Après l'avoir observé évoluer au centre pendant 41 matchs, Marc Bergevin a admis que son centre numéro un, Jonathan Drouin, ne remplirait pas, dans un monde idéal, ce rôle essentiel.

Un texte d’Alexandre Gascon

Dès son arrivée avec le CH, l’état-major a pris deux décisions : Alex Galchenyuk allait dorénavant jouer sur les flancs et Drouin serait le principal pivot chargé d’alimenter Max Pacioretty.

Le Canadien se cherche un joueur de centre dominant depuis la belle époque de Vincent Damphousse. Sur papier, la vision du jeu de Drouin et sa rapidité lui fournissent de précieux atouts pour occuper le poste. On nous rappelait sans cesse qu’il avait passé sa dernière saison dans les rangs juniors au centre quand Nathan MacKinnon avait alors quitté pour le Colorado.

Mais voilà, parvenu à mi-chemin de la saison, Drouin produit en deçà des attentes, peine sérieusement dans le cercle des mises au jeu (40,3 %) et semble parfois perdu dans son territoire, accaparé par ses missions défensives.

« Comme le reste de l’équipe, il a eu de bons et de mauvais moments, a fait valoir Bergevin en conférence de presse dimanche. Probablement que la meilleure option serait de l’utiliser comme ailier. Mais dans notre situation, nous devons miser sur lui au centre. Je crois qu’il apprend à cette position. Il a juste 22 ans, il est encore jeune. »

À ce point-ci, les problèmes du Tricolore ont été décortiqués en long et en large. Le manque de mobilité de la brigade défensive, saccagée l’été dernier et réparée avec un peu de bricolage, constitue peut-être le problème le plus criant. Mais placer un joueur au centre du premier trio par défaut ne se classe pas très loin derrière.

Drouin a signé un contrat évalué à 33 millions de dollars pour les six prochaines campagnes, y compris celle en cours. En Mikhail Sergachev, Bergevin a sacrifié son meilleur espoir à la ligne bleue pour l’obtenir.

Pour ces raisons, peut-être que Bergevin voulait absolument le convertir en centre, mais après une expérience qui s’échelonne sur une moitié d’année, le résultat n’est pas concluant.

Des statistiques éloquentes

À cinq contre cinq, Drouin a maintenu un taux de possession de rondelle légèrement défavorable de 49,67 %, peu importe l’identité de ses ailiers. C’est lorsqu’on s’attarde aux chances de marquer que ça se complique.

Selon le site naturalstattrick.com, le Québécois et son trio, peu importe ses comparses, ont seulement été en mesure de générer 46,97 % des chances de marquer (93 contre 105) de grande qualité en près de 487 minutes de jeu à égalité numérique. Parmi les 10 attaquants les plus utilisés par Claude Julien, il s'agit de la 9e performance dans l'équipe devant seulement Galchenyuk.

Et c'est pour ce qui est des buts inscrits à 5 c. 5 en provenance de ces chances de grande qualité que la situation se détériore. Drouin et ses ailiers ont marqué neuf fois en pareilles circonstances. À l’inverse, ses adversaires ont obtenu 17 buts. Quand il est sur la glace donc, deux fois sur trois, c’est l’équipe adverse qui présente un grand danger et qui marque de cette façon.

Le fait qu’il prenne 60 % de ses mises au jeu en zone offensive n’aide pas à redorer son blason.

L’année dernière, lorsqu’il jouait à l’aile avec le Lightning de Tampa Bay, son trio obtenait 54 % des chances de qualité. Ces statistiques ne sont évidemment pas étrangères à ses partenaires, mais le centre devrait néanmoins être le moteur de l’attaque. Il en est loin et en est pleinement conscient.

« Je suis arrivé ici, je me suis fait mettre au centre, c’était un défi pour moi et ce l’est encore. Il y a des soirées qui sont plus faciles, il y a des soirées qui sont plus dures. C’est de ne pas lâcher, c’est un apprentissage au bout de la ligne. Dans deux ans, si je suis au centre ou à l’aile, ce n’est pas vraiment moi qui vais décider. En ce moment, j’essaie juste de m’améliorer au centre », a-t-il admis, en toute honnêteté.

On le sent d’ailleurs plus à l’aise en avantage numérique, lorsqu’il contrôle le jeu près de la bande, sur le flanc gauche. Lors de la première supériorité du CH contre les Canucks, la rondelle est restée près de 90 secondes d’affilée dans le territoire ennemi et Drouin dirigeait le trafic.

C’est lui qui a amorcé le jeu qui a mené au but de Galchenyuk, également en avantage, mettant ainsi fin à une disette de sept rencontres sans point. À cinq contre quatre, Drouin ne prend presque plus les mises au jeu.

Qui pour prendre la relève?

Le fait demeure que sa contribution offensive en souffre et que, ces dernières semaines, il a sombré sous la barre de sa production de points décisifs (buts ou premières passes) par tranches de 60 minutes de jeu lorsqu’il est arrivé dans la LNH à 19 ans.

Peu importe comment vous attaquez le problème, il est impératif pour le Bleu-blanc-rouge d’y apporter rapidement une solution.

Charles Hudon par exemple, comme Andrew Shaw, a déjà évolué au centre et le fait à l’occasion avec le Canadien. Claude Julien y voit-il un potentiel?

« Au moment où on se parle, je pense que c’est notre meilleure option. Ça ne veut pas dire que je ne changerai pas d’idée à un moment donné. Comme j’ai toujours dit, je ne ferme jamais les portes », a lancé Julien.

« Ce n’est pas un méchant centre. C’est sûr que ce n’est pas un gars qui gagne beaucoup de mises au jeu et il a encore des choses à apprendre défensivement. Je vois un gars qui depuis le début de l’année commence à comprendre la position de centre beaucoup mieux », a ajouté l'entraîneur.

« Je crois que si jamais il y a un centre qui apparaît dans notre équipe, et qui me permet de mettre Jonathan à l’aile, il va être un meilleur joueur encore, parce qu’il va comprendre la position de centre. Il ne peut que s’améliorer en jouant à cette position-là. Il m’a dit en début de saison qu’il aimait jouer au centre parce que ça lui donne beaucoup d’espace. Il va seulement s’améliorer en jouant à cette position », a conclu Julien.

Voilà où le Tricolore en est. Si un centre apparaît. Qu’il vienne de la banque d’espoirs ou dans un échange, les centres apparaissent quand même rarement, ils se développent. Et présentement, de leur propre aveu, Julien et Bergevin placent un joueur de 22 ans dans le rôle offensif le plus important de l’équipe... par défaut.

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