années à la demande de son mari et elle aurait été très isolée. Elle aurait travaillé pour lui dans sa boutique de matériel informatique à Lachine et « n'était pas payée », selon sa fille.

Le couple aurait été en instance de divorce au moment du meurtre, le 5 juillet 2012, a soutenu la témoin en réponse aux questions du procureur aux poursuites criminelles et pénales, Éric Côté.

Interdit de parler aux garçons

Ahmad Nehme aurait aussi fait vivre « l'enfer sur terre » à sa fille, selon son témoignage. Il l'aurait fréquemment insultée et aurait déjà menacé de la défigurer.

L'adolescente, qui a étudié dans une école secondaire musulmane de Montréal, n'aurait pas eu le droit de sortir ni de parler à des garçons. Pour la punir, à 13 ans, son père lui aurait retiré ses appareils électroniques en plus de priver toute la famille de connexion Internet, de téléphone résidentiel et de câble pour la télévision pendant six mois. Il aurait eu recours à ce scénario au moins deux fois.

Lorsque la jeune fille a terminé son secondaire, en 2011, Ahmad Nehme aurait été enragé qu'elle soit allée à son bal des finissants. Il aurait saccagé sa chambre en plus de lui lancer : « Tu as l'air d'un rat, tu es tellement laide. Je souhaiterais ne t'avoir jamais connue. »

« J'ai entendu ma mère crier avec tellement de désespoir »

En pleurs, Dania Nehme a raconté que le matin du meurtre, le 5 juillet 2012, son père a fait irruption au condo familial de LaSalle en disant à sa mère qu'il devait lui parler. « Il était très énervé », a-t-elle affirmé.

Derrière la porte de la salle de bain, elle aurait entendu sa mère hurler : « Non, non! Dania, appelle la police! » La jeune femme se rappelle être accourue près de la porte. « J'ai crié : '' Maman?! '', mais elle ne m'a pas répondu », a-t-elle raconté, la voix brisée par l'émotion. Paniquée, l'adolescente de 16 ans à l'époque a communiqué avec le 911, avant d'apercevoir son père couvert de sang.

L'état mental de l'accusé

En contre-interrogatoire, l'avocat de l'accusé, Giuseppe Battista, a posé plusieurs questions à la jeune femme au sujet de l'état mental de son père.

Dania Nehme a affirmé avoir parlé « sous le coup de l'émotion », après le meurtre, lorsqu'elle l'a décrit aux policiers comme étant « fou », « paranoïaque » et ayant « perdu contact avec la réalité ».

Selon la jeune femme, la veille du meurtre, Ahmad Nehme avait téléphoné à Catherine De Boucherville à plusieurs reprises en la menaçant de « dévoiler une boîte » si elle n'arrêtait pas de le tromper. Dania Nehme a déclaré que ni sa mère ni elle ne comprenaient de quoi il était question.

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