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Jeunes Mohawks : quand la langue est un frein à l’emploi 

Alors que le commerce de tabac est le moteur économique de la réserve mohawk de Kahnawake depuis plusieurs années, la communauté est aujourd'hui aux prises avec un important problème de chômage chez les jeunes. La maîtrise du français est au cœur du problème, selon la Commission de développement économique de Kahnawake (CDEK).

Un texte de Jean-Philippe Robillard

À Kahnawake, c'est bien connu : les résidents parlent surtout anglais et mohawk et rares sont ceux qui acceptent de parler français.

Mais voilà que la communauté est confrontée à un problème de taille. Les jeunes Mohawks sont incapables de décrocher des emplois, tant sur la réserve qu'à Châteauguay et dans les villes voisines, parce qu'ils ne maîtrisent pas la langue française. Le problème préoccupe au plus haut point la CDEK.

Selon un des directeurs de la commission, Kyle Delisle, les commerces et les entreprises de Kahnawake cherchent maintenant des employés qui parlent français pour attirer les consommateurs francophones de la région.

Le problème est tel que 24 % des jeunes Mohawks en âge de travailler vivent de l'assistance sociale à Kahnawake, et une autre tranche de 23 % est au chômage, selon un document de la CDEK dont nous avons obtenu copie.

« La plus grosse raison, c'est le manque du langage », affirme Marissa Leblanc, de la CDEK. Selon elle, les jeunes Mohawks n'ont pas assez de cours de français à l'école.

Elle admet cependant qu'il est difficile de convaincre les jeunes Mohawks, tout comme leurs parents, de l'importance d'apprendre la langue française. Une langue que beaucoup de Mohawks refusent de parler.

« Il faut vraiment leur apprendre mentalement d'accepter que c'est correct d'apprendre le français [...] C'est quasiment de les déprogrammer pour qu'ils acceptent qu'il faut qu'ils l'apprennent. Les parents commencent à comprendre en voyant leurs enfants qui ont de la misère à trouver des emplois qu'il faut absolument apprendre le français. Ce n'est pas quelque chose qui va leur nuire. Ce n'est pas quelque chose de négatif », assure Marissa Leblanc.

Avant le chômage, le décrochage scolaire

Le décrochage scolaire est aussi un problème dans la communauté. Plusieurs jeunes de Kahnawake quittent les bancs d'école pour travailler dans les manufactures de tabac, où ils peuvent gagner jusqu'à 800 $ par semaine. Une situation que la CDEK juge préoccupante.

De plus, il est difficile de garder les jeunes sur les bancs d'école quand les parents ont eu de mauvaises expériences dans le monde scolaire, et poussent peu leurs jeunes à poursuivre leurs études.

Résultat : la communauté se retrouve avec un manque de main-d'œuvre qualifiée. Elle doit donc se tourner vers l'extérieur. Près de 1000 personnes - des non-Autochtones - ont été embauchées et viennent travailler chaque jour à Kahnawake, alors que les jeunes Mohawks, eux, sont au chômage ou sur l'aide sociale.

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