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L’arbitre québécois Dave Jackson marque l’histoire, 1500 matchs plus tard

« Quand je suis arrivé sur la glace et que j'ai vu Guy Lafleur patiner à côté de moi, ça m'a frappé : je suis un arbitre de la LNH. » Vingt-huit ans plus tard, Dave Jackson est devenu le premier arbitre québécois à atteindre le plateau des 1500 matchs, dans la Ligue nationale de hockey, et le sixième de l'histoire à réussir l'exploit.

Un texte de Sébastien Desrosiers

Dave Jackson est né en 1964 à Pointe-Claire, dans le West Island à Montréal. Dans ces années-là, c’était dur de ne pas être un partisan des Canadiens. « S’ils ne gagnaient pas la Coupe Stanley tous les ans, il y avait quelque chose qui clochait », se souvient-il.

D’abord un joueur assez moyen selon ses dires, Jackson décide à 14 ans de devenir arbitre. « Je me disais que si je patinais davantage, je deviendrais un meilleur joueur de hockey, explique-t-il. Et puis, mon travail jusque-là c’était de distribuer le journal, mais je devais me lever très tôt… »

Ce changement de carrière s'est avéré payant. Aujourd’hui, à 53 ans, le Montréalais est l’arbitre le plus expérimenté de la LNH.

Famille et amis sont venus célébrer son exploit avec lui à Denver, où il habite depuis trois ans et demi, après le match entre l’Avalanche et les Ducks d’Anaheim, lundi. L'équipe locale avait organisé une cérémonie en son honneur.

« Ça fait chaud au coeur », dit-il.

« Je me suis blessé à la hanche l’an dernier et je n’ai pris part qu’à deux matchs dans la saison. Je ne savais pas si j'allais me rendre à 1500. Le jeu est rapide avec des jeunes dans la vingtaine », ajoute-t-il à la blague.

Il faut dire que le rythme de vie d’un arbitre de la LNH n’est pas facile : 73 matchs par saison, partout, dans les 30 amphithéâtres de la ligue, les vols commerciaux, l’hôtel.

Dave Jackson sait d'ores et déjà que la retraite l'attend à la fin de la saison. « C’est un peu une tournée d’adieu. Je suis à Montréal dans quelques semaines, je vais en profiter pour saluer les gens du Centre Bell », lance-t-il.

« Je suis content de ce que j'ai accompli. »

Dans la LNH à 25 ans

Ironiquement, la même franchise qui a célébré le 1500e match de Dave Jackson a assisté à son premier.

C’était le 22 décembre 1990. Les Devils du New Jersey rendaient visite aux Nordiques de Québec.

« Quand j’étais jeune, on ne pouvait aller nulle part sans voir une photo de Guy Lafleur. Et là, il était juste derrière moi à la mise au jeu. J’étais en admiration », se souvient-il.

Après avoir atteint le niveau junior à 18 ans, puis les ligues professionnelles mineures à 21 ans, Dave Jackson avait atteint la LNH à 25 ans.

Au fil des ans, il allait côtoyer les plus grands de l’histoire du hockey : Wayne Gretzky, Mario Lemieux, Patrick Roy, Joe Sakic.

Son meilleur souvenir? Le match des étoiles de 2002, disputé à Los Angeles, l’un des deux seuls auxquels il a participé.

« Mes deux garçons avaient 9 et 11 ans. Les voir s’amuser avec des joueurs de la LNH et voir à quel point ils étaient contents. En tant que parent, c’était probablement la journée la plus spéciale de ma carrière », raconte-t-il.

Un autre souvenir qu'il chérit particulièrement est celui de son 1000e match, célébré au Centre Bell à Montréal en 2008.

La finale de la Coupe Stanley hors de portée

Plus de 1500 matchs, 83 matchs des séries éliminatoires, 2 finales d'association, 2 matchs des étoiles, 1 participation aux Jeux olympiques (Sotchi 2014) : le seul accomplissement qui échappe à Dave Jackson est une participation à la finale de la Coupe Stanley.

« Merci de me le rappeler », dit-il en riant. C’est que les arbitres participent aux matchs éliminatoires en fonction de leur performance.

« Il y a des années où tu rates un appel évident au premier tour et ta saison est terminée, explique-t-il. Il y a des années où j’ai fait la finale d'association, je suis au match 6 et je me dis : "Wow! Cette année pourrait être la bonne." Mais seulement quatre gars sont choisis. »

Cela étant dit, il met les choses en perspective.

« Après mon 1500e match lundi, je suis sorti de la glace et j’avais plus d’une centaine de messages textes et une cinquantaine de courriels, la plupart de gars avec qui je travaille ou qui ont pris leur retraite. J’ai réalisé que l’important, ce n’est pas ce que tu accomplis sur la glace, c’est le respect que tu obtiens de tes pairs », dit-il.

Les Québécois plus nombreux que jamais dans la LNH

« C’est presque gênant. Il y a tellement de Québécois aujourd’hui dans le circuit. Quand j’ai commencé, il y avait Denis Morel, Gérard Gauthier et Ron Fournier. Maintenant, il y a environ 20 arbitres québécois dans la LNH ou dans le radar de la LNH. »

L’arbitre de 53 ans attribue ce succès notamment au travail de son propre mentor, Doug Hayward, qui s'est impliqué pendant des années dans le hockey mineur au Lac-Saint-Louis, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec de même qu’avec Hockey Canada. « La philosophie, au Québec, c’est de favoriser les jeunes. On les garde pendant quelques années, puis on les envoie au niveau suivant », soutient Dave Jackson.

Plusieurs d’entre eux ont d'ailleurs une dette envers lui et ils le savent.

« Ces gars-là viennent me voir pour me dire à quel point je suis une inspiration. Mais ce qui est drôle, c’est que certains d’entre eux ont eu plus de succès que moi. Marc Joannette, qui a participé à deux finales de la Coupe Stanley, me dit que je suis son idole. Ça veut dire beaucoup, mais ils méritent leur succès, ils ont travaillé fort. »

Malgré toute sa modestie, Dave Jackson demeure un modèle. Il n’aura peut-être jamais réussi à imiter Guy Lafleur comme il le voulait au départ. Mais après tout, seulement 17 joueurs ont atteint comme lui le plateau des 1500 matchs dans la LNH.

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