C'est en français que Johnny Clegg a salué la foule de la Place des Arts qui venait de l'accueillir en se levant d'un seul élan. Le chanteur sud-africain a donné, jeudi soir, le dernier spectacle au Canada de sa tournée d'adieu, après être passé par Québec et Toronto.

Un texte de Cécile Gladel

Avant son entrée sur scène, une vidéo a fait un survol de la carrière de celui qu'on surnomme le Zoulou blanc. C'est une tournée autobiographique que nous livre Johnny Clegg en chantant des œuvres de son répertoire des 40 dernières années. Il parsème les 14 chansons de son spectacle d'histoires de sa vie et d'anecdotes savoureuses.

Il a raconté sa vie en français pendant la moitié de la première partie, puis a changé pour l'anglais pour le reste de la soirée, intercalant de temps en temps un mot dans la langue de Molière.

Il a commencé avec l'un de ses grands succès, Africa, qui figure sur Universal Men, son premier album avec le groupe Juluka, puis est resté dans le passé avec Kilimanjaro, de l'album Stand Your Ground, sorti en 1984. La chanson suivante nous a ramenés au présent; Colour of my Skin figure sur son prochain album, King of Time, qui sort le 27 octobre. Johnny Clegg a effectué un nouveau retour en arrière avec I Call Your Name puis Take My Heart Away, de l'album Shadow Man (1988).

Le titre le dit bien : The Final Journey est la tournée d'adieu du chanteur qui, après avoir subi un cancer du pancréas, une opération et deux séances de chimiothérapie, est en rémission et se dit surtout en pleine forme. Il profite de cette énergie pour retrouver une dernière fois ses admirateurs, bien qu'il ne ferme pas tout à fait la porte à un futur retour : « On ne sait jamais. »

Car le sexagénaire se déhanche encore sur scène, même s'il n'apparaît plus aussi infatigable que par le passé. Il s'est permis quelques pas de sa légendaire danse zoulou, physiquement très exigeante. Il a raconté l'histoire de cette chorégraphie guerrière, découverte et apprise avec Dudu Zulu, de son vrai nom Dudu Mntowaziwayo Ndlovu. Ce dernier était le percussionniste et danseur du groupe Savuka. Il a été tué par balles en Afrique du Sud en 1992 à l'âge de 34 ans. Hier, Johnny Clegg a interprété la chanson qu'il a écrite en sa mémoire, The Crossing, qui figure sur l'album Heat, Dust and Dreams.

Évidemment, Johnny Clegg se devait d'inclure Scatterlings of Africa dans son spectacle. Ses admirateurs ne lui auraient pas pardonné de ne pas jouer son plus grand succès qui a d'abord fait partie de l'album Scatterlings, enregistré en 1982 avec son premier groupe, Juluka, puis de l'album Third World Child, sorti en 1987, le premier avec Savuka.

Johnny Clegg a raconté que son gérant lui avait demandé, à l'époque, de l'enregistrer une nouvelle fois. « Mais j'ai dit non, car j'avais déjà enregistré la chanson, elle avait bien marché. [...] Mon gérant a insisté. J'ai donc cédé », ajoutant que sans cette chanson, il ne serait pas sur scène en train de nous parler.

Il a terminé le spectacle avec Dela (I Know Why the Dog Howls at the Moon), de l'album Cruel, Crazy Beautiful World, sorti en 1990, et dédiée à son fils Jesse, que l'on peut voir sur les épaules de son père sur la pochette de l'album.

Une tournée en famille

Jesse Clegg a bien changé depuis cette photo. Il a maintenant 29 ans et assure la première partie du spectacle. « Je suis venu aider mon père à faire cette émouvante dernière tournée. » S'il ressemble à son paternel et qu'il a le même ton de voix que lui, il ne bouge pas sur scène comme lui.

Jesse Clegg est revenu en deuxième partie interpréter deux chansons en duo avec l'idole de la salle. La première chanson, I've Been Looking, a été écrite par le plus jeune et figure sur King of Time. La seconde est l'un des grands succès du plus vieux, Great Heart, autre chanson de l'album Third World Child.

L'éternel comparse de Johnny Clegg, Sipho Mchunu qui joue avec lui depuis le début des années 1970, n’était pas à Montréal. Mais on a retrouvé sa fidèle complice depuis des années : la choriste Mandisa Dlanga et le directeur musical Andy Innes, qui était aussi membre de Savuka. Brendan Ross, Barry Van Zyl et Trevor Donjeany complètent l’équipe sur scène.

Le chanteur a salué sur scène la mémoire de sa mère, décédée au début de 2017 à 88 ans, sa mère qui l'a « produit de deux manières ». D'abord en lui donnant naissance, puis en le produisant professionnellement.

Un dernier hommage à Mandela

En rappel, Johnny Clegg a rendu un dernier hommage à Nelson Mandela en interprétant l'une de ses chansons les plus connues, Asimbonanga, qui signifie « Nous ne l’avons jamais vu » en zoulou. Cette chanson fait référence aux photos de Nelson Mandela, alors emprisonné, qui étaient interdites par le régime sud-africain. On la trouve sur l'album Third World Child.

La foule était debout, plusieurs avaient le poing en l'air pendant que des images de Mandela défilaient sur l'écran géant. À la fin, on l'a vu apparaître dans un enregistrement d'un concert de Clegg à Francfort, en 1997, alors qu'il avait surpris le chanteur. Lorsque l'ancien président sud-africain a pris la parole dans la vidéo, la salle Wilfrid-Pelletier est devenue silencieuse.

Des fidèles au rendez-vous

Hier, les gens de moins de 40 ans se comptaient sur les doigts d’une main dans la salle. Les fidèles admirateurs du Zoulou blanc n'ont pas voulu rater le dernier rendez-vous avec l'artiste, mais ils n'ont pas comblé tous les sièges. Les sièges, d'ailleurs, dérangeaient plusieurs danseurs; une poignée de fans ont préféré rester debout sur le côté pour être à leur aise. Les autres se sont levés pour presque toutes les chansons.

Ça change des passages de Johnny Clegg au Festival de jazz en 2004 pour fêter les 10 ans de la fin de l'apartheid et l'inoubliable spectacle du 5 juillet 1988 sur la scène du Complexe Desjardins.

Après Montréal, le Sud-Africain se dirigera vers les États-Unis – New York, Washington, San Diego et Seattle –, puis il terminera sa tournée en Afrique du Sud.

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