Retour

L'auteur d'un meurtre scabreux à Saint-Jérôme espère une libération hâtive

Seize ans après le meurtre sordide de son ex-conjointe, Isaac Renquinha s'est adressé mardi à un jury de Saint-Jérôme pour obtenir une libération conditionnelle plus tôt que prévu. L'homme de 48 ans a demandé pardon à ses deux filles pour les avoir privées de leur mère, de la façon la plus violente qui soit.

Un texte de Genevieve Garon

Le 24 avril 2001, Isaac Renquinha a appris que son ex-conjointe des 13 dernières années, Pierrette Charette, avait un nouveau compagnon et qu'elle souhaitait prendre ses distances avec lui. Décidant qu'elle n'avait pas le droit d'avoir des relations sexuelles avec un autre homme que lui, il entreprend de lui donner une leçon.

Isaac Renquinha se rend à l'appartement de Pierrette Charette à Saint-Antoine (qui fait maintenant partie de Saint-Jérôme) pendant la nuit. Il la frappe, tente de l'étrangler et l'agresse sexuellement avec un objet contondant.

Réveillée par les cris de sa mère, la fillette aînée du couple surprend son père pendant le meurtre mais il la repousse. Peu après, Mme Charette, 43 ans, meurt des suites d'une hémorragie au niveau des parties génitales.

« Le sujet s'est acharné sur elle d'une manière obsessive et vindicative pour exprimer sa colère », peut-on lire dans un rapport criminologique au sujet du délinquant.

En avril 2002, Isaac Renquinha a été reconnu coupable du meurtre prémédité de la mère de trois enfants et condamné à l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Un jury de neuf femmes et trois hommes doit maintenant décider si Isaac Renquinha peut être admissible à une libération conditionnelle plus tôt.

« Pardonnez-moi mes chéries »

Les deux filles du meurtrier et de Pierrette Charette ont été élevées par le frère de la victime. L'aînée a repris contact avec son père dans les dernières années.

Le détenu a écrit une lettre pour leur demander pardon. « Grandir sans votre mère doit être terrible, vous devez vivre de grandes colères remplies d'émotions multiples, je vous ai brisé la vie, détruit le cœur », écrit-il.

Dans une lettre adressée à sa défunte victime, Isaac Renquinha s'attribue la responsabilité de son crime et assure être devenu une meilleure personne. « Souvent, je rêve de toi toute souriante en compagnie des enfants, de notre maison, puis je me réveille en me disant que cela n'est qu'un rêve, j'ai le cœur brisé de voir la réalité de mes gestes », peut-on lire.

Des progrès depuis 16 ans?

Depuis près de deux ans, Isaac Renquinha a une nouvelle compagne qu'il voit lors de visites familiales privées et de sorties avec escorte.

En général, son incarcération s'est déroulée sans heurts et depuis 2012, il est détenu à l'établissement Archambault avec une cote de sécurité minimum.

Il travaille, participe à des activités organisées par la communauté autochtone et poursuit ses études, derrière les barreaux. Il espère compléter un programme professionnel en soudure.

Selon le psychologue Jean-Philippe Vaillancourt, qui a évalué Isaac Renquinha, le détenu participe activement à ses thérapies et contrôle mieux ses émotions. M. Vaillancourt a aussi reconnu certains traits narcissiques chez le quadragénaire et estime que le risque de récidive en matière d'agression sexuelle est « faible » alors que le risque de récidive pour la violence conjugale est « faible modéré ».

Selon un rapport de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) daté de 2016, Isaac Renquinha reconnaît apprécier une certaine forme de violence dans les relations sexuelles, mais avec le consentement de sa partenaire.

Des témoins pendant plus d'une semaine

Mercredi, Isaac Renquinha va témoigner pour tenter de convaincre le jury que ses 16 années de détention l'ont changé. Des proches, de même que son agent de libération conditionnelle, pourront aussi s'exprimer.

Mardi, le jury a pris connaissance de plusieurs rapports psychologiques et criminologiques, notamment.

Une représentante la CLCC, Marie-Claude Roy, a aussi détaillé le processus de libération. Si le jury accepte qu'Isaac Renquinha soit admissible à une libération conditionnelle avant 25 ans de détention, il devra obtenir le feu vert de la Commission avant d'en bénéficier.

Plusieurs membres de la famille de Pierrette Charette, très ébranlés, suivent les procédures au palais de justice de Saint-Jérôme. Ils auront aussi l'occasion de transmettre leur point de vue aux membres du jury.

Le processus judiciaire pour réduire le délai préalable à la libération conditionnelle a été aboli en 2011. Seuls les détenus ayant été condamnés pour un meurtre prémédité commis avant le changement de loi peuvent encore en bénéficier.

Plus d'articles

Commentaires