Rendre hommage aux artistes disparus, mais aussi s'assurer qu'on n'oubliera pas ceux qui sont toujours là quand ils n'y seront plus, c'est en partie l'objectif que s'est donné le muraliste Laurent Gascon. Radio-Canada l'a accompagné le long de la rue Ontario à Montréal, où l'on peut voir près d'une dizaine de ses œuvres.

Un texte de Marie-France Abastado, à Désautels le dimanche

Laurent Gascon s’est aussi donné comme mission de rendre l’art accessible à ceux qui y sont moins souvent exposés. Et ça ne date pas d’hier. Déjà, dans les années 70, il avait fondé l’Escouade de la muralité pour descendre, comme il disait, l’art dans la rue. Il a peint à cette époque-là de grandes murales aujourd’hui disparues.

Mais depuis, sans doute pour s’assurer de la pérennité de ses œuvres, ce sont des murales de céramique que Laurent Gascon confectionne.

En septembre, l’humoriste Yvon Deschamps était ravi lors de l’inauguration d’une mosaïque murale en son honneur au coin des rues Alexandre-de-Sève et Ontario Est. L’œuvre a été financée par la Ville de Montréal et la Société pour promouvoir les arts gigantesques.

« Les chanteurs et les auteurs-compositeurs ont des rues et des parcs à leur nom, mais les humoristes, rien! Ça m’a pris du temps à convaincre Laurent Gascon, mais je lui ai dit ''ça te prend un humoriste sur un mur quelque part pour rappeler qu’on existe'' », avait lancé avec son humour habituel Yvon Deschamps, au cours d'un entretien avec notre collègue Mélanye Boissonnault, lors de l'inauguration de la murale.

Égayer la rue Ontario

Laurent Gascon fait le pari que la murale d’Yvon Deschamps, comme les huit autres qu’il a réalisées le long de la rue Ontario, rendra aussi les habitants de ce quartier défavorisé plus heureux. « Moi, j’ajoute des sourires sur la rue Ontario. J’ai commencé par [l'affichiste] Vittorio, ici, à côté. Alors, ce serait cette année le 9e sourire que j’ajoute à la rue Ontario », explique-t-il.

« Ici, c’est un quartier défavorisé et ça rend les gens heureux de voir que la Ville investit de l’argent pour ce que j’appelle ''la santé visuelle'', parce que ce sont des gens qui n’ont pas accès à l’art du tout et l’art, c’est quelque chose qui nourrit l’esprit aussi. Alors, si ça peut éveiller leur désir d’aller visiter des galeries ou des musées... », ajoute le muraliste.

C’est à côté de la salle de spectacle Le Bain Mathieu que Laurent Gascon a réalisé sa première mosaïque murale en l’honneur de son grand ami, l’affichiste Vittorio. « Quand il est décédé, je voulais lui rendre hommage, parce que les artistes, ici, au Québec, et peut-être aussi ailleurs dans le monde, on les oublie vite. »

Le risque était encore plus grand avec Vittorio dont l’art – il était affichiste – était éphémère. « J’ai pensé qu’avec ma technique, ça pourrait perpétuer leur mémoire dans le temps. »

Dans le sous-sol du Bain Mathieu, Laurent Gascon entrepose les céramiques qui lui servent à confectionner ses murales. Des céramiques industrielles aux couleurs vives, qu’il découpe au millimètre près pour obtenir l’effet voulu.

Un style pop, comme celui de la rockeuse Marjo, qu’il a représentée en train de chanter sur une partie d’un immeuble demi-cylindrique sur Ontario, près de la rue Fullum. Le titre de la chanson J’lâche pas, de Corbeau, est inscrit en haut de la murale.

« Elle, elle chante le rock, mais moi, ça été pas mal rock and roll de réaliser cette murale-là! » lance l'artiste. Suivre la courbe de l’immeuble lui a en effet donné du fil à retordre.

Le choix des personnages

Que ce soit Yvon Deschamps, Gilles Vigneault, Marjo, Robert Gravel, Raymond Lévesque, Gilles Vigneault ou Pauline Julien, Laurent Gascon a ses propres critères pour choisir ceux qu’il représentera en mosaïque géante.

Plusieurs artistes que Laurent Gascon a choisi d’immortaliser sur ses mosaïques géantes ont aussi pris le parti de s’engager, chacun à sa manière. Comme Plume Latraverse, l’un des personnages qu’il a représentés aux coins des rues L’espérance et Ontario.

« Moi, des chansons comme Les pauvres, ça me fait presque pleurer et justement, ici c’est un quartier où il y en a, des pauvres », souligne-t-il.

Plume fait donc partie de ces artistes québécois qu’il ne faudra pas oublier, estime Laurent Gascon. « Il est là depuis tellement longtemps, et il continue à composer. »

Dans le cas de l’homme de théâtre aujourd’hui décédé, Paul Buissonneau, c’est son engagement auprès des jeunes que Laurent Gascon a choisi de souligner dans sa murale en l’intitulant La Roulotte.

« Quand j’ai proposé à Paul Buissonneau de faire son portrait en murale, il m’a dit : ‘’ah c’est ça, je vais me les geler sur le coin d’une rue pour l’éternité!’’ »

La murale représente donc l’époque où il était directeur de La Roulotte, qui se promenait dans les parcs de Montréal pour aider les jeunes en leur enseignant le théâtre.

Un calendrier ou un chemin de croix?

Faire sa part, c’est sans doute ce que Laurent Gascon tente d’accomplir avec sa série de murales qui ornent la rue Ontario.

Aujourd’hui, il en est à 9 et il aimerait bien se rendre à 12 ou encore, pourquoi pas, à 14.

« Au début, le projet, c’était de faire 10 murales, mais là, le temps a passé trop vite, je suis déjà rendu à 9. Si je continue jusqu’à 12, ça pourrait peut-être faire un calendrier [rires]. Mais 12, ça s’en vient bientôt, alors peut-être 14, comme un chemin de croix… »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un homme sauve un faucon d'une attaque de serpent





Rabais de la semaine