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Julien congédié à Boston, l'univers de Michel Therrien vient-il de changer?

Énormément de gens ont été déçus ce mardi matin en apprenant que Claude Julien avait été congédié par les Bruins de Boston. Il y a aussi quelqu'un qui aurait de bonnes raisons d'être préoccupé par ce renvoi. Cette personne est Michel Therrien.

Ce n’est pas parce que son équipe ne performe pas à la hauteur des attentes que Therrien doit s’inquiéter. Depuis son retour à la barre du CH, l’organisation vit sa plus fructueuse période des 30 dernières années.

Mais en même temps, le style de gestion de Therrien est plutôt abrasif et il en est déjà à sa cinquième campagne derrière le banc. Depuis Scotty Bowman, aucun entraîneur du Canadien n'a conservé son poste aussi longtemps.

Cette saison, après avoir été défendu bec et ongles par son directeur général (rappelez-vous la déclaration de Marc Bergevin, qui assumait en avril dernier l’entière responsabilité de la débandade du CH), voilà donc Michel Therrien aux commandes d’une équipe dont le propriétaire et le directeur général sont all in (comme disent les joueurs de poker) et s’attendent à un très long parcours en séries éliminatoires.

Et pour une très rare fois, on retrouve dans le cercle d’attente un entraîneur comme Marc Bergevin les aime. Un entraîneur, par surcroît, que le patron du CH a eu l’occasion de côtoyer au sein d’Équipe Canada.

Le DG du Canadien avoue d’emblée son penchant pour les entraîneurs de la trempe de Joel Quenneville, qu’il a bien connu chez les Blackhawks de Chicago. Bergevin apprécie les pilotes qui font un peu « vieille école », qui possèdent une longue feuille de route et qui imposent d’emblée le respect.

Bref, les entraîneurs francophones répondant aux critères de Bergevin ne courent pas les rues. C’est une réalité et une contrainte qu’il ne peut ignorer.

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À compter du milieu des années 1990 et jusqu’à la fin des années 2000, les directeurs généraux du Tricolore ont successivement misé sur cinq entraîneurs recrues pour veiller aux destinées de l’équipe : Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien, Claude Julien et Guy Carbonneau. Les cinq ont passé en moyenne 200,8 matchs derrière le banc avant d’être renvoyés.

Tremblay et Carbonneau n’ont pas obtenu d’autre emploi comme entraîneur en chef dans la LNH par la suite.

Pour leur part, après avoir été formés par le CH, Vigneault, Therrien et Julien se sont servis de cette expérience comme tremplin pour se hisser parmi les meilleurs de leur profession.

Vigneault a participé à deux finales de la Coupe Stanley et a remporté un trophée Jack-Adams. Il est l’entraîneur ayant récolté le plus grand nombre de victoires dans l’histoire des Canucks de Vancouver, et il occupera probablement la même place au palmarès des Rangers de New York quand il quittera cette organisation dans plusieurs années.

Therrien a mené de bien jeunes Penguins de Pittsburgh jusqu’à la finale de la Coupe Stanley. Et les succès du Canadien depuis son retour à Montréal démontrent à quel point il est plus performant et aguerri qu’à ses débuts dans la LNH.

Quant à Julien, il a remporté une Coupe Stanley et aucun autre entraîneur des Bruins n’a cumulé autant de victoires (419) que lui.

En gros, tout ce qui est arrivé chez le CH depuis 20 ans a démontré à quel point il est contre-productif de placer un entraîneur recrue à la barre d’une équipe évoluant dans un marché aussi exigeant et impitoyable que celui de Montréal.

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Pour toutes ces raisons, le petit univers de Michel Therrien n’est plus tout à fait le même depuis ce mardi matin.

Son équipe n’a remporté que 3 de ses 10 dernières rencontres et, malgré le retour de plusieurs blessés, le Canadien vient d’encaisser trois revers de suite. Il ne faudrait pas que le dernier droit du calendrier prenne des allures de chemin de croix.

Par ailleurs, même si l'Association de l’Est est extrêmement compétitive cette saison, Bergevin et Geoff Molson n’accepteront sans doute pas une sortie hâtive du tournoi printanier.

Et surtout, pour la toute première fois, il y a une alternative de très fort calibre qui se profile à l'horizon.

Quel métier ingrat.

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