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L'embourgeoisement dans Hochelaga, le Plateau d'il y a 30 ans

Messages anticapitalistes, manifestations, occupations de terrains et vandalisme... La bataille contre l'embourgeoisement d'Hochelaga-Maisonneuve a été menée différemment, mais pour la même cause qu'il y a 30 ans dans Le Plateau-Mont-Royal. Retour sur ces épisodes de tensions sociales.

Un texte de Julie Marceau

Les images de l'époque rappellent l'ampleur de la protestation contre la conversion des logements en condominiums dans le Plateau : conférences de presse et manifestations pour dénoncer la spéculation immobilière et l'évincement de milliers de locataires. Même les curés ont livré bataille aux spéculateurs.

La nouvelle image de marque d'Hochelaga-Maisonneuve vante la mixité sociale du quartier.

« Tout est question d'équilibre. On est dans un quartier en pleine transformation, il y a des constructions de condos, des constructions de logements sociaux et je crois que l'idéal, c'est de conserver l'équilibre », affirme Jimmy Vigneux, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Hochelaga-Maisonneuve.

Mais il faudra faire beaucoup plus pour conserver l'équilibre, affirme Émilie Lecavalier, porte-parole du BAILS, le comité de base pour l'action et l'information sur le logement social d'Hochelaga-Maisonneuve.

Mercier-Hochelaga-Maisonneuve est le troisième arrondissement avec le plus de logements sociaux après Ville-Marie et le Sud-Ouest, selon une répartition réalisée en 2014 par la Ville.

« On pourrait se satisfaire du fait qu'on est troisième, mais lorsqu'on regarde les revenus médians, c'est l'un des quartiers où se trouvent le plus de gens à faibles revenus, donc, c'est normal qu'il y ait plus de logements sociaux », ajoute Émilie Lecavalier.

Des artistes dans un bâtiment désaffecté

D'ici cet automne, des dizaines d'artistes s'installeront dans le 3890-3910, rue Sainte-Catherine Est, un ancien centre local d'emploi converti en ateliers pour artistes. Les membres de l'Atelier Graff, établis depuis 50 ans sur le Plateau, en font partie. Les artistes ont dû se résigner à déménager en raison des prix du Plateau.

« Habituellement, les artistes vont aller dans des friches industrielles, des bâtiments abordables qui sont plus ou moins en bon état, vont les investir, aménager et, tranquillement, il va y avoir un buzz, des cafés, des boutiques... et là, il y a une prise de valeur et ça se retourne contre eux », explique le directeur général des Ateliers créatifs Montréal, Gilles Renaud, qui espère que le paradoxe ne se reproduira pas.

François Saillant, porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui était de la bataille dans le Plateau, estime quant à lui que tous les espoirs sont encore permis dans l'est de la ville.

Les vandales antibourgeois dénoncés par des anarchistes

Une dizaine de commerces ont été la cible de vandales depuis le mois de février. À la mi-avril, la tension a monté d'un cran lorsqu'une vingtaine de personnes vêtues de cagoules ont lancé des pièces incendiaires contre des policiers. Un attentat avorté, selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), contre un commerce local.

Les comités de logements comme le BAILS et le FRAPRU se dissocient des auteurs de ces actes. Le comité BAILS dit toutefois comprendre la frustration que vivent les vandales. Des anarchistes du quartier ont tenu à souligner que l'idéologie anarchiste ne prône pas la violence et qu'ils dénoncent pour leur part ces gestes.

Le SPVM poursuit son enquête et n'écarte pas la possibilité que les auteurs de ces méfaits soient liés aux actes anti-embourgeoisement commis dans le quartier Saint-Henri.

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