MONTRÉAL - Un bref coup d'oeil aux statistiques a de quoi désarmer même le plus hardi des combattants. Des 48 derniers tournois Masters 1000, 44 ont été remportés par les membres du quatuor surnommé « Big Four ».

Un texte de Alexandre Gascon

On souhaite à Kei Nishikori (no 4) et au surprenant Jérémy Chardy de ne pas trop s'attarder sur la question en vue des demi-finales de la Coupe Rogers, samedi.

Deux de ces membres illustres, la 2e tête de série, Andy Murray, et le meilleur joueur au monde, Novak Djokovic, sont toujours de la partie.

Si un coup d'éclat de Chardy apparaît improbable, le Français est mené 9-0 dans ses duels avec Djokovic, le petit Japonais peut se permettre de rêvasser un brin. Officiellement quatrième mondial, Nishikori se rapproche inexorablement des plus hauts sommets.

Finale aux Internationaux des États-Unis et en Masters à Madrid l'an dernier, il se présente de plus en plus comme le porte-étendard de la « nouvelle » génération, celle des Milos Raonic et des Grigor Dimitrov.

Mais lui-même se considère encore loin de Murray et du « Djoker » ainsi que des deux autres, Rafael Nadal et Roger Federer. Mais sa foi générationnelle est bien vivante.

« Nous sommes encore jeunes. Nous devons être encore plus forts, plus patients sur le court. Nous devons être très concentrés sur les points importants. C'est ce qu'ils savent si bien faire. Nous pouvons bien jouer semaine après semaine, mais je ne vois pas beaucoup de blessures parmi les quatre meilleurs. C'est un ensemble de choses. Nous devons être plus forts », répétait-il plus tôt cette semaine comme un leitmotiv.

Gagner, une habitude

La domination outrageuse en Masters se transpose aussi dans les tournois du grand chelem. Outre Juan Martin Del Potro en 2009, l'émergence de Stan Wawrinka avec deux titres au cours des deux dernières années, et l'incongruité Marin Cilic à New York l'an passé, tous les titres majeurs sont revenus aux quatre mêmes hommes depuis... 2006.

Une génération tellement dominante que celle qui suit ronge son frein depuis longtemps déjà. Raonic et Dimitrov à 24 ans, et Nishikori à 25, se situent loin des premières conquêtes de Nadal (19 ans), Djokovic (20 ans) et Federer (21 ans).

« Difficile pour les jeunes qui arrivent de les déloger. La génération précédente est extraordinaire », lance Louis Borfiga, responsable du développement de l'élite chez Tennis Canada. À lire les notes de l'ATP, on le comprend d'emblée.

« Gagner c'est une habitude », explique Louis Cayer, ancien entraîneur national canadien maintenant établi en Angleterre.

« J'aimais beaucoup la réponse de Rafael Nadal là-dessus. Il disait j'espère bien jouer, car je sais que si c'est le cas, j'irai toujours en m'améliorant », enchaîne-t-il.

« Ça voulait dire je vais arriver sur le terrain et mettre toutes les balles dedans. Si toi tu veux me battre, il faudra que tu frappes des coups gagnants et des coups gagnants, tout le temps. Sinon, c'est moi qui vais gagner. »

Nishikori l'a pris au mot vendredi soir. Des coups gagnants, il en a frappé à la tonne dans sa victoire en deux manches de 6-2 et 6-4 contre l'ogre espagnol.

Longue vie aux vieux champions

Autre facteur déterminant qui repousse l'éclosion des jeunes fringants, les carrières sont bien plus longues qu'auparavant.

En 2005, Federer et Nadal occupaient déjà le sommet du classement, on dénombrait deux joueurs trentenaires dans le top 25. Avant le début de la Coupe Rogers cette saison, ils étaient dix.

« Sans nommer de noms, je sais que dans les anciennes générations il y avait des champions qui étaient sur le party tout le temps. Je ne nommerai pas de noms, mais c'était alcool, sorties, couraillage. Les joueurs d'aujourd'hui sont à 100 % dédiés. Un gars comme Andy Murray, c'est tout de suite après (son match) physio, massage, bain de glace. (...) Tout est axé uniquement sur le tennis du matin au soir », constate Cayer, aujourd'hui entraîneur du frère d'Andy, Jamie Murray, 16e mondial en double.

« C'est plus difficile d'entrer jeune (sur le circuit professionnel), poursuit-il. Les 18, 19, 20 ans ne sont pas encore des hommes. Avant, le sport en était plus un d'habiletés et d'adresse, moins en puissance moins physique que maintenant. Tu pouvais entrer dans le top 100 beaucoup plus rapidement. »

Et, comme chacun sait, l'expérience ne s'achète pas.

« L'expérience tactique joue un grand rôle. Quand on a la maturité d'un joueur comme Jo (Tsonga) ou d'autres trentenaires, ils ont un certain recul par rapport à la préparation d'un match, par rapport à comment ils vont jouer les points importants. Ça fait la différence », estime Borfiga.

À voir la domination de Djokovic, à déjà 28 ans, et les vieilles jambes de Federer, qui tiennent le coup à 34 ans, leur expérience pourrait continuer de faire la différence longtemps.

À moins que Nishikori ne l'entende pas de cette oreille.

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