Retour

L'alimentation, un enjeu négligé de la campagne électorale montréalaise

Des banques alimentaires débordées, un accès parfois difficile à des commerces de fruits et légumes frais, un manque de locaux et d'argent pour les cuisines collectives... Ce ne sont pas les défis alimentaires qui manquent à Montréal. À quelques jours du vote, des organismes et des groupes souhaitent attirer l'attention sur ces enjeux. Des candidats des deux principales formations politiques municipales nous font part de leurs propositions.

Un texte de Dominic Brassard

« On n'en parle pas [dans cette campagne], parce qu'en général, l'alimentation est un acquis dans notre société », lance Frédéric Paré, du Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ). « Mais on ne réalise pas que plus de 10 % des Montréalais vivent dans l'insécurité alimentaire », ajoute-t-il.

Les attentes des organismes et des groupes de citoyens sont pourtant grandes. Par exemple, au RCCQ, on souhaite que la Ville de Montréal mette en place un conseil des politiques alimentaires, comme il en existe dans d'autres grandes villes du pays. Ce conseil, qui regrouperait des organismes et des élus, pourrait ainsi mieux coordonner les différents efforts de lutte contre l'insécurité alimentaire.

Frédéric Paré souhaite également que la Ville s'implique davantage dans les cuisines collectives. « La plupart des organismes communautaires qui hébergent des cuisines collectives ont des listes d'attente. Il manque des espaces, de locaux de cuisine, et il manque de sous », dit-il.

Dans plusieurs quartiers de Montréal, l'absence de commerces de fruits et légumes pose également problème. Environ 40 % des Montréalais n'ont pas accès à des aliments frais à distance de marche, selon une étude de la Direction de la santé publique de Montréal. De petits marchés publics ont vu le jour au cours des dernières années, mais beaucoup reste à faire pour changer la donne.

Quant aux grands marchés publics déjà existants, ils nécessitent aussi des changements, selon le membre fondateur des Ami.e.s du marché Jean-Talon, Nicolas Fabien-Ouellet. Ce dernier souhaite que les candidats s'engagent à revoir la gouvernance de ces grands marchés pour permettre aux citoyens de prendre part aux décisions, ce qui pourrait, selon lui, permettre d'adapter l'offre alimentaire aux besoins de la population.

M. Fabien-Ouellet souhaite aussi que les élus s'engagent à encadrer davantage les commerces situés autour de ces marchés publics.

Propositions

Érika Duchesne, qui brigue un poste de conseillère de ville dans l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension avec l'Équipe Denis Coderre pour Montréal, souhaite continuer à soutenir les banques alimentaires et le Club des petits déjeuners. Elle précise que l'administration sortante subventionne une étude de Moisson Montréal pour déterminer la faisabilité d'un projet d'usine de transformation alimentaire. « On ne manque pas de nourriture à Montréal », affirme Mme Duchesne. « Ce qui est compliqué, c'est de la conserver. Et pour la conserver, parfois, il faut la transformer et la distribuer », ajoute la candidate.

La candidate de Projet Montréal à la mairie d'Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, veut elle aussi s'attaquer au gaspillage alimentaire. Selon elle, « il y a beaucoup de choses qui restent dans les jardins, dans les marchés ou dans les supermarchés ». Elle souhaite mettre en place « un système qui ramène rapidement tous ces produits-là vers des organismes qui font de la transformation ».

Mme Thuillier veut aussi ouvrir un nouveau grand marché public dans son arrondissement, mais admet qu'il faudra d'abord « trouver un site pour accueillir un tel marché ». Émilie Thuillier propose par ailleurs d'ouvrir d'autres points de service, plus petits, dans les quartiers de l'île considérés comme des déserts alimentaires. Elle cite au passage celui ouvert en bordure de la station de métro Sauvé durant l'été. « Venir chercher des fruits et légumes frais pour la semaine, ça répond vraiment à un besoin », dit-elle.

Les deux partis s'entendent toutefois pour dire qu'il faut favoriser le développement de l'agriculture urbaine.

À titre d'exemple, Émilie Thuillier affirme « qu'on peut faire encore plus de serres sur les toits ».

Quant à l'encadrement des commerces autour des marchés publics – une demande des Ami.e.s du marché Jean-Talon –, Érika Duchesne croit que ce n'est pas une solution miracle : « Ce qui fait peur, c'est quand tous les commerces d'une rue sont des chaînes, affirme-t-elle. S'il y avait des modifications à faire au zonage, ce serait peut-être un contingentement quelconque, mais pas une interdiction. Je pense qu'il y a de la place pour toutes sortes de commerces, parce qu'il y a toutes sortes de clients. »

Pour sa part, Projet Montréal n'est pas contre l'idée d'un encadrement des commerces autour du marché Jean-Talon, mais Émilie Thuillier dit qu'il faut trouver des solutions pour y arriver, ce qui est loin d'être simple dans le cadre légal actuel.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine