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Juliette Armanet : avancer et grandir à son rythme

L'histoire de la musique pop, francophone ou anglo-saxonne, regorge de jeunes prodiges et de vedettes instantanées. Il y a ces vedettes, et puis il y a Juliette Armanet.

La Française, qui sera de passage aux Francos de Montréal cette semaine (L’Astral, 14 juin), a eu droit à sa part d’honneurs et de récompenses ces dernières années.

Gagnante du concours de musique organisé par le magazine Les Inrocks en 2014 et révélation de la scène musicale pour France Inter en 2017, elle a vu son disque Petite amie couronné album révélation de l’année aux Victoires de la musique au début de 2018.

Il y a néanmoins eu un avant pour Juliette Armanet. Comprendre une autre carrière avant celle d’auteure-compositrice-interprète. Toujours dans le monde des arts, il est vrai, mais de l’autre côté de la clôture, pourrait-on dire, en qualité de journaliste et réalisatrice pour ARTE.

Le parcours d’artiste semblait pourtant être tout tracé pour cette jeune femme née dans la région de Lille et dont les parents baignaient dans la littérature et la musique. Quand il y a un piano à la maison, ça peut influencer une vie.

Trouver sa voie

« J’ai toujours composé, confirme l’artiste au bout du fil, lors d’un entretien réalisé la semaine dernière. Je viens d’une famille de musiciens. C’était en moi, et m’asseoir au piano était tout à fait naturel. Mais j’ai adoré faire du documentaire durant des années.

De la création de documentaires à des présences assidues sur scène devant des centaines de spectateurs, il y a quand même une forme de passage de l’ombre à la lumière pas banale.

« La transition s’est faite en douceur. Ça ne s’est pas fait dans la violence. Ça a pris quelques années. J’ai grandi au fur et à mesure, et je suis hyper heureuse de vivre tout ça. Mais il fallait que je fasse de la musique. Il fallait que je fasse un disque pour ma survie mentale. C’était vital. »

S’il fallait désigner un moment charnière où Juliette Armanet s’est fait connaître d’un public plus large que celui qui assistait déjà à ses concerts, pas de doute que ce moment clé serait la création de sa chanson Je te sens venir, reprise francophone de I Feel It Coming du Torontois The Weeknd et du duo français Daft Punk.

Pas nécessairement crue, mais explicite, Je te sens venir s’inscrit dans la foulée des Je t’aime moi non plus et autres L’anamour, de Serge Gainsbourg parues il y a près de 50 ans.

« La chanson d’origine est déjà très explicite, confirme Juliette Armanet. L’idée est venue très naturellement. On sortait d’un concert et on était dans les loges quand on a écouté la chanson. On avait un petit coup dans le nez et on s’est amusés à faire la reprise en français.

« Le lendemain, on se disait que ce n’était pas si mal, et l’on s’est demandé si on ne pouvait pas pousser l’idée plus loin. On a intégré la chanson à mes concerts, et on a vu que ça intriguait les spectateurs, que ça les faisait rire. Et la chanson s’est insérée naturellement dans mon répertoire. »

L’amour en solitaire

L’amour en solitaire, qui a été sa carte de visite sur les réseaux sociaux dès 2014, ainsi qu'À la folie, La nuit et À la guerre comme à l’amour sont autant de chansons liées à l’amour et au corps. Il y a une notion tactile dans les textes de Juliette Armanet. Les personnages se touchent beaucoup. Et aussi une vision très charnelle dans ses chansons d’amour.

« Il y a beaucoup de magie, mais la magie rime aussi avec fiction. J’ai fait un mémoire de lettres sur l’autobiographie comme fiction. La fiction est une forme d’autobiographie. Les émotions traversées, le réel, la fiction, tout ça se croise », explique-t-elle, comme pour nuancer les facettes « réalité » et « imaginaire » de ses compositions.

« Je compose à l’oreille. Je fais tout à l’oreille. Les musiques, les arrangements, les textures… Il n’y a rien d’héroïque là-dedans. Des tas de musiciens font pareil. Je fonctionne plus à l’inspiration. Cela dit, je regrette de ne pas pouvoir lire la musique, et je m’en veux d’avoir mis le feu à mes partitions classiques à l’adolescence. »

On espère quand même que l’inspiration de sa chanson Star triste n’est pas liée à un souvenir personnel. Il ne faudrait pas que Juliette Armanet soit désabusée dans la jeune trentaine.

« Non, non! Ce n’est pas moi (rires). J’ai d’ailleurs hésité à l’enregistrer. C’est ironique. Je me suis inspirée d’un vieux crooner, quelqu’un comme Eddy Mitchell, qui a 70 ans et des années de vie et de musique sur la route derrière lui. »

La chanson française

Quiconque ayant suivi l’actualité musicale de l’Hexagone depuis 10 ou 15 ans a constaté que le nombre de jeunes Français ayant décidé de faire une carrière en anglais est colossal. Puis, récemment, on a senti un retour du balancier, dont fait partie Juliette Armanet.

« Nous sommes une belle génération qui fait de la musique en français. On continue de grandir et on a le droit de proposer autre chose que Gainsbourg. Il y a eu ce qu’on pourrait décrire comme un temps mort en chanson française.

Là où s’inscrit parfaitement Juliette Armanet, c’est dans cette notion très actuelle d’artiste multidisciplinaire. Auteure, compositrice, chanteuse et réalisatrice, elle a aussi fait un peu de cinéma. Elle connaît donc fort bien la puissance de l’image.

« J’adore travailler l’image! C’est très important. Le cœur du projet, c’est bien sûr la musique, mais l’image propose une clé de lecture. Ça permet aussi de voir l’envers du décor. Je suis super bien entourée sur cet aspect. On a travaillé les clips et les pochettes de disques en désirant avoir une étrangeté et une certaine insolence. »

Celle dont on compare la voix à celle de Véronique Sanson et dont la musique regorge d’influences de la période des variétés françaises 1970-1980 en sera à son premier passage au Québec. Et de son propre aveu, elle n’a aucune nouvelle chanson à proposer, même si Petite amie a vu le jour en avril 2017.

« Ça fait un an que je fais des clips, de la promo et des spectacles. Je n’ai pas eu envie [de composer] et je n’ai absolument rien sous le pied (rires). Il n’y a pas de nouvel album en vue. Il faut quand même vivre et profiter de tout ce que l’on a créé. Il ne faut pas tout le temps être en mode fuite en avant. »

Avancer et grandir à son rythme. Voilà la clé.

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