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L’administration Coderre « n’avait aucune vision » des risques pour la formule E, affirme la VG

L'ancienne administration de Denis Coderre « n'avait aucune vision globale des enjeux et des risques » en organisant deux courses du championnat de formule E l'été dernier, a dénoncé la vérificatrice générale (VG) de Montréal, dans son rapport annuel. De plus, même après l'événement, le nombre de billets vendus a été surestimé.

Un texte de Romain Schué

Ce projet, écrit Michèle Galipeau, VG de Montréal depuis 2016, « n’a pas suivi le cadre de gouvernance de la Ville ».

« Ainsi, aucun dossier d’affaires comprenant notamment une description du projet, des enjeux, des risques et des coûts globaux n’a été présenté aux instances », peut-on lire dans ce document présenté lundi aux élus.

Un tel dossier d’affaires « aurait permis à l’ensemble des parties prenantes de s’entendre sur les principaux aspects du projet », reprend la VG, qui souligne que « la coordination des interventions ainsi que les informations s'y rattachant transitaient par le cabinet de l’ex-maire ».

Ces informations sont, poursuit-elle, « des incontournables pour assurer une saine gestion et une reddition de comptes appropriée ».

Cette conclusion va dans le même sens que celle avancée par l’inspecteur général de la métropole, Denis Gallant.

Fin mai, ce dernier a affirmé que l’administration Coderre avait contourné les règles concernant l’octroi du contrat de promotion et d’organisation de cet événement.

Près de 35 000 billets donnés

La VG lève également le flou sur le nombre de billets vendus et donnés pour cet événement qui aura coûté, pour la Ville de Montréal, 26 millions de dollars, selon ce rapport.

Quelques jours avant les élections municipales, Montréal c'est électrique (MCE), l'organisme créé pour gérer l'événement, avait affirmé que 20 000 billets avaient été offerts et que 25 000 billets avaient été vendus au grand public ou aux commanditaires.

La VG précise que ce sont finalement 13 646 billets qui ont été vendus et 34 730 donnés, selon les résultats réels datés du 30 septembre 2017. Près d'un an plus tôt, en novembre 2016, le budget prévisionnel de l'événement faisait état de la vente espérée de plus de 45 000 billets et de 7500 billets donnés.

Ces chiffres avaient été revus nettement à la baisse en mars 2017. On parlait alors d'environ 15 000 billets à vendre et 5000 billets donnés.

Finalement, la vente de billets a généré des revenus de 700 000 $, alors que le budget de départ prévoyait 4,9 millions.

Les autres revenus, soit ceux liés à la vente de loges et aux commandites, ont également été deux fois moins importants qu'espérés, détaille le rapport, soit 2,7 millions de dollars en revenus réels, contre 5,7 millions budgétés.

Tel que l'avait déjà indiqué MCE, les subventions n'ont pas été, elles non plus, à la hauteur des espoirs. Alors que 11,55 millions de dollars étaient envisagés, seulement 3,66 millions sont entrés dans les caisses, dont 1,75 million provenant de la Ville de Montréal.

Denis Coderre était « obsédé » par la formule E, selon Valérie Plante

Selon la VG, les chiffres concernant vente de billets étaient disponibles et connues « dès le lendemain de l'événement ». Or, MCE, evenko et le cabinet de l'ancien maire ont longtemps refusé de répondre aux demandes médiatiques sur ce sujet.

« On a vu un ancien maire qui était tellement obsédé par son idée, qu’il a décidé de garder des informations pour lui parce que ce n’était pas à son avantage. Pour moi, c’est le plus mauvais exemple à suivre », a réagi la mairesse Valérie Plante.

Cette dernière affirme que cette expérience doit servir de « leçon pour tout le monde ».

« Il existe un cadre de gouvernance, justement, pour éviter ce genre de situation », a-t-elle clamé, en évoquant un « fiasco ». « Denis Coderre en a fait fi », a-t-elle tranché.

Chef de l'opposition et ancien membre du comité exécutif sous la précédente administration, Lionel Perez n'a pas souhaité émettre, lundi, de commentaires sur ce sujet.

Contacté par Radio-Canada, Denis Coderre est resté injoignable. À la suite de la publication du rapport de l'inspecteur général, l'ancien député libéral avait nié ces accusations. « Tout a été fait dans les règles de l'art », avait-il affirmé.

En décembre, la mairesse Valérie Plante a décidé de mettre un terme à la tenue de la Formule E, alors que deux nouvelles éditions devaient encore se tenir dans la métropole. Une option pour trois nouvelles années était également possible.

Le 14 juin, une poursuite de 33 millions de dollars a été intentée contre la Ville de Montréal par les instances en charge de ce championnat, qui reprochent à l'administration Plante d'avoir mis fin prématurément à cette entente.

La Ville compte contester cette action judiciaire.

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