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L'activité physique tôt après une commotion peut être bénéfique

Dans les jours qui suivent une commotion cérébrale, à quel point le retour à l'activité physique par rapport au repos complet peut-il aider la personne blessée à récupérer?

Un texte de Philippe Crépeau

C’est le thème d’une étude réalisée par 14 médecins spécialistes et chercheurs de 8 villes canadiennes (Calgary, Montréal, Ottawa, Toronto, Edmonton, Winnipeg, Halifax et London) et de Boston.

Radio-Canada a rencontré trois de ces spécialistes, Isabelle Gagnon (Hôpital de Montréal pour enfants), Jocelyn Gravel (Hôpital Sainte-Justine de Montréal) et Andrée-Anne Ledoux (Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario).

L’étude associe la pratique d’une activité physique dans les sept premiers jours à un mieux-être de la personne un mois après la commotion.

Les spécialistes ont analysé les données de 2413 enfants âgés de 5 à 18 ans pour en tirer des enseignements. Ce ne sont pas des recommandations, nous ont-ils précisé.

« On ne peut pas aller contre les recommandations officielles. On ne pourra pas changer la pratique avec cette étude-là », prévient d’entrée Jocelyn Gravel, spécialisé en urgence pédiatrique.

Le dernier protocole international publié, dit protocole de Zurich où a eu lieu en 2012 la Conférence internationale sur les commotions dans le sport, reste très flou sur la notion de repos.

« Une période initiale de repos dans les 48 heures suivant la blessure peut être bénéfique. Mais d’autres études sont nécessaires pour déterminer si le repos est bénéfique à long terme, et pour préciser le type de repos, la quantité optimale de repos à prendre », peut-on lire dans le consensus de la conférence de Zurich, un document-résumé de huit pages publié en février 2013.

« De l’exercice léger pour les personnes plus lentes à guérir peut être bénéfique. Mais actuellement, on ne sait pas quel est le meilleur moment pour commencer à faire de l’exercice », est-il écrit dans ce document.

Le prochain protocole sortira en mars 2017 à la publication du consensus et reflétera la réflexion des spécialistes ayant participé à la Conférence internationale de Berlin en 2016.

La définition du repos

Il semblait important pour les spécialistes canadiens de trouver des réponses, ou en tout cas provoquer des questionnements sur les bienfaits de l’activité physique pour récupérer d’une commotion.

« C’est le mot repos qui pose beaucoup de problèmes, admet Isabelle Gagnon, physiothérapeute, clinicienne à l’Hôpital de Montréal pour enfants, et professeure associée à l’Université McGill. Pour avoir été à Zurich et à d’autres conférences internationales, il n’y a personne qui a jamais dit que le repos, c’était se coucher. »

Il y a eu une interprétation très erronée faite par toutes sortes de gens. Des gens qui ont même été jusqu’à placer des enfants et des adultes dans des chambres noires. Le repos veut simplement dire une restriction d’activités.

Isabelle Gagnon, physiothérapeute et clinicienne à l'Hôpital de Montréal pour enfants

Les recommandations admises et propagées, basées sur le protocole de Zurich de 2012, précisent que la personne blessée doit rester au repos jusqu’à la disparition des symptômes pour ensuite commencer un protocole de retour à l’activité physique et intellectuelle, divisé en six étapes, allant pour un athlète du repos au retour au jeu.

« Avec les résultats de l’étude, publiée en décembre 2016, on s’aperçoit qu’une période de repos prolongé met les enfants à risque d’avoir des symptômes post-commotionnels qui persistent à travers le temps, explique Andrée-Anne Ledoux, psychologue spécialisée en neuroscience du comportement, chercheuse à l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario.

« Le repos prolongé crée un déconditionnement. Être au lit pendant deux, trois jours de temps, ça provoque des changements physiologiques chez la personne, car elle est habituée à une routine normale. Et là on lui défend de réintégrer cette routine, rappelle la Dre Ledoux. Ce repos prolongé peut contribuer à des effets secondaires tels que la fatigue, l’anxiété et même la dépression.

« Alors, on s’est dit : quelle est la durée de temps qu’un enfant doit attendre avant de recommencer à faire de l’activité physique? Cette durée de temps est très importante à déterminer pour améliorer les guides qui sont en place en ce moment. »

Il est clair que les 48 premières heures après la commotion sont délicates à traverser.

« Au niveau scientifique, il faut combler un manque, oui, explique Isabelle Gagnon. On pourrait toujours étudier le 0-48 heures, mais le problème, c’est que les symptômes de commotion cérébrale n’apparaissent pas nécessairement tout de suite, immédiatement après la blessure. On a cette période de 24 à 48 heures où il y a de nouveaux symptômes qui peuvent apparaître. »

« Le cerveau est plus affecté, les modèles avec animal nous montrent qu’il y a quelque chose qui se passe au niveau des changements physiologiques au cerveau », précise la spécialiste.

« Pour l’instant, on ne touche pas trop à la période 0-48 heures, car on comprend mal ce qui se passe au niveau de la blessure elle-même. Après cette période initiale, on est plus à l’aise de laisser les gens faire une activité physique », admet-elle.

Les chercheurs veulent toutefois augmenter les connaissances sur l’activité physique post-commotionnelle parce que ses bienfaits sont connus.

« L’exercice aérobique sert à une multitude de conditions, dont les migraines, les troubles cognitifs et les troubles émotionnels comme la dépression, rappelle la chercheuse de l'Université McGill. Il y a certainement des effets à aller tirer de ces évidences-là pour le domaine des commotions cérébrales. »

« Quand on regarde les maladies plus graves, comme un accident vasculaire cérébral (AVC), ou une hémorragie cérébrale, la première chose qu’on fait, c’est de recommencer à faire bouger les patients le lendemain parce qu’on sait que le cerveau va récupérer plus vite chez ces personnes-là », explique Jocelyn Gravel.

La commotion cérébrale, ce n’est pas un AVC, mais on s’est dit que pour le cerveau, c’est la même chose. Il faut commencer tout de suite à rééduquer, et recommencer à faire du sport, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.

Jocelyn Gravel, spécialiste en urgence pédiatrique à l’Hôpital Sainte-Justine

« Depuis 2009, on travaille sur un programme de réadaptation pour les enfants qui ont des commotions cérébrales, et on utilise l’activité aérobique comme modalité de traitement. Ça fait quand même longtemps », précise la Dre Gagnon en riant.

« La commotion, c’est un traumatisme crânien léger. Moi, je travaille avec des traumatismes crâniens sévères (TCS) aux soins intensifs, explique-t-elle. Dès qu’on peut les asseoir sur le bord de leur lit, et qu’ils peuvent faire quelques pas, même s’ils reçoivent encore des médicaments, même s’ils sont encore affectés, on le fait en réadaptation. C’est comme pour les ACV, et l’analogie est parfaite. »

« De nos jours, aux soins intensifs, on fait faire de la bicyclette stationnaire aux personnes dans leur lit. Alors, on ne voit pas la logique, et les cliniciens non plus, de dire aux gens qui ont une commotion de ne pas faire d’exercice du tout en attendant qu’un miracle se produise et qu’ils guérissent. »

L’étude publiée en décembre était rétrospective, basée sur des données déjà existantes, et partait des informations que les patients voulaient bien leur fournir.

Une étude clinique en Ontario

Il était fondamental de passer à l’étape suivante, un essai clinique. Et c’est ce qui a commencé à l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario.

« Nous étudions le sujet dans notre unité de recherches. Nous allons soumettre des patients à deux traitements, soit le traitement qui suit les normes du consensus de Zurich, où les enfants doivent être au repos jusqu’à ce qu’ils n’aient plus de symptômes avant de recommencer à faire de l’exercice. Nous allons comparer ces patients à un groupe d’enfants qui eux vont recommencer l’activité physique après 72 heures suivant leur commotion cérébrale, précise Andrée-Anne Ledoux.

« Nous planifions recruter 350 participants si tout va bien. Avec les fonds qu’on a, on ne pourra travailler qu’avec trois hôpitaux d’Ontario. C’est une étude pilote. 350, ce n’est pas beaucoup de participants, mais c'est par contre suffisant pour identifier une différence entre les deux groupes si elle existe », précise la psychologue.

Les enfants porteront un bracelet qui mesurera les mouvements qu’ils font en une journée. Les chercheurs tenteront d’amasser les informations les plus précises possible, en tenant compte des réalités budgétaires d’aujourd’hui.

C’est difficile d’étudier le cerveau en ce moment avec les coûts exorbitants. Pour faire une imagerie par résonance magnétique (IRM), ça coûte au-dessus de 500 $ par patient. Les coûts élevés nous empêchent de mieux comprendre les fonctions de l’activité physique sur le cerveau de l’humain.

Andrée-Anne Ledoux, psychologue spécialisée en neuroscience du comportement à l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario

Les résultats de l’étude pilote devraient sortir d’ici 2019.

Les chercheurs qui ont participé à l’étude rétrospective publiée en décembre 2016 s’attendent à ce que le nouveau protocole de Berlin soit plus précis sur le temps de repos nécessaire et sur la définition de la notion de repos.

« Il y a de fortes chances qu’ils réduisent la période de repos nécessaire après la commotion, mais je ne crois pas qu’ils pourront préciser le temps d’attente idéal, croit Andrée-Anne Ledoux. Ça va être intéressant de voir comment ils interprètent les études jusqu’à date. »

« Tout le monde attend le prochain consensus. Les associations sportives attendent le verdict qui viendra dans quelques semaines », mentionne la spécialiste de l’Université McGill.

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