Voir les œuvres de Teresa Margolles peut susciter de l'inconfort. Mais visiter la première exposition majeure de cette artiste mexicaine en Amérique du Nord peut aussi vous bouleverser et vous faire réfléchir.

Un texte de Michel Labrecque, à Désautels le dimanche

Si vous allez voir l’exposition Mundos au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), il ne faut surtout pas vous contenter de regarder les œuvres. Il faut impérativement lire tout ce qui est écrit dans les salles.

Par exemple, quand vous regardez cette œuvre faite de broderies et de symboles mayas, vous constatez que le tissu est taché. Pourquoi ne pas en avoir pris un propre, demanderez-vous?

Puis, vous apprenez que les femmes guatémaltèques qui ont fait ces broderies ont toutes perdu des proches en raison de la violence. Et que le tissu en question a été recueilli par Teresa Margolles dans une morgue. Il avait servi à envelopper un cadavre.

L'artiste songe même à en faire une version canadienne avec des femmes autochtones.

« Je raconte le vide et la douleur que les assassinats provoquent chez leurs proches », raconte Teresa Margolles. « Et Ciudad Juarez est l’épicentre de cette douleur », ajoute-t-elle.

Mme Margolles a vécu 10 ans dans cette ville frontalière du Mexique, près du Texas, une ville où il y a eu des centaines de disparitions de femmes et où le narcotrafic a fait des milliers de victimes.

Elle ne s’est pas contentée d’observer la mort à distance. Elle a travaillé à la morgue pour la vivre de près.

Les résidus de la morgue sont la matière première de son travail. Ça peut créer de l’inconfort, mais il y a aussi de l’espoir. C’est un travail de mémoire sur la mort et une réflexion sur la complicité des forces policières.

John Zeppetelli, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal

« Ciudad Juarez a sonné l’alarme et réveillé la société civile de toute une région », explique Teresa Margolles. Car la violence, particulièrement contre les femmes, gangrène tout le Mexique, le Guatemala, le Honduras et le Salvador.

Cette thématique est omniprésente, notamment dans ce montage d’affiches de femmes disparues. J’ai visité l’exposition en compagnie d’une collègue d’origine mexicaine, Paloma Martinez.

Sentir la mort de si près, ça fait mal et ça nous amène à nous poser des questions. Il y a eu entre 100 000 et 200 000 victimes de la guerre contre le narcotrafic depuis 10 ans et près de 30 000 disparus. Le Mexique a encore du mal à affronter ça

Paloma Martinez, journaliste à Radio Canada International

Et puis, il y a cette œuvre étrange. Une énorme structure rectiligne de 22 tonnes qu’on expose et qu’on détruit en même temps. Au départ, ces matériaux constituaient une maison de Ciudad Juarez, une des nombreuses qui ont été démolies à cause de la violence. Tout ça a été transporté dans des sacs jusqu’à Montréal.

C’est aussi une sorte de performance. En effet, chaque soir, des bénévoles grattent cette énorme pièce à mains nues pour la désagréger progressivement.

C’est une espèce de réflexion sur la migration et les exils. Mais, dans le contexte politique actuel [avec l'élection de Donald Trump], on y voit un mur. Un mur à abattre.

John Zeppetelli, directeur du MAC

Cette exposition a été conçue avant l’élection du nouveau président américain. Mais, quand vous parlez de mur avec Teresa Margolles, sa réponse est résolument actuelle. « On a appris à vivre avec le mur, mais il devrait être détruit. Mais comment détruit-on les murs? Le mur n’est pas normal. Ciudad Juarez et En Paso (Texas) sont des villes sœurs. Même chose pour Tijuana et San Diego (Californie). »

L’exposition Mundos [« Les mondes »] se poursuit jusqu’au 14 mai. C'est une exposition qui remue.

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